Dictionnaire philosophique f art. Histoire
Mais il existe une autre école d'historiens, que n'a pas formée la tradition antique. Elle est née du mariage de M. de Lamartine avec ITiistoirc. L'histoire, à qui M. de Lamartine venait d'attacher la couronne et le bouquet de la poésie , a pendant un moment fasciné tous les yeux. La foule a battu des mains à cet adultère de l'art, consommé par un beau génie. Le récit de la vie des peuples est devenu , aux applaudissements des peuples , une sorte de chant épique en prose, où le rapsode moderne mettait l'instinct de son esprit et la passion de son cœur à la place de la science, l'improvisation à la place de l'étude, l'image à la place de l'idée , la fiction à la place du vrai. Les faits pliaient comme l'herbe sous la main de cet inspiré. Sa voix ne prononçait plus des sentences, mais déployait, comme dit Chénier, le tissu de ses mélodies, dont les strophes inégales se découpaient et se marquaient par des chiflVes, dans la trame brillante de la narration. Dans cette nouvelle histoire intuitive et pittoresque , le portrait, surtout le portrait du corps, devait prendre naturellement une importance et une étendue démesurées. Celui de Charlotte Oorday, dans YHistoire des Girondins, ne tient pas moins de trois pages. Pendant que la France nage dans le sang, l'écrivain trouve le loisir de peindre « ces cheveux qui semblaient noirs, quand ils étaient attachés en masse autour de sa tète, et qui paraissaient lustrés d'or à l'extrémité de leurs tresses, comme l'épi, plus foncé et plus resplendissant que la tige de blé au soleil. > Il peint c ces yeux, grands et fendus jusqu'aux tempes, de couleur changeante comme l'eau de mer, qui emprunte sa teinte à l'ombre ou au jour; » et ce nez, « qui s'unit au front par une courbe insensible ; « et ces longs cils, < qui donnent du lointain au regard*. « Du jour où le portrait usurpait