Préface des articles de V Avenir j p
point de vue calholique, et qui, ramené par une complète métamorphose à ses opinions nouvelles, devint Y Esquisse d^une philosophie*. J'ai sous les yeux un fragment du manuscrit catholique, que m*a communiqué l'obligeance d'un fidèle ami de M. de Lamennais, M. d'Ortigue ; il serait curieux de comparer ces pages orthodoxes sur le.mal, le péché, etc., aux passages correspondants de l'ouvrage hérétique qui les a remplacées. Mais cet examen m'entraînerait trop loin. Je cherche seulement au milieu des évolutions de sa foi à quel symbole religieux il s'est arrêté. Dans cette Esquisse (Fune philosophie^ où semblent se confondre les idées platoniciennes, alexandrines et chrétiennes, et où surnage le fameux principe de la raison générale, la pensée de M. de Lamennais n'atteint vraiment à une pleine clarté et à une beauté véritable que lorsqu'il parle des arts, et développe la théorie du beau avec l'élévation morale et l'édat d'imagination du Phédon et du Banquet. Dans les autres parties de l'ouvrage, il n'est pas toujours facile de dégager avec précision des abstractions philosophiques le dogme religieux de M. de Lamennais. Il introduit dans le christianisme une théorie savante et quelquefois bizarre, comme par exemple lorsque, décomposant la Trinité en puissance, en intelligence et en amour, il prétend en déduire le système entier des choses, et retrouver l'amour jusque dans le calorique, l'intelligence dans la lumière, et la puissance dans le magnétisme ou l'électricité. Déjà, dans YEsquisse dune philosophie, il aboutit scientifiquement à la négation du péché originel et de l'incarnation. Mais il a reconnu
1. Il est assez difficile aujourd'hui de se procurer les œuvres complètes de Lamennais. Mais la librairie Picard (place Bai nt-André-des- Arcs, 11) met en vente un certain nombre de ses ouvrages : VEsquisse d'une philosophie ^ Amtcharpands et DarvandSj Diseussiont critiques et Pensées diverses suf la religion j De la société première et de ses lois, le Livre du peuple y une Voix de prison.
lui-même que sur ce point son exposition est incomplète et enveloppée; il se réservait de réclaircir et de Tachever dans une troisième partie de V Esquisse, où il devait traiter de la société. Jamais cette troisième partie n'a été publiée» et je ne sais même pas si elle est écrite. Mais M. de Lamennais en a donné le sommaire dans le petit livre De la Reli" giofiy et c'est là, c'est dans le chapitre décisif intitulé du Christianisme, qu*il faut chercher sa profession de foi. Il nie en termes formels la chute de l'homme, et, par suite, l'incarnation, la rédemption, la divinité du Christ. D nie les mystères et les sacrements. Il nie les peines éternelles; en un mot, il nie tout l'ordre surnaturel, qu'il accuse d'être la source de toute erreur et de toute obscurité. M. de Lamennais est-il donc un déiste? Non; car, dans la préface même de cet ouvrage, il attaque le déisme et la religion naturelle, qui, selon lui, relèguent Dieu loin de l'homme et du monde dans une oisiveté pareille au néant, et il a dit ailleurs, en empruntant un mot de Schelling : « Le déiste est un athée poltron K > Ni catholique, ni protestant, ni déiste, ni athée, qu'est donc M. de Lamennais ? Il est le prophète d'une troisième évolution du christianisme, qui compte déjà deux révélations, celle de Moïse et celle de Jésus-Christ, et qui dans un temps indéQni doit en recevoir une nouvelle, afin de se plier avec plus de souplesse au progrès de l'humanité. M. de Lamennais annonce avec magnificence les admirables destinées que cette révélation plus parfaite apportera au genre humain. On dirait que, semblable à Moïse, il aperçoit de loin les coteaux de cette terre promise « où, dit-il, le peuple se reposera au sortir du désert, en redisant à nos neveux, d'âge en âge, les noms de ceux dont la voix encourageait leurs pères pendant le voyage. > Ne demandez pas à M. de Lamennais quelle est