‹ Œuvres complètes de H. RigaultChapitre 39 sur 85 · Préface du Traité du vide · texte numérisé non relu

Préface du Traité du vide

2. Liv. I, aph. 84. Voir aussi une étude intéressante sur V Histoire de l'idée du progrès^ par M. Javary.

qu*aujourd'hui, longtemps après que le soleil de la perfectibilité est monté sur l'horizon, et qu'il est au moins midi, le genre humain n'est pas si bien illuminé que M. Reynaud le suppose, et que beaucoup de gens, loin de croire au progrès, croient à la décadence, ni plus ni moins que les contemporains des vieux âges ? J'en connais, nous en connaissons tous de ces Nestors mécontents, qui parlent du passé avec amour, du présent avec dégoût, de l'avenir avec épouvante, et qui ont, je l'avoue, d'assez bonnes raisons pour parler ainsi. Ils ont vu en ce monde, depuis soixante ans, tant de révolutions et si peu de bonheur, que lorsqu'on leur demande si la fameuse ligne du progrès est la ligne brisée de Pascal, la courbe de Vico ou la spirale de Gœthe, ils répondent en soupirant que c'est la ligne rétrograde. Et pourquoi y en a-t-il plus que jamais, de ces sceptiques, dans notre âge de perfectibilité? Pourquoi l'espèce humaine croit-elle d'autant moins qu'elle marche, qu'on lui crie plus fort qu'elle passe sa vie à courir ? Ici encore l'auteur du Novwm Organum a trouvé la vérité, et je laisse Bacon dire à M. Reynaud la véritable raison de cette défiance trop motivée : « Il n'a paru, dit-il, que trop de charlatans et de songe-creux, en partie dupes de leur enthousiasme et en partie fripons, qui ont fait au genre humain de si magnifiques promesses qu'ils l'en ont fatigué!... On ne doit donc pas être étonné que tous les imposteurs aient fait naître un violent préjugé contre toutes les nouveautés de ce genre, et que le dégoût général qu'ont inspiré leur charlatanisme et leur excessive vanité intimide encore aujourd'hui tout mortel courageux qui serait tenté d'entreprendre quelque chose de semblable ^ » Bacon heureusement s'est trompé sur ce dernier point, et, grâce à Dieu, le « mortel courageux, » ou plutôt l'homme de talent et de cœur qui- devait écrire

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