‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 5)Chapitre 59 sur 67 · V. Nettemant,t. I · texte numérisé non relu

V. Nettemant,t. I

éternellement odieuse et admirable du bourreau, où Ton en* tend les membres des victimes se briser et les os crier sous la roue de cet homme, créé, comme un monde^ par un décret spécial de la puissance de Dieul Cet écrivain inspiré, qu'on croit si terrible, ce confident de la Providence, est un bon père. lia écrit à sa fille des lettres charmantes; il plaisante doucement, il sourit, il a un cœur comme tout le monde. Voyez comme il est tendre au foyer domestique, aimable et bienveillant dans les salons!... Après la publication des Lettres et opiucuies inédits^ nous avons vu le moment où le grand comte de Maistre allait passer pour un bonhomme! Tout naturellement, H. Nettement Ta représenté par ses deux côtés les plus nouveaux, sous ses deux couleurs les plus à la mode, moitié patriarche et moitié prophète, un mélange de Jacob et d*Isaïe. On a souvent félicité M. de Maistre de n'avoir pas eu d'école de son vivant, et d'avoir échappé au disciple. L'école s'est formée après sa mort, et le disciple s'est bien vengé.

C'est ainsi que la critique agrandit et fausse les person-* nages quand elle écrit sous la dictée de l'opinion politique. Sans doute ce sont les alliés que l'on surfait ainsi, et l'on risque beaucoup de diminuer les adversaires; cependant, quand le critique est homme d'esprit, comme M. Nettement, les adversaires, pourvu qu'ils aient été victorieux, sont exposés à grandir à leur tour. Diminuer les ennemis vainqueurs, ce serait, par contre-coup, amoindrir les amis vaincus. Il en résulte que personne n'est jugé à sa mesure. Prenons, par exemple, deux des adversaires de H. Nettement, comme nous avons pris deux de ses amis : Béranger et Courier. Voici ce qu'on lit à la page 347 :

«r Sans même parler des chansons consacrées à la politique proprement dite, M. Béranger a attaqué la Restauration par trois points à la fois. Avec la chanson guerrière, il a fait un crime à la monarchie de cette paix qui était le

plus grand de ses bienfaits; il a excité contre elle le parti bonapartiste, et tourmenté dans le fourreaa les épées irritées d'être oisives. Avec la chanson philosophique, il a attaqué le côté religieux de la Restauration, les principes chrétiens de son gouvernement et les vertus chrétiennes de ses princes, et il a excité contre elle le parti victorieux, ce reste puissant et vivace encore de la révolution. Avec la chanson démocratique, il a attaqué le principe monarchique de la Restauration, et il a excité contre elle le fanatisme républicain d'une partie des classes populaires et les opinions enthousiastes d'une jeunesse ardente. Ainsi il a rassemblé ces nuances incohérentes qui forment le corps monstrueux qu'on appelle la révolution, le despotisme du camp, l'anarchie de la rue, la corruption des mœurs, le stoïcisme des idées, et, avec cette coalition d'éléments contraires qui ne s'entendent que pour détruire, il a livré bataille à la monarchie. >•

On s'est raillé de la naïveté de ceux qui prenaient autrefois Béranger pour iin bonhomme. On ne se raillera pas de M. Nettement. Quel général d'armée, selon lui, que l'auteur du Boi (tTvetot! et quelle armée! quels soldats! le despotisme, l'anarchie, la corruption, le stoïcisme luimême (qu'a fait le stoïcisme à M. Nettement?), tous soldats de la révolution ! Béranger attaque toutes les positions à la fois ; il bat tous les remparts, la paix, l'ordre, la religion, la loi, des coups de son bélier, la chanson! Il est sur tous les points à la fois : on le voit presque en même temps rallier les voltairiens et les anarchistes, et les stoïciens à demi vaincus, mettre en fuite les monarchistes victorieux, et étonner de ses refrains triomphants ceux qui échappent à ses coups. A n'entendre que ces paroles de M. Nettement, qui croiriez-vous voir sous cette figure, Messieurs, Béranger ou le prince de Coudé ?

C'est ainsi que, lorsqu'on cesse de considérer l'écrivain

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en lui-même, on l'identifie peu à peu avec son parti; si le parti est vainqueur, on surfait Técrivain. On découvre en lui une unité de vues, un système raisonné d'attaques, une stratégie savante et bien conduite, qui est l'œuvre du parti peut-être, mais non celle de l'homme; et à la fin du chapitre, Béranger se trouve avoir vaincu, à lui seul, la monarchie tout entière, ce qui fait trop d'honneur à Béranger et trop peu à la monarchie. La Restauration a eu une ennemie bien autrement redoutable que Béranger ; c'est elle-même.

n est un autre écrivain contre qui M. Nettement a aussi bien des griefs, c'est Courier. D'abord M. Nettement a horreur du pamphlet : le pamphlet est une inspiration de Satan, et le premier pamphlétaire a été le serpent dans le paradis terrestre. Il est vrai que M. Nettement n'en admire pas moins le plus éloquent de tous les pamphlets, la Satire Ménippie. De plus, Courier le pamphlétaire a été un mauvais soldat^ un mécontent de tous les temps (excepté sans doute quand il faillit accepter une place de M. Decazes). Nous admettons ces reproches : Courier a été un mauvais soldat; on n'est pas bon soldat quand < on chevauche à la manière des cavaliers de Xénophon, cherchant des manuscrits là où ses compagnons cherchaient des victoires \ » Mais nous serons moins sévère que M. Nettement pour la fameuse tache d'encre, et nous n'y verrons pas « une image fidèle du génie de l'auteur qui retrouva ce mêmepftté d'encre, quand il s'agit de cacher à ceux pour qui il écrivait, les grandeurs de la monarchie*; > parce que l'image ne nous paratt ni bien claire ni de très-bon goût. Courier fut un mécontent à Marseille; mais il ne faut pas dire qu'il se fit homme d'opposition, parce qu'il ne put être académicien. Ce qui le fit homme d'opposition, ce Ait un peu la nature, ce

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