Pierre Saintive
coup de force d'esprit et d*éloquence, et, dans quelques pages de Pierre Sairuive, il déploie une singulière vigueur de pensée et un rare éclat de style. On ne peut développer avec plus d'énergie ce syllogisme terrible qu'il a posé avant le grand et regrettable orateur, M. Donoso Cortès : On ne gouverne pas les hommes sans principes. Des principes philosophiques, rindividu peut en avoir, mais il n'y a pas de nation philosophe. Plus de religion, pas de philosophie publique et universelle ; voilà où nous en sommes. Le remède, selon M. Veuillot, serait de christianiser la France. Nous le voulons bien, mais comment ? Est-ce en lui défendant de penser ?c Mon Dieu, s'écrie-t-il, le remède est bien simple. Il suffirait de laisser faire l'Eglise; elle prendrait en mains le monde, et rélèverait comme un enfant ^ » Hélas ! vous avez donc bien peu de mémoire ? Il fut un temps où l'on a laissé faire F Église et où elle a pris le monde dans sa main; mais c'est précisément celui où elle a le moins cliristianisé l'univers, parce que son ambition et les scandales de sa conduite lui aliénaient tous ceux que sa simple parole eût attirés. Voyez la fin du règne de Louis XIV. Pour que l'Église soit vraiment puissante, il faut qu'elle soit contenue ; il faut qu'elle n'ait ni prépondérance qui fasse ombrage, ni richesse qui allume les convoitises, ni ambition qui lui donne le vertige. Il lui faut une croix de bois, celle qui a sauvé le monde. Cette grande parole est toujours vraie. Vous tombez dans l'erreur où sont tombés cent fois, comme vous, les défenseurs aveugles de l'Église. Vous demandez pour elle, outre la direction des ûmes, la direction des affaires ; outre le saint ministère, tous les ministères ; vous voulez que la société malade se jette entre les bras de TÉglise, comme un homme au lit de mort appelle un prêtre pour le sauver. Vous ne savez donc pas que la main de