‹ Œuvres complètes de H. RigaultChapitre 30 sur 85 · Lettret spirituelles y 1. 1, p · texte numérisé non relu

Lettret spirituelles y 1. 1, p

soyez prêts à les quitter.... Une pareille direction, par sa douceur même, n'embrasse que plus sûrement Tâme chrétienne tout entière. On comprend le mot de Camus, en parlant de son ami : « C*est un grand pécheur d*âmes! combien il en a pris dans ses aimables filets ! »

A cette direction si tolérante pour les choses du monde, c'était une arme bien appropriée que le roman. Il faut faire nos enfances, comme dit le saint, puisque nous sommes enfants. Peut-être pensera-t-on qu'avec sa gaieté, sa mémoire sans choix, sa franchise poussée jusqu'à la crudité , et sa rondeur voisine du mauvais ton , Camus n'était pas l'écrivain qui convenait à saint François de Sales. On se trompe : « Il ne faut pas, écrit ce dernier à une dame, pointiller en l'exercice des vertus; mais il faut y aller rondement, franchement, naïvement, à la vieille française, avec liberté, à la bonne foi, grosso modo. C'est que je hais l'esprit de contrainte et de mélancolie. Non, ma chère fille, je désire que vous ayez un cœur large et grand au chemin de Notre-Seigneur*. » Pour aller à la bonne fqi, grosso modo, à la vieille française, qui convenait mieux que l'évêque de Belley? Sa rondeur et sa gaieté étaient un moyen de succès général : il était, comme le remarque justement M. Sainte-Beuve, de ceux qui plaisent aussi bien aux gens du peuple qu'aux philosophes. Il eut pour lui le cercle caustique de Naudé et de Gui Patin, aussi bien que le public populaire. < M. d'Urfé, disait-il en variant le mot cité plus haut, a fait le bréviaire des courtisans, et M. de Sales celui des gens de bien; pour moi, j'ai fait plusieurs ouvrages qui sont, si vous voulez, le bréviaire des halles, mais qui ne laissent pas de plaire au public et qui se vendent bien •. »

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