‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 5)Chapitre 51 sur 67 · UUloir9 des variations f liv. I · texte numérisé non relu

UUloir9 des variations f liv. I

peuvent contester aux anciens leur supériorité d*artistes et de moralistes excellents. Mais Thistoire, en agrandissant ses cadres, n*a fait qu'obéir à sa propre loi : peintre Gdèle de la vie des peuples , elle a dû faire entrer dans ses tableaux tous les éléments nouveaux qui prenaient leur place dans la société , et proportionner l'extension de son domaine au progrès de la civilisation. Voltaire signalait déjà cet agrandissement du genre historique, non comme un changement dans la tradition, mais comme une conséquence de la tradition même, et comme unprogrès^Ce progrès s'est continué et marqué plus fortement encore dans notre siècle, et, si nos grands historiens ne sont pas supérieurs aux historiens anciens (je mets à part le génie des hommes), rhistoire, telle qu'ils la conçoivent, est supérieure à l'histoire telle que les anciens l'ont conçue, parce que notre société est supérieure à la société antique, et que l'histoire est aujourd'hui l'image plus complète de la société. Si Thucydide et Tacite vivaient de nos jours, ils écriraient autrement que M. Thiers et que M. Guizot. Chacun a son style. Mais pour le système de la composition, leurs ouvrages ressembleraient bien plus à YHistaire du Consulat ou à celle de la Révolution (T Angleterre qu'aux Annales ou au récit de la guerre du Péloponèse. M. Thiers et M. Guizot n'ont pas changé la constitution fondamentale du genre historique : le temps en a reculé les bornes, leur sagesse en a respecté les lois. Ils sont d^augourd'hui par la richesse des développements de leurs histoires; ils sont d'autrefois par leur exacte obéissance aux règles classiques de l'art. Les portraits, par exemple , ne sont chez eux ni plus multipliés, ni plus détaillés, que chez un historien du temps de Périclès ou du temps d'Âugûste. H. Thiers et M. Guizot sont des anciens du xix* siècle.

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