Église gallicane ^ chap. xii
dant que son astre montait sur l'horizon, celui de Bossuet a décliné sensiblement. Il se soutenait encore pendant la Restauration, parce que la Restauration croyait à TÉglise de France. M. de Bausset, qui écrivait alors son histoire, s^y moniredMSsi Bossuétienqu^il est Féndonien dans Thistoire de Fénelon. Mais aujourd'hui, devenus plus orthodoxes, nous ne croyons plus à l'Église de France. On se débarrasse peu à peu du fardeau des libertés gallicanes; partout on se détache de la chaîne incommode des traditions. Hier encore le nouvel Oratoire^ se séparant solennellement de l'ancien, proclamait, par la bouche d'un de ses membres, son divorce d'avec ses plus illustres aïeux , Malebranche et Massillon, tendait la main aux jésuites, et proposait avec candeur de faire des ratures dans le fameux sermon sur k petit nombre des élus^ pour ôter à la religion un caractère sombre et sévère qui éloigne les cœurs ^ Évidemment Bossuet, pour qui le christianisme est la religion d'un Dieu cruciGé, et qui parle sans cesse des « saintes tristesses delà foi, > Bossuet n'est pas à la hauteur de ce christianisme égayé, qui s'ajuste si bien à la dévotion du siècle. Son autorité s'est donc singulièrement amoindrie, du moins aux yeux des esprits vulgaires qui suivent l'impulsion de la vogue et prennent le mot d'ordre du succès. Mais elle n*est pas détruite. M. de Maistre n'a pu jeter à terre la gloire du grand évéque ; quiconque sait encore lire et penser, distingue entre l'homme de génie, l'érudit profond, l'historien puissant, l'orateur incomparable, et le discuteur subtil, le sophiste passionné, écrivain du premier ordre quelquefois, mais presque toujours penseur du second; en un mot, le demi^and homme qu'on appelle M. de Maistre. Bossuet, quoique délaissé, demeure toujours debout comme une
1. NouTelle prôrace de U. Tabbé Gratry, à la tète de la 3« édition de la Connaissance de Dieu.
barrière dressée contre les novateurs rétrogrades qui s'attellent par derrière au char de l'Église. Aussi a-t-on renoncé à l'attaquer de vive force. Par une manœuvre inattendue , on s'applique à l'enrôler sous la bannière des néo-chrétiens. M. l'abbé Gratry affirmait, il y a quelques jours, que si les oratoriens d'autrefois vivaient encore, ils seraient ultramontains : hypothèse commode qui rallie les dissidents , et renoue artificiellement la tradition ; c'est exactement le procédé d'assimilation des écrivains du xvin* siècle, qui avaient fini par découvrir dans Massillon un philosophe et presque un voltairien ; c'est celui des politiques de 1789, qui faisaient asseoir Fénelon sur les bancs de la Constituante; c'est celui à l'aide duquel on s'approprie Bossuet. Mais comment affilier aux doctrines du jour l'auteur de la Déclaration? Gela n'est pas facile. On se rappelle l'artiste qui en neuf transformations ramenait la tête de l'Apollon du Belvédère à celle d'une grenouille : quelques coups de crayon de plus ou de moins, voilà toute une métamorphose. Vous prenez un portrait de Bossuet, vous modifiez quelques lignes, vous appuyez ici, vous effacez là, Yous mettez telle partie dans l'ombre, telle autre en lumière, et vous êtes surpris du grand effet de ces petits changements. J*ai yu un gros livre, conçu dans cette nouvelle manière, où Bossuet devenait un ultramontain qui avait feint d'être gallican pour ne pas perdre sa place. En résumé, quel est le nouveau Bossuet qui s'échappe ainsi du ciseau de nos modernes statuaires? Un diplomate, beaucoup plus ami des jésuites qu'on ne l'a dit, beaucoup plus ennemi des jansénistes qu'on ne croit, un gardien officiel et contraint des traditions de l'Église de France, un gallican sans le vouloir qui s'écrie du fond du tombeau : « Ma conduite n'a été qu'une transaction entre le temporel et le spirituel, un expédient utile à l'Église sous un roi ombrageux qui tenait à ses droits ; mais, puisque aujour-
d'hui le Yent qui souffle est celui du midi , et qu'on n*est plus forcé
De rendre grâce à Dieu de n'être pas Romain,
tenez pour certain qu'en 1854 je serais ultramontain, comme vous, et que j'écrirais dans YUnivérs sous la direction de M. Veuillot. »
Tel est le nouveau Bossuet, celui de la plus fraîche date et de la dernière édition. Je sais gré à M. Poujoulat de n'avoir pas copié son héros d'après le nouveau modèle. Il n*a ni déGguré ni calomnié Bossuet. Il est vrai que sur les points délicats il s'abstient, et que je suis réduit à louer son silence. C'est ainsi qu'il célèbre Bossuet orateur, philosophe, moraliste, et qu'il s'efforce d'oublier le théologien de 1682, car, en un tel sujet, une page évasive équivaut au silence. Il y aurait eu plus de courage sans doute à prendre ouvertement la défense de ce grand homme, et à ne pas souffrir que des mains impertinentes l'aflîiblent d'un costume qui n'est pas fait pour lui ; mais ce serait trop demander peut-être. M. Poujoulat, qui consacre un volume entier à la gloire ecclésiastique et littéraire de l'itlustre évêque; M. Poujoulat qui l'admire, qui l'adore, laisse dans la pénombre, comme si c'était un méfait, sa défense glorieuse de l'Église de France, et, aujourd'hui que les plus chétifs et les plus obscurs ennemis diffament à l'envi ce grand acte, il faut considérer le demi-silence d'un historien honnête et timide comme une dernière marque de respect! Gela donne la mesure du chemin que la France a fait depuis 1682!
Il y a bien d'autres lacunes encore dans le livre de M. Poujoulat, qui dans Bossuet étudie surtout l'écrivain. Mais à ce point de vue, il est bon juge. S'il ne porte pas dans sa critique l'éloquence de M. Villemain, la justesse spirituelle de M. Saint-Marc Girardin, la fermeté de vues
de M. Nisard , la flnesse et Télégance de M. Patin, enfin toutes les qualités des plus récents admirateurs de Bossuet, il y montre une chaleur de conviction communicative, un enthousiasme de bon exemple, qu'il justifie par un assortiment de citations bien placées, quoiqu'elles ne soient pas nouvelles, et |que le choix des cours de littérature les ait depuis longtemps consacrées. Son style a de l'ampleur, de la sonorité, de l'éclat et même du luxe: et s'il fallait le rattacher aux traditions littéraires du xvu* siècle, j'oserais dire que H. Poujoulat appartient à cette école rhétoricienne dont Balzac est le chef, qui s'exagère le prix des mots, ne distingue pas celui des idées , et répand également sur toutes l'uniformité d'une même élégance.
Ne cherchons donc pas dans les Lutres sur Bossuet une exposition complète et encore moins une discussion » soit de sa politique religieuse, soit de sa philosophie de This* toire, soit de sa méthode historique. L'ouvrage de M. Poujoulat est une série d'épanchements oratoires, de conversations didactiques sur certaines parties choisies de la vie et des œuvres de .Bossuet, sans unité parfaite, sans plan d'avance bien arrêté. Il n'a ni la composition savante d'une œuvre littéraire, ni l'abandon d'une causerie; ce n'est pas un livre, et, malgré son titre, ce ne sont pas des lettres. Ce sont les monologues parfois lyriques et les extases d'un esprit facile, enthousiaste et brillant, qui prosterne son admiration devant les divers chefs-d'œuvre d'un grand génie, comme une âme pieuse va tour à tour s'agenouiller aux diverses chapelles d'un temple. Et, comme toute dévotion sincère a besoin de propagande, M. Poujoulat a entrepris de communiquer la sienne aux hommes d'État de l'étranger, et s'est fait auprès de la diplomatie européenne le missionnaire de notre littérature. Je le félicite de son entreprise, et lui demande pardon de lui présenter quelques objections.
Je souhaite d*abord que rhomme d'État qui reçoit les lettres de M. Poujoulat ne gouverne pas un royaume constitutionnel : car, à titre de ministre d'un pays libre, il ne saurait partager le goût de son correspondant pour les théories de l'absolutisme. J'admire profondément Bossuet, mais je ne puis voir dans la Politiqtte tirée de F Écriture sainte € le chcf*d'œuvre de la politique éternelle ; » je ne puis admettre avec M. Poujoulat que, « dans quelque pays qu'on applique les principes de Bossuet, gouvernants et gouvernés s'en trouveront bien. > Il n'est pas nécessaire d'aimer beaucoup la liberté pour ne vouloir être ni gouvernant ni gouverné avec un pareil régime. Cette royauté biblique dont Bossuet trace la théorie est la royauté du droit divin, inviolable et illimitée. C'est le despotisme de la société primitive, sortant des tentes d'Israël et venant s'imposer au monde moderne, trop émancipé pour s'accommoder de la constitution de Juda. Il y a dans ce livre des règles admirables de gouvernement, d'excellents conseils qui conviennent à tous les peuples civilisés ; mais le fond même de la politique sacrée n'est pour nous qu'un anachronisme, et il faut ranger l'ouvrage de Bossuet parmi ces codes abrogés où l'histoire admire encore le génie du législateur, sans regretter que le temps ait aboli ses lois.
Je désire aussi que l'homme d'État dont M. Pom'oulat s'applique à former le goût ne soit pas protestant : car il sera désobligé de voir soutenir par lui, avec tant de feu, cette ancienne thèse, que le protestantisme n'est pas une religion. L'homme d'État, qui lit sans doute la Revue des Deux Mandes, puisqu'il aime tant notre littérature, ne manquera pas de renvoyer M. Poujoulat à la réfutation si spirituelle et si décisive que M. de Rémusat a donnée de cette opinion dans son bel article sur M. Merle d'Aubigné. Aussi je n'insiste pas sur ce point. Mais M. Poujoulat va plus loin. Selon lui, la Réforme n'a pas été une réforme, mais le dé-
ÉTUDES UTTÉRAIRES Eï MORALES. 41
chatnement d'une force révolutionnaire qui tôt ou tard doit entraîner les réformés à la ruine. Le protestantisme est une plante vénéneuse. A quoi l'homme d*État répond avec justesse : c Si la plante est vénéneuse, ceux qui ont goûté de ses fruits sont perdus, sans doute. • M. Poujoulat ne nie pas la conséquence, mais il convient que le poison est un poison lent, puisqu'il y a des peuples protestants aussi mo.raux que les peuples catholiques. Seulement il explique ce phénomène en attribuant la moralité des hérétiques soit à un reste de catholicisme latent qui persiste encore sous le protestantisme officiel, soit à une constitution morale assez robuste pour lutter longtemps contre l'effort du poison. Hais il n'est pas moins inévitable que tôt ou tard ces derniers vestiges de catholicisme intérieur s'effaceront, que ces dernières forces morales s'évanouiront, et que tous les peuples qui ont mangé du fruit de la Réforme périront empoisonnés, s'ils ne prennent pas à temps l'antidote de la conversion. G*est la conséquence forcée de la thèse de M. Poujoulat. L'état actuel de l'Europe fait présumer que ce triste dénoùment ne s'accomplira pas demain. Les sociétés protestantes, quoique gouvernées par le principe de liberté, ne paraissent pas les plus malades ; quelques-unes même prospèrent à tel point, que, si l'homme d'Ëtat de M. Poujoulat, après avoir défendu le protestantisme contre lui, s'avisait de prendre l'offensive, il aurait beau jeu d'établir le parallèle de ces nations hétérodoxes et florissantes avec la décadence incontestée de certains peuples catholiques. Afin de prévenir une telle comparaison, inquiétante pour la conscience des fidèles, M. Poujoulat aurait dû, sans hésiter, reconnaître cette heureuse fortune des hérétiques, et, la tournant contre eux, traiter éloquemment ce thème si familier à la chaire chrétienne, que le succès est souvent le signe de la colère de Dieu. Son illustre mattre, Bossuet, lui enseigne à toutes ses pages comment
il faut développer en pareil cas la fameuse parole : « Malheur à vous qui riez, car vous pleurerez. » Par cette argumentation prévoyante, et autorisée par les plus grands exemples, M. Poujoulat se mettait en garde contre la réplique infaillible de son homme d*État, au lieu qu*il se découvre, et qu'il reçoit en pleine poitrine la riposte protestante, ce qui est intrépide, mais imprudent.
Ma dernière observation se rapporte au Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même. A propos d*un chapitre de cet ouvrage, où Bossuet examine la dififérence entre l'homme et la béte, M. Poujoulat expose ses propres idées sur cette question si grave, et, quoiqu'il se montre plein de bienveillance pour les animaux, il leur fait cependant une injure dont je voudrais les défendre. Je vais citer le passage de M. Poujoulat, pour donner une idée de son style et des agréments de détail qu'il sait mêler à une analyse de Bossuet :
« Montaigne, qui a dépensé tant d'érudition, d'esprit et de style pour grandir les animaux aux dépens de l'homme, et qui, s'il disait vrai, donnerait envie d'être animal, soutient qu'il se trouve plus de différence de tel homme à tel homme, que de tel anim^ à tel homme, Bossuet a pitié d'un si bel esprit, soit qu'il dise sérieusement une chose si ridicule, soit qu'il raille sur une matière qui d'elle-même est si sérieuse. Y a-t-il un homme si stupide qui n'invente du moins quelque signe pour se faire entendre ? Y a-t-il une bête si rusée qui ait jamais rien trouvé ? Un souvenir de mes courses en Afrique se présente ici à ma pensée. Rentrant un soir à Alger par la route qui mène au faubourg Bab-Azoun, je vis au bord du chemin quelques négresses accroupies et silencieuses dont l'aspect me saisit; les années et la misère avaient flétri leur triste visage ; une chevelure semblable à de la laine, un large nez aplati, des yeux ronds sans lumière, une énorme bouche avec de longues dents
blanches, de longues oreilles, voilà ce qui s'offrit à moi ; nulle trace visible de rayon intellectuel sur ces figures; tous les caractères de la béte étaient là réunis. Ces créatures mangeaient du concombre de la même manière que les singes; je m'arrêtai en face d'elles à cinq ou six pas; elles ne paraissaient pas s'en apercevoir, et leurs yeux ouverts ne regardaient rien ; je cherchais la nature humaine dans ces corps noirs ramassés sur eux-mêmes, et je ne la trouvais pas : je sentis comme une exprimable tristesse d'esprit et comme une secrète terreur. Je me rappelai le mot de Montaigne que je vous citais tout à l'heure, et je ' me demandai s'il n'y avait pas plus loin de ces créatures à Homère ou à Platon que de ces créatures à un chameau qui paissait dans le voisinage. Tout à coup un Arabe arrive et leur adresse une question ; elles répondent : elles disent non (la). Cette seule parole, tombée de ces bouches hideuses, marqua soudain pour moi une immense distance entre ce que je voyais et le chameau. Vous interrogeriez pendant toute l'itêmité les animaux les plus industrieux de la terre^ Us ne vous diraient ni oui ni non. Tombées au dernier degré de l'abaissement, ces créatures noires gardaient quelque chose d'un ordre supérieur au plus parfait des animaux. Le temple n'était plus qu'une masure immonde; mais, sous cette masure couchée dans la poussière, j'avais retrouvé par un mot les vestiges de Dieu. »
Voilà une conclusion imposante, mais je ne la trouve ni exacte ni philosophique. Si à mes yeux il n'y a pas plus . loin de la négresse à Platon que de la négresse à l'animal « qui paît dans le voisinage , » ce n'est pas parce que l'animal ne peut pas dire non comme la femme, mais parce que la femme a une âme, et que cette flme a été rachetée, comme l'enseigne la révélation. Ce n'est pas le langage qui met l'homme au-dessus des animaux. Si j'interrogeais le chameau, il ne me répondrait pas, je le sais, puisque les
animaux ne parlent pas notre langue. Aussi je ne les questionne pas, mais je les écoute parler, et» même sans les comprendre, je ne doute pas quMls niaient leur langage comme nous avons le nôtre. Si M. Poujoulat comprenait comme Montaigne la langue des animaux, et si l'oie que ce philosophe fait raisonner d'une manière si plaisante et si fine disait à M. Poujoulat ce que dans les Essais elle dit à son mattre, en se promenant à travers la basse-cour: > Tout est fait pour moi; c'est pour moi que le soleil se lève et se couche ; la terre ne produit ses fruits que pour me nourrir; la maison n'est faite que pour me loger, et, si l'homme égorge quelquefois des oies, ainsi fait-il pour son semblable, » M. Poujoulat aurait beau lui démontrer, avec toutes les ressources de la langue française, qu'elle se trompe, que l'oie est faite pour nous plutôt que nous pour elle, il ne se ferait pas comprendre ; l'oie pourrait à son tour prendre en pitié M. Poujoulat, et soutenir qu'interrogé par elle pendant l'éternité il ne répondrait ni oui ni non. Nous avons notre langue, les animaux ont 4a leur, et j'ajoute qu'elle semble avoir tous les caractères d'une langue bien faite. Si donc la négresse n'avait sur les bêtes d'autre supériorité que le privilège de dire non en arabe, ce serait un titre fort insuffisant, car il est présumable que les bètes disent non aussi bien qu'elle, chacune dans son langage, et c'est ce que M. Poujoulat semble avoir oublié. Son oubli me surprend d'autant plus qu'il a une grande considération pour les animaux, qu'il ne les croit pas de pures machines, comme Descartes, et qu'il n'est pas éloigné de leur prêter des âmes, des âmes de qualité inférieure, au-dessous de l'homme, comme l'homme lui-même est au-dessous des anges, mais enfin des Ames véritables. Il n'oserait même pas affirmer que ces âmes ne sont point immortelles ; et il admet qu'elles peuvent subsister, comme subsistent les atomes. Je ne m'y oppose pas : c'est une hypothèse, comme
celle du P. Bougeant, qui supposait les corps des animaux habités par les anges déchus, ce qui explique bien les tigres et les panthères , mais non les agneaux et les colombes. Du reste, laissons là ces questions insolubles, si chères à Descartes, à La Fontaine, à Bernier et à Mme de La Sablière, sur lesquelles on disputera tovgours, et que ceuxlà seuls qu'elles intéressent le plus ne discuteront jamais.
Xarrive à un problème important, qui a soulevé entre M. Poujoulat et un honorable ecclésiastique, M. Tabbé Guettée, une discussion intéressante ; celui de savoir jusqu'à quel point il est permis d'attribuer à Bossuet la Justification des réflexions morales^ en d'autres termes, dans quelle mesure Bossuet a défendu le P. QuesneU
Depuis la publication de mon premier article sur son livre, M. Poujoulat m'a fait l'honneur de m'écrire pour me reprocher une inexactitude. J'avais dit qu'il considérait la folUiqae tirée de VÈcriture sainte comme le chef-d'œuvre d'une politique éternelle, qui, appliquée partout, rendrait plus heureux les princes et les peuples. M. Poujoulat proteste, et me prie d'annoncer au public qu'il n'est nullement idolâtre du pouvoir absolu. J'y consens de bonne grâce, et suis heureux de rencontrer un adversaire du despotisme là où j'avais cru trouver un de ses bons amis. Mon erreur du reste, puisque erreur il y a, de plus clairvoyants auraient pu la commettre, et c'est un peu la faute de M. Poujoulat, si je me suis mépris sur son libéralisme. Lorsqu'il écrit dans son livre : « BAsuet a fait de la politique éternelle , » ces mots signiCent tout simplement, m'assure- t-il , que Bossuet a énoncé des maximes générales qui conviennent dans tous les temps et à tous les peuples, quelle que soit la forme de leur gouvernement. A merveille. Mais ce mot
de poliHque étemdle m'avait fait illusion. J'avais cru que M. Poujoulat opposait la politique de l'Écriture sainte, éternelle, parce qu'elle est fille de Dieu, à la politique éphémère de l'humanité. Il me semblait qu'il cherchait à humilier oratoirement les ébauches des hommes d'État, anciens et modernes, devant la perfection d'une charte divine, révélée par l'Écriture et commentée par Bossuet. Quand H. Poujoulat écrivait dans sa troisième lettre : « Qu'a voulu le grand évéque dans ce livre? Il a voulu, à l'aide des Écritures inspirées, poser les fondements des États, tracer aux peuples et aux rois leurs devoirs, et faire en quelque sorte de la parole de Dieu la règle et la raison d'être des empires » (page 116), il était difficile de supposer, après ce témoignage solennel, que M. Poujoulat mettait des réserves à son adoption de la politique sacrée, et qu'il avait à proposer un amendement libéral à la « parole de Dieu. » Mais puisque M. Poujoulat le désire, je supplie le lecteur d'oublier ce fragment de la lettre III, qui, à ce qu'il paratt, ne rend pas bien la pensée de M. Poujoulat, et de réserver toute son attention à ce passage de la lettre XII : < Le pouvoir absolu ne me plaît pas le moins du monde. » Cette déclaration, jetée négligemment dans un parallèle entre Fénelon et Bossuet, est si brève et si rapide, que je n'avais pu sérieusement y voir le correctif des paroles si graves que je viens de rappeler ; elle m'avait semblé plutôt, soit une contradiction d'idées, ce qui arrive quelquefois aux écrivains qui se payent de mots, soit la précaution d'un homme habile, qui dans une phrase incidente sait se préparer une issue, pour s'évader au besoin devant une objection pressante. Mais il paratt que c'est la vrai%^ profession de foi de M. Poujoulat, et je conjure le public d'être bien convaincu que cet honorable écrivain concilie le goût le moins équivoque pour Tultramontanisme avec le libéralisme politique le plus prononcé.
farrive à la discussion qui s'est élevée entre M. Poujoulat et M. Tabbé Guettée à propos de l'ouvrage de Bossuet intitulé Justification des Bèfîtxions morales. Pour l'intelligence de ce débat, j'ai besoin de remonter jusqu'au xvar siècle» et de rappeler en quelques mots Thistoire du livre du P. Quesnel et les querelles qu'il souleva. Je demande pardon à mes lecteurs de mettre sous leurs yeux une de ces luttes religieuses qui au xvir siècle passionnaient même les salons et les femmes, et que Voltaire appelle bien ii^ustement c la honte de la raison humaine^ » Voltaire, blessé dans ses opinions philosophiques par l'objet chrétien de ces discussions, et dans la délicatesse de son goût par la forme pédante et scolastique des contro* verses» n'a pas vu que dans cette arène théologique se débattaient les grandes idées qui sont l'honneur de l'humanité : la liberté de conscience et le droit d'examen. La liberté se fait toujours sa place, et toujours elle prend pour foyer la passion la plus vive qui s'agite au cœur d*une nation; quand la politique lui est fermée, elle se réfugie dans la religion. C'est ainsi qu'au xvu* siècle elle s'établit dans la controverse et se retranche derrière les in-folio pesants de la théologie, elle qui un siècle plus tard tiendra si hardiment la campagne dans les pamphlets des philosophes. Nous serions peu clairvoyants aujourd'hui, si notre bel esprit affectait de dédaigner ces disputes religieuses qui émurent si fortement nos pères. La raison humaine, quoi qu*en dise Voltaire, n'a pas à rougir des luttes mémorables qui ont préparé la reconnaissance de ses droits.
Le P. Quesnel, prêtre de la congrégation de l'Oratoire, avait composé, d'après le conseil de M. de Laigue et de M. de Loménie de Brienne, l'ancien ministre, qui s'était retiré à l'Oratoire, le livre des Béflexions morales sur le Nour
l. SiècU de Louis XI F, chap. zxxv.
veau Testament, LMdée première de cet ouvrage appartenait à un membre de l'Oratoire, au premier supérieur de cette maison, le P. Jourdain, qui avait formé un recueil des paroles de Jésus-Christ, et y avait ajouté de courtes réflexions de piété. Le P. Quesnel avait multiplié le nombre des réflexions et les avait étendues au texte entier des quatre évangélistes. M. de Laigue porta un exemplaire du livre du P. Quesnel à M. Yialart, évéque de Ghâlons, qui, après ravoir lu et fait examiner par des théologiens, envoya à M. de Laigue une approbation en forme de Touvrage. L'archevêque de Paris autorisa M. de Laigue à faire imprimer le livre du P. Quesnel à Paris, et la première édition des Réflexions morales parut en 1671 sous ce titre : Abrégé de la morale de VÉvangUe^ ou Pensées chrétiennes sur le texte des quatre évangélistes. Vingt-quatre ans après, en 1695, ce livre, complété par le P. Quesnel, en était à sa quatrième édition, et les suffrages illustres qu'il avait obtenus n'avaient soulevé aucune contradiction. Dans son mandement de 1671, l'évéque de Ghâlons l'avait recommandé à tous les curés et vicaires de son diocèse, « comme un excellent ouvrage que la Providence nous a mis entre les mains. Il faut que l'auteur ait été longtemps dans l'école de l'Esprit saint qui a dicté ce divin livre, et nous espérons que Dieu versera sa bénédiction sur le bel usage que vous en ferez. > Les évéques de Limoges, de Poitiers, de Saint-Pons, de Meaux, et un grand nombre de personnages éminents dans l'Église, s'étaient associés au témoignage de M. de Ghâlons. M. de Harlay, archevêque de Paris , avait applaudi au succès du livre, et plus tard le P. La Chaise, confesseur du roi, après l'avoir lu chaque jour pendant deux ans, s'était déclaré « fort touché decequ'il contient.» En 1695, M. de Noailles, devenu archevêque de Paris, voulut préparer une éditionnouvelle des Réflexions morales et revoir l'ouvrage tout entier. Bossuet raconte que l'archevêque de Paris donna à ce
travail tout le temps que lui laissaient ses fonctions épiscopales, qu'il recueillit les objections des personnes sages, qu*il alla au-devant de tous les scrupules, et qu*il fit du livre une édition encore supérieure aux précédentes. Déjà les habiles docteurs qui travaillaient sous la direction de H. de Noailles avaient dressé, dit Bossuet, la table des réflexions qui excluaient expressément les erreurs condamnées dans Jansénius, et le livre du P. Quesnel allait être publié, revêtu de l'approbation du prélat, quand parut le Problème ecclésiastique (1698). Ce libelle fameux, c cet ouvrage de ténèbres, dit encore Bossuet, et qui n'était digne que du feu , » accusait l'archevêque de Paris d'approuver dans le P. Quesnel des propositions qu'il avait repoussées dans un livre condamné par lui en 1696 : V Exposition de la Foi catholique sur la grâce et la prédestination^ et de favoriser l'hérésie du jansénisme. « D'où vient, ajoute Bossuet, que l'auteur du libelle, si le zèle de la vérité le pressait, attendit trois ans pour se déclarer? Depuis l'an 1695, les Réflexions morales avaient commencé à paraître avec l'approbation de M. de Noailles, alors évêque de Ghâlons. Pourquoi garder ce silence jusqu'en 1698? Le jansénisme, qu'on osa imputer à l'archevêque de Paris, n'était-il à craindre qu'alors? »
La véritable réponse à cette question délicate, Bossuet ne pouvait la donner; il se borne à indiquer que c l'accusation de jansénisme portée contre M. de Noailles ne peut être autre chose que le prétexte d^une haine injuste dont on a voulu cacher la cause. » C'est qu'en effet, de 1695 à 1698, M. de Noailles, déjà suspect aux jésuites parce qu'il avait fait ses études sous un prêtre de l'Oratoire, qu'il avait soutenu dans ses thèses de docteur une proposition hostile aux opinions de leur compagnie, et qu'il avait été nommé à l'archevêché de Paris sans leur participation ; M. de Noailles, dis-je, avait encouru leur disgrâce. Il^i^aient essayé d'ani -4
5)0 ÉTUDES UTTÉIUIRES ET MORAUSS.
bord de le ramener à eux par d'habiles manœuvres, de le soumettre à leur influence » et de partager à l'amiable avec lui le gouvernement de son diocèse. Mais M. deNoailles avait fait un jour au P. Bourdaloue cette réponse que rapporte l'évêque d'Agen, Hébert, dans une lettre datée de 1711 : « Je serai toujours Tami des jésuites, et jamais leur valet. » Ce jour-là la compagnie lui déclara la guerre, et le P. La Chaise, qui lisait chaque matin les Rifleonons morales et s'en déclarait si touché, jura que l'archevêque boirait jusqu'à la lie le calice de sa colère.
On s'explique maintenant pourquoi parut si tardivement le Problème eulésiastique. M. de Noailles était le but véritable de l'attaque, et le P. Quesnel le prétexte : on frappait adroitement l'archevêque sur la joue de l'oratorien exilé. Le libelle anonyme fut attribué successivement au P. Doucin et au P. Daniel, qui accepta d'abord les compliments de ses amis, et ne commença à récuser la paternité de l'ouvrage que lorsqu'il le vit condamné au feu par le Parlement. Les jésuites, de leur côté, ne manquèrent pas de l'imputer aux bénédictins, et, de nos jours, un historien ultramontain affirme que le bénédictin compromis par eux, D. Thierri de Viaixnes, était par surcroît un janséniste! C'est le triomphe de l'habileté! Malheureusement, D. Thierri, emprisonné à Yincennes, persista à jurer que la pièce venait des jésuites ; Tévéque d'Agen prouva dans sa lettre à H. de Pontchartrain que les jésuites avaient imprimé à leurs frais, distribué et colporté le libelle; l'intendant de Flandres , M. de Bagnols, en arrêta un gros ballot d'exemplaires, que le P. Souastre dirigeait sur Paris , et il resta démontréaux yeux de l'opinion publique que le Problème ecclésiastique était sorti des ateliers de la compagnie.
C'est alors que Bossuet entra dans la discussion pour défendre le livre du P. Quesnel et l'archevêque de Paris, et qu'il composa YAvertissetnent destiné à servir d'introduction
aux Réfleanons morales, et publié plus tard sous le titre de Justification. Dès le chapitre i*' de son ouvrage, fiossuet, parlant de l'édition des Héflexions morales faite par M. de Noailles alors qu'il n'était encore qu'évéque de Ch&lons, déclare que déjà c H. de Noailles avait réussi dans son dessein, puisqu'il ne faut que lire ce livre, principalement en l'état que M. de Ghftlons Ta donné, pour y trouver avec le recueil des plus belles pensées des saints tout ce qu'on peut désirer pour l'édiOcation, pour l'instruction et pour la consolation des fidèles, » Lorsque cette édition , déjà si satisfaisante aux yeux de Bossuet, est épuisée, et que H. de Noailles, devenu archevêque de Paris, en a préparé une plus irréprochable encore, d'avance calomniée par l'auteur du Problème ecclésiastique, Bossuei prend immédiatement la défense du livre du P. Quesnel. Tout l'effort de son argumentation tend à démontrer qu'il a fallu falsifier le sens et le texte des Réfleanons morales pour y trouver la plus légère trace du jansénisme, et à sa déclaration citée plus haut il ajoute ce témoignage encore plus explicite et plus décisif : • La doctrine constante et uniforme de ce livre est aussi éloignée qu'on le puisse être des cinq propositions de Jansénius qu'on veut lui imputer^ >
L'ouvrage de Bossuet ne fut imprimé intégralement que six ans après sa mort, en 1710. H. de Noailles n'en fit publier d'abord qu'une série d'extraits, sous la forme de lettres, en réponse au Problème tcclésiastigue. Il ajourna la publication de l'œuvre tout entière , sans doute par prudence et par précaution. Depuis l'apparition du Problème ecclésiastique, les événements avaient marché. Les jésuites avaient continué la guerre; ils avaient trouvé pour allié
1. Bossuet dit encore au chap. zvii : « On ne contredit ce livre que par UA «prit de contention, et, pour peu qu'on apportât à cette lecture un esprit d'équité, au lieu du trouble que quelques-uns voudraient inspirer, on n'y trouverait qu'édification et bon conseil. *
Godet Desmarais, évéqùe de Chartres, un ami de Mme de Maintenon fort en crédit auprès du roi. L'évéque de Chartres dissuadait M. de Noailles de publier l'ouvrage de Bossuet, et M. de Noailles retardait l'impression pour conserver Tamilié de M. de Chartres, et, par lui, la bienveillance de Mme de Maintenon et la faveur du roi. Bossuet, c'est son neveu l'évéque de Troyes qui nous l'apprend dans une instruction pastorale imprimée en 1733, Bossuet fut très-fdché qu'on n'eût pas fait de son Avertissement Vusage pour lequel U avait été composé^ c'est-à-dire qu'on ne l'eût pas mis à la tête des Réflexions morales^ parce qu'il le regardait comme le plus beau morceau de théologie qu'il eût jamais fait. Ce n'est donc pas sa faute si la défense du P. Quesnel ne fut pas publiée plus tôt. Il n'appartenait qu'à M. de Noailles, pour qui elle avait été faite , d'en disposer en faveur du public, et le respect interdisait à Bossuet l'initiative de la publication. Cependant M. de Noailles tardait toujours, et les jésuites ne se lassaient pas de travailler à Rome pour obtenir du cardinal Albano, devenu pape sous le nom de Clément XI , la condamnation des Réflexions morales. Clément XI l'accorda sans peine. Il punissait ainsi M. de Noailles d'avoir dénoncé au pape Innocent XII un livre moliniste du cardinal Sfondrate, dont lui-même, alors cardinal, avait été l'inspirateur '. En 1708, un bref du pape condamna les Réflexions morales^ « parce qu'il s'y trouvait un grand nombre de propositions et de maximes séditieuses, téméraires, dangereuses, erronées, déjà condamnées, et qui ressentaient et même exprimaient ouvertement l'hérésie jansénienne. > Il y avait trente-sept ans que le livre du P. Quesnel avait paru. Deux ans après le bref du pape, en 1710, le P. Quesnel, pour sa défense, publia,
1. Le livre de Sfondrate était intitulé : Nodus prxdettinationis , guaiiîum homini licet , dùsolutus. Bossuet joignit ses efforts à ceux de M. de Noailles pour le faire condamner.
SOUS le titre de Justification des RéflexUmsmorakSj Y Avertissement de Bossuet. L'évéque de Chartres venait de mourir; M. de Noailles n*avait plus de ménagements à garder. Ce fut vraisemblablement un de ses théologiens qui communiqua l'ouvrage de Bossuet au P. Quesnel. L'abbé Ledieu, le secrétaire de Bossuet, suppose dans son Journal que ce fut l'abbé Boileau, ami et confident de M. de Noailles, qui demeurait à l'archevêché, et qui avait fait les extraits de l'ouvrage de Bossuet, pour répondre au Problème ecclésiastique. Quand la Justification des Réflexions parut, quelques adversaires du P. Quesnel et de M. de Noailles répandirent le bruit qu'elle n'était pas du grand évéque. Mais l'abbé Ledieu, dans son Journal ^ a si positivement affirmé l'authenticité de l'ouvrage, la lettre de l'abbé de Saint-André, grand vicaire de Heaux sous Bossuet, est si explicite et si formelle dans le même sens, la déclaration du neveu de Bossuet, révéque de Troyes, est si forte , et il est si facile de reconnaître dans la Jmtification le style de Bossuet, que personne ne songe plus à la lui contester. On a inventé une autre thèse. Se fondant sur les retards de la publication , on a soutenu que Bossuet n'avait consenti à défendre le livre du P. Quesnel qu'à la condition qu'on y ferait des changements considérables et qui portaient swr despomts ca^^ pitaux; que le cardinal de Noailles et le P. Quesnel refusèrent ces corrections; que Bossuet refusa à son tour de livrer son ouvrage» dont la publication, après sa mort, et sans les corrections exigées par lui , constitue une fraude et un mensonge véritables. Cette thèse a été développée par l'auteur de la Vie de Bossuet^ M. de Bausset, et reprise par H. Poujoulat. Elle avait été déjà combattue, il y a quarante ans, par un honorable magistrat, M. Silvy, qui mourut au milieu des ruines de Port-Royal dont il s'était fait pieusement le gardien. Tai sous les yeux sa brochure, devenue assez rare. M. l'abbé Guettée a repris contre M. Poujoulat
les arguments de H. Silvy contre M. de Bausset. Les mêmes erreurs appelaient la même réfutation.
La thèse de H. de Bausset est ingénieuse : en supposant que Bossuet a mis pour condition à la publication de son livre un si grand nombre de corrections capitales dans Fouvrage du P. Quesnel, elle affaiblit la portée de son approbation et tend à enlever au P. Quesnel l'appui du grand évêque. Malheureusement elle ne soutient pas l'examen. Bn effet, on en trouverait à la rigueur une réfutation suffisante dans ces paroles de Bossuet déjà citées : • La doctrine constante et uniforme des BéflexUms morales est aussi éloignée qu'on le puisse être des cinq propositions de Jansénius qu'on veut lui imputer. » Bossuet se serait-il servi de termes si absolus et si énergiques, s'il avait découvert dans le livre du P. Quesnel tant d'erreurs graves à effacer, et s'il avait demandé, comme on l'afflrme, un si grand nombre de cartons? £st-il prouvé d'ailleurs qu'il avait réclamé des changements si importants et si nombreux? M. de Bausset dit que Bossuet en avait indiqué le nombre dans un Mémoire particulier, et que ce Mémoire ne lui a pas été remis parmi les manuscrits de l'évêque de Meaux. M. de Bausset avait mal cherché sans doute, car M. Silvy trouva ce Mémoire sans aucun effort dans les manuscrits de Bossuet. Vérification faite, Bossuet demandait , non pas cent vingt cartons, comme l'avaient affirmé le docteur Gaillaude et le P. d'Avrigny, jésuite, mais vingt-quatre seulement, ce qui s'explique à merveille. Bossuet, qui approuve, comme nous l'avons vu plus haut, la quatrième édition du P. Quesnel, faite par M. de GhAlons, doit juger meilleure encore celle que l'archevêque de Paris avait fait revoir, et à laquelle Bossuet lui-même avait travaillé sous la direction de M. de Noailles^ Ces changements peu nombreux qu'il réclame