PNEUHATOLOGŒ. — DES ESPRITS ET DE LEURS BCANIFESTATIONS FLUIDIQUES
Mémoire adressé à PÂcadémie des sciences morales, par M. le marquis de M....
Sommes-nous au xa* siècle ou au moyen Age? Descartes et Voltaire ont-ils écrit? Y a-t-il en France des astronomes ou des astrologues, des physiciens ou des alchimistes, des philosophes ou des sorciers? Je viens de lire le livre de M. de M..., et, en vérité, je n'en sais plus rien.
M. le marquis de M.... est un homme du monde, un esprit cultivé, qui connaît les sciences, même les sciences occultes, la littérature profene et la littérature sacrée. Il a lu les Pères de l'Église, et se pique parfois de théologie. Il a rêvé avec les mystiques, médité sur les thaumaturges, et, comme il écrit facilement, il a composé, avec une chaleur de style qui intéresse ceux même qu'elle ne persuade pas, un gros in-octavo de 500 pages, où il démontre que pour être bon chrétien il faut croire aux tables tournantes, aux esprits, aux sorciers et aux loups-garous. C'est là ce que M. le marquis de M.... appelle < tenter la fusion du christianisme et de la science. »
Puisque le christianisme est en jeu, et que M. de M.... est quelque peu théologien, peut-être aurait-il dû se poser d*abord plusieurs questions intéressantes et obligatoires en un tel sujet : Jusqu'à quel point, par exemple, cette croyance aux esprits est-elle conforme à la vérité chrétienne? Quelle est à cet égard la tradition de l'Église? Gomment expliquer l'accord de certains catholiques et de certains protestants sur ce point, accord qui, aux yeux des orthodoxes, peut rendre assez suspecte la croyance aux esprits? Si attrayantes pour lui que soient ces questions, M. de M.... s'est abstenu de les aborder, sans doute parce qu'il regarde r^llement comme un li^re de salon ce Mémoire qu'il dédie à l'Institut. Il a voulu être mondain, et, malgré son titre fort savant de Pneumatologie^ 'on ne trouve chez lui aucune trace d'argumentation sérieuse. Il dit quelque part qu'il veut établir sa doctrine dogmatiquement et expérimentalement. Il est expérimental, je le veux bien, en ce sens qu'il raconte beaucoup d'anecdotes, et dogmatique en ce sens qu'il affirme des hypothèses comme des vérités.
Ce livre mérite néanmoins d'être examiné pour deux raisons : la première, c'est que des personnes sérieuses, et fort sensées d'ailleurs, comme M. de M.... ont depuis longtemps adopté son Credo, Des populations entières se sont converties à la religion des tables tournantes. Les Américains ne sont pas des rêveurs; ils ont voulu absolument savoir pourquoi les tables tournent, et ils ont découvert que ce sont des esprits qui les font tourner. Aujourd'hui ces esprits invisibles sont étudiés en Amérique, classés, organisés en castes, échelonnés en hiérarchie comme de simples mortels; et il est né de ce pieux travail une science nouvelle ou plutôt une nouvelle religion, que ce peuple de banquiers, d'industriels et de commerçants, a nommée fort sérieusement le spiritv^ilisme. Cette religion a déjà une
foule de dévots : la dernière statistique en compte cinq cent mille. Il y en a quarante mille à New- York seulement. Le spiritualisme a sept journaux, il a des clubs sous le nom de cercles spirituels ; il a ses orateurs qui prêchent la vérité nouvelle; enHn, ce qui témoigne mieux encore de la foi des croyants, il a une caisse bien garnie pour les frais de la propagande. On voit que, lorsque les gens positifs se mêlent d*étre visionnaires, ils ne font pas les choses à demi. M. de M.... est en France un missionnaire volontaire et désintéressé du spiritualisme américain.
La seconde raison qui motive mon examen, c*est que rintention de Tauteur est excellente. Ce nom équivoque de spiritualisme Ta évidemment séduit. Il s*est dit que, dans un siècle matérialiste, il est tout à fait chevaleresque de proclamer la religion des esprits. La science a changé par ses découvertes la face du monde matériel. Quelle gloire de faire une pareille révolution dans le monde spirituel! M. de M.... serait volontiers le Christophe Colomb de ce nouvel univers. C*est une noble ambition ; seulement j*ai peur qu*il n*ait pris la superstition pour la spiritualité. M. de M. . . . paratt avoir approfondi l'histoire du merveilleux ; il sait donc que les temps où Ton s*occupe le plus des choses surnaturelles sont précisément ceux où Ton est le moins croyant, qu'on peut être athée et superstitieux, ne pas croire à l'âme et croire aux revenants : témoin le xvm* siècle. L'humanité, même dans ses pires moments d'incrédulité, a si grand besoin de l'idéal, que, lorsqu'elle l'a perdu, elle le remplace par le chimérique, qui en est la contrefaçon.
M. de M.... a recueilli dans l'antiquité et dans les temps modernes les faits qui lui paraissent de la même famille que celui des tables tournantes, et les témoignages qui établissent à ses yeux la généalogie du phénomène. Le plus curieux de tous est le passage de TertuUien où les
tables prophétiques sont formellement dénoncées. Les magiciens, dit Tertullien dans Y Apologétique (chap. xxm), à Taide d*anges ou de démons, font prédire Tavenir à des tables : Mensœ dii>inare consuevenmt. Mais, fiissent-ils bien constatés, ces faits ne seraient tout au plus que des précédents, et des précédents ne sont pas des preuves. De ce que les mêmes idées se reproduisent à plusieurs époques et dans plusieurs pays, il n'en fout pas conclure que ce sont des vérités. Les folies elles-mêmes se répètent. Ce sont les maladies de Tesprit humain, et, comme certaines maladies du corps, quelques-unes font le tour du monde et reviennent à certains intervalles visiter les mêmes peuples et les mêmes contrées. Ce serait une belle découverte que l'art de prédire à coup sûr le retour des idées fausses, comme l'astronomie prédit le retour des comètes. On se tiendrait sur ses gardes, et l'on se défierait des prétentions prophétiques des tables, qui s'étaient déjà données pour des devineresses au temps de Tertullien, et qui, depuis, avaient gardé jusqu'à nos jours un silence pru^ dent.
Quoi qu'il en soit, selon M. de M..., Socrate, Brutui, Julien, la sibylle de Cumes, etc., éclairent d'une vive lumière la question des tables tournantes. C'étaient des esprits qui les possédaient, comme ce sont des esprits qui possèdent les tables. Une foule de grands hommes ou d'hommes étranges, depuis César jusqu'à Mesmer, depuis cet Anglais « qui se croyait changé en théière »• jusqu'à Van Baërle, qui, • s'imaginant être de beurre, fuyait le feu et finit par se jeter dans un puits, » tous étaient des possédés. Il y a divers degrés dans la possession, comme dans la phthisie. Socrate n'était qu'un possédé du premier degré; il n'entendait que la voix de son génie. Brutus, qui voyait un fantôme, doit être du second degré. La possession va croissant depuis l'hallucination jusqu'à la fttscination
magnétique, jusqu'à Textase surnaturelle, jusqu'à Tenfer anticipé des théomanes et la monomanie mystérieuse.
La possession n'est pas un fait isolé qui appartienne uniquement à tel ou tel peuple, à tel ou tel état de civili-* sation. Ce n'est pas le résultat d'une superstition accidentelle, particulière au moyen âge et à l'Europe, comme Tinsinue Voltaire, en haine du christianisme. La preuve, c'est qu'on peut être, comme le démontre M. de M..., Gochinchinois et possédé. Pendant plusieurs mois, un jeune homme de la Gochinchine grimpait au plafond d'une église, les pieds joints, le dos contre une colonne» sans s'aider de ses mains ; puis, suspendu la tête en bas, par la simple application des pieds, il faisait de la controverse religieuse, dit M. de M..., 5 dans cette position peu commode. « Il est clair qu'après cet exemple les tours de force des religieuses de Loudun et des trembleurs des Gévennes n'ont rien de bien surprenant. M. de M.... raconte en détail leur histoire, un peu inutilement peut-être, mais avec intérêt. Il expose aussi celle des convulsionnaires avec une sorte d'abandon grave et naïf qui prouve plutôt la force de sa conviction que la sévérité de sa critique. Il ne doute de rien, pas même de cette danse exécutée sur un seul pied par le secrétaire des commandements de Louis XY, qui, dans un grand dtner, saisi tout à coup par une puissance invisible, tourna sur le pied gauche pendant une heure et demie, à raison de soixante tours par minute, ce que M. de M.... appelle justement une < vitesse éblouissante. «
Tous ces faits extraordinaires s'expliquent naturellement aujourd'hui. Le mot de l'énigme, ce n'est ni l'extase du docteur Bertrand, ni l'érotomanie de M. Hecquet, ni Thystérodémonopathie du docteur Galmeil, ni les névroses, ni les borborygmes. G'est un divinum quidj un agent surnaturel, en un mot, c'est un esprit. Urbain Grandier était l'intermédiaire de Yesprit et des religieuses de Loudun. Le
souffle des Camisards, la terre du tombeau de Paris, étaient précisément ce que sont les passes ou le verre d*eau du magnétiseur, le véhicule de Yesprit. C'est Yesprit qui permettait à la Sonnet d*ètre incombustible sur les charbons ardents; c'est M esprit qui émoussait les piques et les broches sur les corps des convulsionnaires; c'est Yesprit qui donnait à leur peau une telle résistance qu'on y voyait à peine quelques ecchymoses, après une application de quatre mille coups de bâton, capables, dit l'auteur, •« d'enfoncer un régiment de cuirassiers; » c'est Yesprit qui communique les monomanies mystérieuses. C'était un possédé, ce Gilles Garnier, un loup-garou qui mangeait les petites filles et les petits garçons ; Sévérac, un possédé ; Papavoine, un possédé.... Je regrettais déjà tout à l'heure de voir des jansénistes abusés confondus avec les Camisards; je m'afflige bien plus de voir ces malheureux aimés de Rollin, respectés par David Hume, plaints par La Condamine, mis, sinon sur le même rang, au moins dans la même catégorie que des fous homicides et des lycanthropes. C'est là le vice du livre de M. de M.... Il ne distingue pas : comme il pense tout expliquer, il admet tout, il confond tout, le vraisemblable et l'impossible, le crime et la folie; il croit à tout, comme si c'était un moyen de mieux réfuter ceux qui croient à peu de chose ou qui ne croient à rien.
Enfin l'auteur arrive à Mesmer et au magnétisme. Quelle est l'opinion des pneumatologues sur le magnétisme? Voient-ils un rapport entre les phénomènes magnétiques et ceux des tables tournantes ? Ici les pneumatologues sfpnt divisés. J'en connais qui témoignent le plus profond dédain pour le magnétisme et pour l'électricité, et c'est tout naturel. L'électricité ! un agent indéfinissable , insaisissable, indescriptible ! un fluide ! un je ne sais quoi ! Parlez-moi d'un esprit, à la bonne heure ! Un esprit, c'est une personne; un esprit pense, parle, agit. L'électricité ne pense
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ni ne parle, et si elle agit, c*est comme un instrument passif, comme une force aveugle, comme une machine. Un esprit a un discernement, un libre arbitre, un dessein ; et surtout, si c*est un mauvais esprit, si c'est le démon, quel intérêt ! C'est l'adversaire de l'honmie, et la lutte commence: l'homme est aux prises avec l'ennemi du genre humain! Voilà le grand progrès que nous avons fait sur le ivm* siècle. Le ivm* siècle, croyait au magnétisme, c'està-dire à une chose. Le xvm* siècle épris du naturalisme, ne voyait partout que les forces de la nature; il s'enivrait d'abstraction. Nous, au contraire, nous animons les choses, nous personnifions les corps inertes. Aussi quel mouvement dans l'univers! tout s'éveille, tout s'agite , tout un peuple d'esprits pense, parle, agit autour de nous. C'est un bien autre monde que le monde connu jusqu'ici, endormi dans l'immobilité et la léthargie. Le inens agitai molem devient YVàiy elle spiritus fiai uhiviUt prend un sens nouveau. Enfin, c'est un nouvel univers qui vient d'éclore sous le ciel. A merveille. Mais en sommes-nous plus avancés et surtout plus chrétiens ? Il me semble que nous devenons un peu plus païens et plus primitifs. L'habitude des peuples enfants, c'est de personnifier les choses. Les anciens, qui, comme dit très-bien Pascal, étaient les jeunes gens de ce monde, ont eu pour religion une vraie religion de jeunesse , le polythéisme , qui , lui aussi , personnifiait les choses et divinisait les forces de la nature. Du moment que nous recommençons à animer même les corps inertes, nous, les •modernes, qui sommes vraiment, comme dit toujours Pascal, les vieillards de l'espèce humaine, nous redevenons anciens, c'est-à-dire, pour parler son langage, que nous retombons en enfance.
Mais je reviens. Il y a des pneumatologues plus habiles, qui, au lieu de dédaigner le magnétisme, font cause commune avec lui. M. de M.... est de ce nombre. Il rallie les
phénomènes magnétiques sous les drapeaux du spiritualisme. Il les identifie à ceux des tables tournantes. Jusqu'ici le naagnétisme n'a pas été compris. On a cherché un fluide» une électricité; il fallait chercher un esprit. Mesmer, «quand il réchauffait un bain avec sa canne, et faisait tomber à genoux les demoiselles qui le poursuivaient, » était l'agent d'un esprit, et un médium^ comme disent les Américains. Tuus les magnétiseurs sont des médiums. Si, en 1784 et depuis, l'Académie des sciences n'a rien compris au magnétisme, c'est qu'elle a couru après un fluide, et qu'il fallait évoquer un démon. Franklin, Darcet, Bailly, Jussieu, ont battu la campagne ; c'étaient des savants. On n'avait besoin que de sorciers. Jamais un esprit qui se respecte ne comparaîtra devant une Académie, Jamais académiden ne fera un bon médium.
Pour être un bon médium^ il Ceiut commencer par être bienveillant , et ne pas se montrer, comme les gens du monde, un fanfaron d'incrédulité. On peut être instruit, savant même, ce n'est pas un inconvénient* Mais il ne faut pas que la science rende sceptique de parti pris. U y a aux Ëtats-Unîs une foule de médiums très-distingués. On compte parmi eux des magistrats y dos ministres, des banquiers. Il se glisse bien aussi quelques charlatans qui font profession d'être médiums et dupent le public. Mais dans quel ccNrps n'entre-t-il pas de membre indigne ? Le corps des médiums compte quarante mille membres aux États- Unis ; ils ne peuvent èt^ raisonnablement quarante mille vertus, n y a les rapping médiums^ qui» sous l'influence des esprits, tombent dans des crises de nerfs et répondent aux questions qu'on adresse aux êtres invisibles par des nuMivements spasmodiques. Il y a les wrUing médiums^ qui> armés d'une plume ou d'un crayon, écrivent mécaniquement sous la dictée des esprits , avec une vitesse et une précision incroyables» comme des télégraphes électriques.
Il y a des speakmg médiums, qui prononcent, soit éveillés, soit endormis, des paroles inspirées, comme la prétresse de Delphes ou la sibylle de Cumes. Enfin il y a presque autant de medivms que de sortes d*esprits. On remarque même une relation directe entre la nature des uns et des autres. Les méchants esprits sont plus souvent en rapport avec les méchants médiums; les bons ne communiquent guère qu'avec d^honnétes gens, de façon qu*on peut très-bien appliquer aux esprits le mot vulgaire : Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.
D*après les documents très-curieux , et à ce qu*il parait très-véridiques, par lesquels j'essaye de compléter le livre de M. de M..., beaucoup trop peu explicite sur ce chapitre, il existe différentes catégories d'esprits. Les Américains en ont dressé une classification très-méthodique. Il y a des esprits théologiens qui prêchent les vérités du spiritualisme : ils argumentent contre la Providence et la divinité de Jésus-Christ. Ils sont déistes, fatalistes et panthéistes tout à la fois. Ils prennent volontiers la figure d'Arius, de Luther, de Calvin et du docteur Channing. Quelques autres, mystiques de profession , se déguisent sous les traits de Swedenborg et de Saiqt-Martin.
Après eux viennent les esprits politiques, qui , par l'organe de médiums fort ignorants, ont fait , en plein salon , des premiers-Paria très-remarquables sur la question d'Orient. Puis les esprits polyglottes , qui parlent les langues européennes , et même les langues orientales^ comme un professeur du GoUége de France; les esprits poètes, qui improvisent des vers; les esprits philosophes, qui inv^itent des systèmes ; et même les esprits agioteurs, qui conseillent des opérations à la Bourse. Toutes les classes d'esprits ont un fonds de malveillance contre l'espèce humaine, cela est facile à voir : les esprits poètes improvisent de mauvais vers; les esprits philosophes inventent de faux
systèmes ; les esprits agioteurs conseillent des opérations ruineuses. Il en est d'autres qui d'abord ont un air de gentillesse et d'espièglerie innocente, comme le Trilby de Charles Nodier : ils grattent aux murs , ils frappent aux portes; ils attachent des crêpes noirs au seuil des maisons, détachent les verrous, démontent les serrures, renversent les meubles, éparpillent le linge, jettent par une fenêtre des bréviaires qui rentrent par l'autre , et font danser les pelles et les pincettes ; ou bien ils fabriquent des espèces de mannequins-fantômes, et, quand les maîtres de la maison rentrent chez eux, ils trouvent sept ou huit grandes figures blafardes, drapées avec les tapis de l'appartement et agenouillées dévotement devant une Bible ouverte. Mais bientôt les espiègles se fâchent : les frappeurs frappent les gens jusqu'à leur casser la jambe, et les gratteurs les grattent jusqu'à faire couler le sang.
On a interrogé ces êtres singuliers, et quelques-uns, plus expansifs que les autres , ont communiqué à des adeptes choisis une espèce de révélation qui forme la base des dogmes mêmes du spiritualisme. Ils se prétendent chrétiens, mais ils nient la divinité de Jésus-Christ, ils nient le péché originel, ils nient l'existence du démon (ce qui est assez habile) , ils nient l'éternité des peines. Jusqu'ici on pourrait les prendre pour des rationalistes. Mais quand il s'agit de remplacer les dogmes qu'ils détruisent, ils sont bien embarrassés. Ils imaginent je ne sais quel mélange de pythagoréisme, de mahométisme et de fouriérisme. Ils affirment que les hommes ne meurent pas, mais qu'ils passent successivement dans six sphères spirituelles, où ils jouissent du parfait bonheur. Ce parfait bonheur est d'une grossièreté quelque peu païenne. Ce ne sont, dans les sphères spirituelles, que bals, concerts, promenades, festins et grandes toilettes. Le spiritualisme convertit beaucoup d'Américains. On s'y délasse du plaisir par le
travail. Il existe dans ces mondes supérieurs une espèce d'Université d'esprits dont les membres font des cours publics aux nouveaux venus de la terre, pour les délivrer des préjugés sublunaifes qu'ils apportent avec eux et leur apprendre la langue du ciel. Tout le monde est heureux : les esprits, qui gouvernent les hommes; les hommes, qui, bons ou mauvais sur la terre, sont tous appelés et tous élus; les animaux eux-mêmes, qui sont immortels, revivent au ciel, entre leurs maîtres et leurs maîtresses, dans une communauté de bonheur. Il n'y a guère que Dieu dont il ne soit pas question.
Maintenant quelle est la nature de ces esprits , quel est leur séjour? L'antiquité les croyait ^a:?ei/b/'7n^5. Certains Pères de l'Église les croyaient corporels jusqu'à un certain point; plusieurs autres leur concédaient l'immatérialité absolue. M. de M.... accorde à la fois l'antiquité, saint Âmbroise , saint Athanase , saint Basile et saint Clément d'Alexandrie. Il déQnit les esprits des intelligences servies par des fluides! Cette définition, imitée de celle de M. de Bonald , ne défmit peut-être rien , mais elle est conciliante. Quant au séjour des esprits , on les rencontre à peu près partout. Sous ce titre : Les esprits rencontrés sov^ toutes les latitudesj M. de M.... a rassemblé un petit recueil d'anecdotes qui font frissonner , mais qui donnent à cette partie de son livre l'air d*uu almanach. D'ailleurs, je ne vois pas en quoi il est utile à sa cause, c'est-à-dire à la fusion du christianisme et de la science, de rapporter sur les esprits de la Cochinchine et de la Tartarie des historiettes équivoques, fort difficiles à contrôler, ce qui n'est pas de la vraie science , et de démontrer que les chrétiens dévots aux esprits partagent ce culte avec les idolâtres, ce qui est inquiétant pour leur christianisme.
Tous ces détails suffisent pour établir que des esprits qui se conduisent comme on a vu plus haut, et qui profes-