‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 5)Chapitre 42 sur 67 · Tome II, p · texte numérisé non relu

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d'une sensibilité patriotique profondément blessée. Ainsi cette grèle dont parle Montaigne, tombant sur la tête de M. de Sacy et sur la nôtre , Ta désabusé du progrès. Par là M. de Sacy, tout ancien qu'il est, est tout à fait de son temps, et c'est tant mieux pour lui, parce qu'il est bon d*ètre de son temps. M. de Sacy en est par le mal qu'il en dit et par le bien sans restrictipn qu'il dit du xvir siècle. < J'ai tant de choses sur le cœur! » s'est-il écrié un jour^ Ce sont ces choses qu'il a sur le cœur et que notre temps y a mises qui parlent si éloquemment chaque fois qu*il ouvre la bouche pour juger le xix* siècle. On entend le cri, ou du moins le soupir d'une récente douleur. Quoi de plus naturel que du milieu de sa mélancolie le présent lui semble si triste , et que, pareil aux ombres de Virgile, il tende les mains au delà de la rive vers ces lieux fortunés où, sous un ciel plus paisible et plus pur, les grands esprits d'un autre flge conversent entre eux? Lexvn* siècle, pour M. de Sacy, c'est une sorte d'Elysée, c'est un idéal, qu'il voit briller dans le lointain au travers des nuages qui obscurcissent notre horizon. Aussi l'admire-t-il plus que ne l'admiraient les grands hommes même* de cet âge : Ifest que pour eux leur temps était une réalité. Ils en comprenaient la grandeur (aucun siècle n'a eu plus que celui-là la conscience de sa gloire) : ils n'en sentaient pas moins les vices et les souffrances. La Bruyère, Fénelon, Bossuet lui-même, malgré son enthousiasme religieux et monarchique, en ont peint les misères sous des traits ineffaçables. Mais ces misères sont si éloignées, et les nôtres sont si présentes ! A la distance des temps, ces grands hommes nous apparaissent avec une auréole de bonheur cftnme de gloire. M, de Sacy l'avoue lui-même : en lisant leurs chefs-d'œuvre on ne pense qu'à leur génie.

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