‹ Œuvres complètes de H. RigaultChapitre 18 sur 85 · Rome et loreiie · texte numérisé non relu

Rome et loreiie

s*il tirait vanité de lui-même, imprime qu'il fait ses pàques,et date ses préfaces de la fête des Saints? M. Yeuillot est, lui aussi, toute proportion gardée, un homme de guerre dans la vie civile ; il a besoin de se défendre et d*attaquer, d'attaquer surtout. Il se persuade ^u'il escorte l'Église dans sa course à travers le monde, une plume à la main, comme on escorte un convoi précieux, des pistolets à la ceinture. n cherche partout des occasions de combat; il a besoin, pour la santé de son âme, de jeter à chaque instant un déû à la tiédeur du siècle. Dès qu'il se croit en présence d'un incrédule, il fait le signe de la croix. Il faut absolument qu'il crie : < Je suis chrétien ! » comme Polyeucte, partout, même en diligence, parce qu'il y a dans le coupé une dame qui fait gras le samedi '. Il est beau d'être Polyeucte, mais sous Décius. Quand l'Église a pour elle le respect public, la liberté et quelque peu aussi l'influence, cette publicité volontaire des vertus chrétiennes est plus comique qu'héroïque, et rappelle moins Corneille que Molière. Si peu que la dame du coupé fût lettrée, elle a dû, non pas songer au 5* acte de Polyeucte, mais se dire en somîant :

Laurent, serrez ma haire avec ma discipline.

La Bruyère a bien raison : il ne faut jamais faire sonner les grains de son chapelet.

Ce qui domine, au reste, dans les romans de M. Yeuillot, ce sont les deux sentiments les plus antichrétiens qu'on puisse imaginer : une expansion maladive de la personnalité, un amour fébrile du moi, qui n'a jamais mieux prouvé la vérité du mot de Pascal, et une aversion insurmontable contre le prochain, en un mot, le contraire de la charité.

La personnalité d'abord. M. Yeuillot se raconte toujours, tantôt sous son propre nom, tantôt sous des pseudonymes.

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