PûTtraitt contemporains, t. III, p
qualités de fermeté, d'autorité, d'exclusion '. » La Harpe les avait aussi ; M. Sainte-Beuve peut se consoler de ne les avoir pas, en songeant qu'il en a tant d'autres. C'est pour cela qu'il a pu être le premier lieutenant de M. Victor Hugo, et qu'il a sagement fait, au moins jusqu'ici, de ne pas songer à devenir chef d'école. Dans notre pays, qui est la terre classique des trois unités, on met à très-haut prix la persévérance dans les idées, l'esprit de suite dans l'art. Soit bon sens, soit paresse, qq aime ce qui est simple, et un écrivain ne change pas ifnpunément de manière. Redire et faire les mêmes choses, en littérature comme en politique, c'est un moyen puissant d'autorité. Nous nous accommodons des idées faites, des doctrines précises, des éducations achevées. Si le maître n'est qu'eu progrès, s'il apprend et se corrige, on dit alors ce que disaient les bonnes gens du diocèse d'Avranches, un jour que leur prélat s'enfermait pour étudier : « Quand donc aurons-nous unévéque qui ait uni ses études? »
Et cependant j'oserai former, en terminant, un vœu dicté par une admiration sincère : c'est que M. Sainte-Beuve ajoute à ses transformations une nouvelle et définitive métamorphose, en adoptant enfin, après tant de voyages à travers les idées, des principes littéraires désormais invariables. Cette vie nomade a peut être servi sa renommée présente :
Si minus errasset, notus minus esset Ulysses.
Mais M. Sainte^^Beuve est de ceux qui doivent songer à la postérité, et sa réputation dans l'avenir est intéressée à ce qu'il se fixe et prenne domicile. Le moment est propice: il est encore assez jeune pour imposer à son esprit un dernier progrès ; il est assez mûr pour n'avoir plus à craindre la