Le Directeur désintéressé ^ p
que Camus, en quelques parties, manque de mesure et de goût, il faut se souvenir que la langue de la polémique religieuse et du sermon môme était loin d*étre formée; que les règles les plus simples de la bienséance paraissaient inconnues; enfin, que l'objet même de la lutte, la direction, était chose assez grave pour emporter tous les esprits aude là des bornes. Camus est le contemporain du fameux petit P. André, né comme lui en 1582, et mort en 1657, cinq ans après lui. Le P. André, en parlant de la direction, tenait un langage bien moins respectueux encore*.
Il faut voir maintenant l'esprit de la direction par laquelle révoque de Belley veut remplacer la direction coupable qu'il attaque, et comment s'y approprie le roman chrétien.
Il y a trois sortes de directions : l'une qui, pour mieux maîtriser les passions, les détruit, et, sous prétexte de régler Tàme, la tue : Ubi solitudinem faciunt, pacem appellatU; celle qui, selon Bossuet', « ne peut supporter aucune faiblesse, qui traîne toujours l'enfer après elle, qui entretient un chagrin superbe et un esprit de fastueuse singularité, fait paraître la vertu trop pesante, l'Évangile excessif, le christianisme impossible ; > celle des jansénistes, en un mot.
Il y en a une autre qui entreprend de conduire les pas-
1. Voici ce que disait dans un sermon ce prédicateur si étrange et si goûté cependant :
« Le christianisme est comme une grande salade. Les nations en sont les herbes; le sel, les docteurs, vos estis sal ierrx; le vinaigre , les macérations; et l'huile, les bons pères jésuites. Y a-t-il rien de plus doux qu'un bon père jésuite? Allez à conreise à un autre, il vous dira : « Vous « êtes damné si vous continuez.» Un jésuite adoucira tout. Puis l'huile, pour peu qu'il en tombe sur un habit, s'y étend et fait insensiblement une grande tache. Biettez un bon père jésuite dans une province, et elle en sera enfin toute pleine. » (Tallemant, t. VJ, p. 02.]