Let Nattes
L*babitude de descendre en lui-même lui a donné une connaissance raffinée du moi, et un goût irrésistible pour lac psychologie personnelle. Il s'étudie, il se dessine à lui-même son portrait, physique d'abord : il a l'œil vif, le menton agréable; quand il s'anime à causer, son regard brille. Un jour, il s'est trouvé un cheveu blanc, et il n'a pas manqué d'en avertir les dames *. Le portrait moral ensuite : il est plein de contradictions; il aime le confortable, et il supporte les privations comme un vrai stoïcien; il est audacieux comme un soldat, et timide comme un écolier, paresseux et travailleur, bon homme et dédaigneux. Dans ses mauvais moments, par exemple, quand il châtie les critiques qui médisent de ses ouvrages, il ne fait pas bon l'entendre ; « il a les lèvres serrées, et il a bientôt fait de trouver une expression barbelée comme la flèche des sauvages. > Il a des passions emportées (M. Yeuillot tient beaucoup à ce qu'on le sache), mais il en triomphe. Enfin c c'est une gerbe composée de paille, de branches vertes, de branches séchées, de tiges de roseaux, de tiges de fer, etc. ' >
A quoi bon ces portraits renouvelés du xvu' siècle, où du moins ceux-là seuls osaient se peindre qui étaient vraiment grands? La meilleure image qu'un écrivain laisse de lui-même, c'est celle qu'il dépose, sans le vouloir et sans le savoir, au fond de ses écrits; c'est celle que le lecteur découvre quand, sous l'écrivain, il cherche l'homme, et le meilleur moyen pour l'écrivain d'être moral, c'est de fidre estimer l'homme qu'on découvre en lui. Il suffit qu'il y ait dans ses œuvres assez de transparence pour qu'on y reconnaisse une belle âme. Ce n'est pas la transparence qui manque chez M. Yeuillot; mais l'accent de l'homme affaiblit chez lui l'autorité des idées : on y sent perpétuellement la violence, l'aigreur, la dureté, l'amertume. Or, violenti ra-