Alfaires de Borne, p
Quels sombres retour» sur lui-même! Quelle peinture lugubre de c l'aridité de son âme, que rien ne ra« fraîchit, que rien ne rassérène, ni le soleil, ni le chant de Toiseau, ni le bourdonnement de l'insecte sur Therbe!» « Mon âme, pourquoi es-tu triste 7 s'écriait-il sans cesse. Mon âme, pourquoi pleures-tu? > Et plus loin : c Laissez, laissez pleurer ceux qui n*ont pas de printemps. » Il appelle la mort, « la douce mort. » Il décrit admirablement « ce poids de la solitude et des angoisses qui n*ont pas de nom, cette défaillance de la vie où Ton dirait que le temps s*épaissit et peut à peine coulera » M. de Lamennais est tout entier dans ces pages. U a pris désormais pour devise un vers d'Horace qu'il altère pour en aggraver le sens :
Oblitus onmium, obliviscendus et illis.
Ainsi mourut « silencieusement assis au milieu de douleurs souterraines*, » dans la mélancolie et dans lasolitude^ rhomme dont les commencements avaient été si heureux. La vie de M. de Lamennais, pour lui appliquer une de ses images, c'est une de ces vallées étroites et longues qui commencent par un beau ciel, par un sol fécond et par la verdure, et qui finissant par des nuages sombres, par un sable aride, par des rochers mornes et des arbres déracinés. Ainsi disparut de la terre cet homme né pour être grand; ce rare esprit victime de sa force aveugle mise au service d'un faux principe; ce prêtre qui n'a été qu'un sectaire et un sectaire sans dogme; ce philosophe qui n'a été qu'un rêveur, ce journaliste qui n'a été qu'un pamphlétaire, ce politique qui n'a été qu'un démagogue. Il n'y a en lui de gloire véritable que celle du grand écrivain ; encore ce grand écrivain n'est trop souvent qu'un déclamateur, et en respectant dans M. de Lamennais