‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 5)Chapitre 4 sur 67 · Tallemant, article Seud^ry et sa taur · texte numérisé non relu

Tallemant, article Seud^ry et sa taur

cette sèche Mme du Deffant. Peu à peu, Bussy, qui a le goût très-juste et du discernement sur les personnes, sentie prix de cette amitié et en subit l'ascendant sans trop de résistance. Il reçoit de bonne grftce bien de sages avis, et même des leçons données délicatement. Peu accoutumé à prendre au sérieux l'amour conjugal , il avait traité avec légèreté le veuvage de Mme de Scudéry :

« Gomment, Monsieur, lui répond-elle, me dire que je suis bien aise d'être veuve, moi qui trois ans durant ai pensé mourir de douleur d'avoir perdu un fort bon homme qui était de mes amis comme s'il n'eût pas été mon mari?. .. Sachez, s'il vous plaît, que je vis d'une manière où la liberté ne me sert de rien; la société d'un honnête homme m'eût été plus douce. Faites-moi donc toutes les réparations que vous me devez. >

Bussy, qui eût admiré comme une merveille rare une femme fidèle à son mari vivant, admira plus encore cette fidélité k un bon mari mort. S'il ne fit pas un retour sur lui-même et sur sa conduite conjugale, il accorda du moin» les réparations demandées. Mme de Scudéry ne se contente pas de lui donner, à la rencontre, de ces leçons amicales; elle tente de calmer son esprit, dont elle connaît « l'agitation, » et de soulager son Ame, dont elle découvre toutes les blessures. Elle démasque aisément la prétendue haine que Bussy affiche pour Mme de Montglas. « J'ai bien oui dire, écrit-elle, que yous autres. Messieurs, habillez quelquefois l'amitié avec tous les atours de la haine; mais, à vous parler franchement , la mascarade est un peu fâcheuse. » Et après lui avoir reproché de médire d'une ancienne amie : « Je pense qu'il ne faut plus que je vous en parle ni que je voils en fasse parler. » Elle prêche doucement Bussy ; elle voudrait le voir moins souvent irritable, plus résigné, non pas plus philosophe , il ne l'est déjà que trop, dit-elle, mais plus chrétien ; et elle s'efforce de le ramener

à la religion en Tinvitant à méditer, en lui conseillant les bonnes lectures. Bussy lui avait dit, à la façon d'un mondain : « Pour moi, je me contente de ne faire tort à personne, de me réjouir et de vivre moralement bien. » Mme de Scudéry trouve que cette humilité n'est pas assez chrétienne :

« 11 faut que je vous dise, tandis que je vous parle sérieusement, que vous me paraissez en certains endroits de votre lettre plus philosophe que chrétien. N*avez-vous point lu Pascal? J'ai envie, si vous ne l'avez, de vous l'envoyer : car, outre qu'il y a bien de l'esprit dans son livre, c'est que je croirais bien que vous auriez besoin de fortifier un peu votre foi. Ne vous fAchez pas de mon petit sermon, je vous le fais de la meilleure amitié du monde. »

Bussy, qui se croit un excellent chrétien, se défend et réplique :

« Ne vous alarmez pas de ma foi, elle est bonne, et je suis chrétien encore plus que philosophe. U est vrai que par de certaines actions je ne suis pas aussi régulier qu'un missionnaire, au moins en apparence ; car pour le fonds, je crois l'avoir meilleur que la plupart de ces gens-là. J'ai lu Pascal céans, et je Tai lu avec admiration ; mais, comme vous savez, on n'imite pas tout ce qu'on admire. »

Au moins en apparence est charmant. En lisant les Mé' moires de Bussy, on voit que ces apparences étaient de grosses réalités. Mais Bussy est sincère. Il a toujours eu « un fonds de religion et une dévotion particulière à la sainte Vierge, » même dans les moments où l'on s'en douterait le moins^ Il n'a jamais perdu la foi; il ne lui manque que les œuvres, et les œuvres viendront plus tard. Mme de Scudéry n'est pas si coulante : elle trouve que ce fameux fonds laisse beaucoup à désirei'; elle veut le réformer, et avec un accent d'amitié et d'onction, avec un

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