‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 5)Chapitre 35 sur 67 · I. Fméu ditersti, p. 253, 256, 270, 271. — 2. /Wd., p · texte numérisé non relu

I. Fméu ditersti, p. 253, 256, 270, 271. — 2. /Wd., p

Tun des plus beaux présents que Dieu puisse accorder à rhomme, Téloquence» on est forcé de condamner l'usage déplorable que souvent il en a fait.

{Journal det Débats , 23 mars et 6 avril 1854.)

OEUVRES COMPLÈTES DE CHARLES DE BERNARD, 11 volumes in-18, 1854.

Pourquoi le roman, si aimé parmi nous, ressemble-t-il à ces personnes d*esprit charmant et de conduite légère, qui inspirent plus de goût que d'estime ? Le roman est partout bienvenu; on le reçoit chez soi, on le fête, on ne le considère pas. La faute en est sans doute au roman lui-même , qui a fait à peu près tout ce qu'il a pu pour se perdre de réputation. Mais les plus grands coupables, ce sont les romanciers. Le roman est un genre littéraire excellent : il est amusant comme la comédie ; il pourrait , s'il voulait , être sérieux comme l'histoire. L'histoire raconte les actions des hommes qui résultent de leurs passions ; le roman peint les passions , mobiles de la conduite humaine : il y a certainement autant de mérite à bien analyser les causes qu'à bien décrire les effets. La peinture de la vie , que le roman se propose , n'est donc pas mauvaise en soi : ce sont les peintres qui , en général , ne valent rien ; la plupart ne peignent que le mal, non parce qu'ils préfèrent le mal, mais parce qu'ils ignorent le bien. Ils ont mal vécu : ils racontent ce qu'ils ont vu, et quelquefois ce qu'ils ont fait, c'est tout simple. S'ils vivaient bien, leurs peintures seraient bonnes , parce qu'ils peindraient le bien et le sauraient peindre. Mais, dit-on , le roman a

besoin du mal pour vivre ; on ne fait de roman qu*avec le désordre , qu'avec les aventures et le vice ; il n'y a pas de roman possible avec une vie bien réglée , des caractères absolument droits , des actions parfaitement vertueuses. On se trompe : on fait des romans avec des passions , et on peut mettre des passions très-violentes dans des cœurs très-purs. On fait des romans avec le malheur, et on peut rendre malheureux de très-honnètes gens, qui exciteront rintérét le plus tendre. On a même le droit de faire de bons romans avec le vice , pourvu que le vice n'ait pas l*insolence de se poser en vertu, et qu'il soit puni comme il le mérite. Mcmon UscaiU^ le roman du vice, est un beau livre, sans doute; la Princesse de Clèves^ le roman de la passion dans les cœurs honnêtes , me paraît un plus beau livre ; Paul et Virginie , le roman du malheur souffert par deux âmes pleines d'honneur et de grâce , est, à mon avis , le chef-d'œuvre des romans français.

En Angleterre, les romans ont une bonne tenue et jouissent d'une considération qui leur manque en France : c'est qu'ils sont écrits par des gens du monde, quelquefois même par les grands seigneurs les mieux placés dans l'opinion. En Amérique , les romans , composés par des épouses et des mères méthodistes , atteignent à la perfection morale en effleurant l^ennui. En France, ils sont amusants , faux et dangereux , parce qu'ils sont improvisés par des conteurs de beaucoup d'esprit, qui contemplent la société française des fenêtres de la bohème , et qui se mettent eux-mêmes dans leurs livres avec leurs caractères, leurs mœurs, leurs aventures et leurs amis, comme si leur monde était le monde , comme si leur vie était la vie. Je ne voudrais pas commettre une impertinence; mais enfin, sauf quelques exceptions qui font honneur au roman , il est vrai de dire que le personnel des romanciers est presque entièrement à créer. Ce devrait être TafTaire de l'opinion

publique , qui , en ge montrant plus sévère, obtiendrait facilement que l'un des plus beaux genres de littérature fût en de meilleures mains. Je ne demande pas que le roman soit une sorte de fonction aristocratique et patriar* cale exercée par les gentilshommes , les pères de famille et les bons maris ; je voudrais seulement que la vie des écri« vains qui peignent la vie fût régulière, que le monde où vont les écrivains qui décrivent le monde fût Thonnéte et le vrai, et je suis sûr que leur succès n'en souffrirait pas. Des hommes instruits, spirituels, bien élevés, de bonne compagnie, qui s'adonneraient au roman sans vouloir battre monnaie , relèveraient singulièrement ce genre littéraire dans l'opinion , et feraient leur chemin auprès des lecteurs de choix, sans intrigue et sans fracas, par le seul empire du talent et du bon goût. Je ne veux pour exemple que Charles de Bernard. Certes, ce n'était pas un saint, ni même ce qu'on appelle un sage : il ne professait pas des principes très-austères, et j'aurais même à lui reprocher, en matière de morale, quelque chose de plus que de l'indifférence. Mais il respectait toutes les bienséances, il avait rélégance et la distinction : aussi , nul n*a été plus cher que lui , pendant sa vie, à ce public délicat qui autorise tant de liberté sous Tétiquette de la décence , et qui permet de tout dire pourvu que tout soit bien dit ; et voilà qu'après sa mort son souvenir, réveillé par de fidèles amis, refleurit avec une vivacité nouvelle, et trouve le public plus favorable que jamais ; ses œuvres , réunies et pu* bliées de nouveau par un éditeur habile, sont dans les mains de presque toutes les femmes qui aiment l'esprit, et surtout l'esprit de leurs ennemis , car les femmes sont généreuses : ce sont elles qui ont fait le succès de Charles de Bernard , un des calomniateurs qui ont dit le plus de mal d'elles avec le plus de grâce. Parlons donc de Charles de Bernard ; son nom, aimé du Journal des Débats , où il

brillait il y a quelques années, et de plus en plus adopté par le public à mesupe que le temps , qui renverse les réputations factices , affermit la sienne, son nom rappelle un caractère honorable et un beau talent, auquel le temps seul a manqué pour accomplir toutes ses promesses.

Mon dessein n'est pas de raconter la vie de Charles de Bernard, ni ses premiers essais dans la poésie et dans la critique ; on trouvera sur ce sujet beaucoup de détails intéressants dans Télégante notice de M, de Pontmartin ; je me propose seulement d'examiner ses romans , c'est-à-dire les titres véritables qui lui assignent une place si élevée dans la littérature contemporaine; et, comme il est impossible dans cette étude rapide de les passer tous en revue , encore moins d*en parler en détail, je voudrais en indiquer l'esprit et signaler les qualités particulières qui forment l'originalité de Charles de Bernard.

Son premier mérite, c'est le bon sens , et l'on reconnaît en lui rbomme sensé, non-seulement à la justesse ordinaire de ses idées et de son style, mais aux limites prudentes où il s'enferme , et au théâtre qu'il se choisit. Dans un temps où le roman a pris autant d'espace qu'il a dévoré de talent , Charles de Bernard a su , pour emprunter le mot de La Bruyère sur Segrais\ c faire des romans qui ont une fin. » Dans un temps où l'auteur le plus myope de quelque nouvelle en dix volumes embrasse d'un coup d'œil l'horizon tout entier de la vie sociale, depuis le premier salon jusqu'à la dernière échoppe , et barbouille le panorama de la société française , Charles de Bernard a circonscrit son domaine et s'est imposé des bornes d'où il ne s'écarte pas. Ce n'est pas un écrivain naïf, spontané , qui s'abandonne k l'inspiration , au caprice , et qui court devant lui sans savoir où il va ; c'est un esprit réfléchi qui a médité sur

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