Voir Wnivers du V mai
faut craindre, c*est, vous Tavez dit, un crime, « le plus grand des crimes, parce qu'il nous fait perdre le premier des biens, la vérité, > et les crimes on ne les plaint pas, on les punit. Vous réclamiez ouvertement l'intervention de la loi, « parce que la répression du crime est un devoir dont l'autorité ne peut être dispensée ; > vous déclariez , avec rhumanité la plus ingénue, que la répression devant varier de nature, selon les temps et le degré de foi des peuples, on ne saurait aujourd'hui les condamner au bûcher dont leur indifiérence n'est pas digne ; mais qu'il est indispensable d'appliquer en matière religieuse « une répression analogue à celle qu'on exerce en matière politique, » parce que l'erreur n'est pas moins funeste à l'État qu'à l'Église; la prison, par exemple; et, après cette concession touchante à la tolérance, vous disiez : « On ne nous accusera plus d'être des fanatiques !» 0 le plus profond des fanatismes que celui qui s'ignore lui-même ! ô la plus naïve des naïvetés! Et pendant que vous mettiez ainsi à la loi les armes à la main, en la sommant de frapper, le même jour et presque au même moment, un grand orateur, un protestant, M. Guizot, se levait au milieu de ses frères rassemblés à l'Oratoire; il rassurait par ses nobles paroles, il calmait des cœurs que vos violences alarment et que vos rancunes aigrissent ; il leur recommandait la modération que vous n'observez pas, il les plaçait sous la protection de la liberté de conscience, si chère à notre pays. « Usez franchement de votre liberté légale, s'écriait-il d'une voix toujours éloquente, et avec une ardeur qui ne s'éteint pas, quoi qu'il dise; défendez votre liberté si elle est compromise, mais respectez la liberté des autres et pratiquez la charité. » Ainsi le cri des protestants, c'est la liberté, c'est la charité , c'est la paix ! Le vôtre , c'est l'oppression et la guerre ! Quel contraste ! et quelle conclusion pensez-vous qu'on en tire ?
Revenons à notre sujet. La seconde idée de notre article, c'était que les prédicateurs prêchent avec beaucoup d'imagination et d*esprit, mais non pas d'une façon évangélique. Cette critique parait à V Univers une vieille malice, renouvelée de ce bel esprit qu'on» nomme La Bruyère, et il nous répond : «N'est-ce pasprécherTÉvangileque de parler surlejugement dernier, sur la charité, sur la douleur de la Vierge, etc.? » Faut-il démontrer à FUnivers que le caractère de la prédication chrétienne ne consiste pas dans le choix des sujets, et qu'on peut prêcher l'Évangile sans le prêcher évangéliquementî S'il suffit de prendre un texte dans l'Écriture pour prêcher l'Évangile, tous les prédicateurs sont irréprochables, et il faut déchirer les Dialogues sur l'éloquence de Fénelon et vingt traités de saint Augustin. Ce qui fait la prédication évangélique, dit Fénelon, ce n'est pas le texte qu'on prend, mais la manière dont on l'explique; et cet orateur ne prêchait pas l'Évangile qui, parlant sur ce mot de l'Écriture : Cinerem tanquam panent manducabam^ racontait l'histoire d'Artémise pleurant sur les cendres de son époux, et faisait une anatomie des passions du cœur, qui égalait les Maximes de La Rochefoucauld ^ Il dit ailleurs encore, et avec une raison parfaite : « Il ne faut pas juger un sermon par ses effets ; car on peut produire de grands effets par de mauvais moyens. » Et cependant que nous répond r Univers? Qu'après son dernier sermon de charité, le P. Lavigne a recueilli quatre mille francs. Les dames ont détaché leurs bracelets et leurs bagues, et les ont versés dans sa bourse*. Les effets! les effets! voilà la doctrine de r Univers. Que lui font les moyens? Que tel orateur prodigue