Mémo'res, t. II, p
« — Je vous supplie de m'en dispenser, » repartit Hébert; et il commença son exhortation. Dès qu'elle fut achevée, Mmes de Chevreuse et de Beauvilliers grondèrent le curé de ce refus public. «Vous avez, lui dirent-elles, mortiflé « Mme de Maintenon. yoirEsth^r est une faveur sollicitée; « on vous y invite, et vous refusez du ton le plus désap- « probateur : on n'aura plus la même confiance en vous; • on vous croira outré sur la morale; vous serez redouté « comme le censeur des évoques, vous perdrez un crédit « utile à votre zèle. — Mes raisons, répondit Hébert, ne « sont pas de vains scrupules : je vous en rendrai compte, « et j'en ferai juge Mme de Maintenon elle-même. Si elle « me condamne , je me rendrai volontiers. »
Le soir même, il lui dit : « Vous connaissez, madame, mon respect pour vous; mais vous savez aussi combien je déclame en chaire contre les spectacles. Esther n'est point comprise dans cette proscription. — Pourquoi donc, interrompit-elle, refusez-vous de l'entendre?— Le peuple, reprit le curé, ne sait pas quelle différence est entre cette comédie et une autre. J'irai : il croira plutôt à mes actions qu'à mes paroles. La réputation d'un ministre de Jésus-Christ est trop délicate pour la sacrifier à la complaisance ou à la curiosité. Hé î pensez-vous qu'il soit décent à des prêtres d'assister à des jeux exécutés par de jeunes filles, bien faites, aimables, fixées pendant deux heures entières ? C'est s'exposer à des tentations. Des courtisans m'ont avoué que leurs passions étaient plus vivement émues par la vue de ces enfants que par celle des comédiennes. L'innocence des vierges est un attrait plus dangereux que le libertinage des prostituées. Le vice profane tout. »
Mme de Maintenon ne sut pas mauvais gré à Hébert de ce noble langage. Plus tard, c'est sur lui qu'elle jeta les yeux pour remplacer le P. Lachaise dans les fonctions de confesseur du roi ; mais le P. Lachaise, qui devina le projet,
fit spirituellement nommer Hébert à l'évéché d'Agen. On n'en continua pas moins les représentations à Saint-Cyr. On en donna une, à la sollicitation de Leurs Majestés Britanniques, où Fénelon assista. Mme de Maintenon avait prié M. de Chartres, son collègue, de s'y trouver ; l'évoque s'y refusa, et, pendant le spectacle, il fit aux dames de Saint-Louis une conférence sur l'état déplorable des chrétiens qui se livraient avant le carême à des plaisirs scandaleux, et sur la nécessité d'en faire amende honorable par le silence et par la retraite *.
Voilà quelle était au xvn* siècle, sur les spectacles, l'opinion des âmes vraiment chrétiennes. La discussion qui s'agita au xvra* siècle, entre les philosophes, n'était pas de nature à l'ébranler. De nos jours on a laissé la question sommeiller. Cependant il nous est tombé dernièrement entre les mains un petit livre, intitulé : Instruction contre Wthédtrey par le P. J. B. Boone, de la compagnie de Jésus". L'auteur y suit fidèlement la tradition chrétienne : pour lui, comme pour TertuUien et Massillon, le théâtre est une œuvre de Satan. L'originalité de son petit livre, c'est qu'il a réduit la question à sept objections qu'il se pose et qu'il résout sans difficulté. Je citerai les principales :
1" Objection. — « Le théâtre, dit-on, est toléré à Rome. — Réponse, Sans doute ; il faut bien, comme disait Benoît XIV, tolérer ce qu'on ne peut approuver, {)Our empêcher de plus grands maux; niais la tolérance n'est pas l'approbation. »
2* Objection. — a Si les spectacles sont si pernicieux, pourquoi y voit-on tant de bonnes personnes (w)î — Réponse, Ces bonnes personnes ne savent pas ce que dit l'apôtre saint Paul : » Ceux qui consentent à un mal y par- « ticipent. »