DU STYLE DANS LA COMÉDIE
n y a juste cent ans qu'un écrivain hardi et mécontent des œuvres dramatiques de son siècle, Diderot, entreprit de montrer comment il faut s'y prendre pour faire un chefd'œuvre. Il composa le Fils naturel. La pièce fut imprimée et elle alla aux hues, c Le public est sorti de cette lecture meilleur et plus éclairé qu'il n'était. Tous les gens d'esprit ont admiré cet ouvrage ; tous les cœurs délicats et sensibles l'ont honoré de leurs pleurs. » Ainsi parle, dans sa correspondance, le délicat et sensible Grimm , les yeux encore humides. Quinze ans plus tard, on essaya de repré-
senter le Fils naturel. Une foule immense accourut. La pièce tomba à plat. « Rien n'a tant prouvé, dit Grimm, que le goût des arts est sur son déclin en France K »
Au bout d'un siècle, un esprit inventif et entreprenant vient de renouveler l'aventure de Diderot, avec quelques différences. M. de Girardin n'est pas, comme Diderot, mécontent des comédies du siècle, et ne prétend pas renouveler le théâtre. Sa pièce a été lue avec des transports moins vifs que le Fils naturel, il y a cent ans, et si jamais elle est jouée, peut-être sera-t-elle plus applaudie. Mais M. de Girardin a cela de commun avec Diderot, qu'il était étranger au théâtre avant d'y tenter fortune. C'est une difficulté, mais c'est un avantage. On n'a pas à craindre de remanier de vieux ressorts. On est gauche, mais neuf. Il vaut mieux avoir des idées que de savoir les planches, et M. de Girardin a toujours eu des idées. C'est ce qui manque au théâtre. Il n'y a pas plus de douze idées dramatiques, disent les connaisseurs. Le nombre des caractères est également borné. L'art consiste à inventer de nouvelles combinaisons des douze idées élémentaires et à saisir de nouvelles nuances dans les caractères connus. LeMisan^ thrope, disait Diderot, est à recommencer tous les cinquante ans. Que les hommes à idées soient donc les bienvenus au secours de l'art dramatique. M. de Girardin ne s'est pas encore essayé dans le comique, mais peut-être ena-t-il legénie. D'ailleurs, entre la politique et la comédie, que de rapports secrets ou même visibles! L'une peut préparer efficacement à l'autre, et Ton s'étonne vraiment que la politique n'envoie pas plus souvent à Fart dramatique de glorieuses recrues, comme dans l'ancienne Grèce, où la comédie était l'intermède de la vie publique, et la vie publique l'apprentissage de la comédie. Peut-être le respect humain re-