Voy. notamment p. 27 et p
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rare n'est pas intéressante. La jalousie m'intéresse quand elle a pour excuse le droit de propriété. Je plains la jalousie du mari volé ou qui a peur de l'être. C'est une souffrance digne de compassion. Je ne plains pas la jalousie du voleur. G'estla plus insolente des difformités. Dira-t-on que Boileau permet de peindre jusqu'aux difformités, et qu'il n'existe pas de monstre odieux
Qui par Tart imité ne puisse plaire aux yeux ?
Ici Boileau est trop coulant. Distinguons entre les monstres, n y en a d'affreux, qui inspirent l'horreur , et dont l'art peut ennoblir la laideur, sans craindre de se dégrader; il y en a de repoussants, qui n'excitent que le dégoût : Tart se salit en y touchant. Laissons-les ramper dans les ténèbres de l'âme humaine : en les attirant au grand jour , on soulève les cœurs et l'on révolte les yeux. Quelle sage allégorie que la ballade de Schiller! Le plongeur s'est élancé dans la mer : tant qu'il ne dépasse pas la limite prudente, du sein des vagues orageuses il remonte à la douce lumière du ciel, et rapporte dans ses mains la coupe et l'anneau d'or. Quand il veut pénétrer dans la hideuse caverne où se cachent des monstres inconnus, ses forces l'abandonnent, c'en est fait, il expire! L'âme aussi, comme l'Océan, a ses profondeurs permises, d'où l'art, en plongeant, rapporte des chefs-d'œuvre merveilleux. Elle a ses cavernes défendues, peuplées de monstres inouïs, et quand l'art y veut descendre pour les étudier et les peindre, l'art, comme le plongeur de Schiller, s'y abtme et périt.
(Journal des Débats, 5 août 1858.)
DE QUELQUES OUVRAGES DE l^JÈTÈ.
Une Tente de livres. — Abrégé de la Cité mystique.
Dans la petite ville de..., où je vais quelquefois, vient de mourir un vieillard, le dernier janséniste de la province, n avait vécu ses soixante*dix<*huit ans, priant, méditant, lisant et cultivant son petit jardin, comme ces messieurs de Port-Royal. D*humeur tranquille et modeste, s'il eut parfois un mouvement d'orgueil, c'est quand il montrait les fhiits de son verger» aussi beaux, selon lui, que les fameuses poires de H. Arnauld d'Andilly; s'il eut quelque accès de vivacité, ce fut quand on touchait devant lui aux souvenirs du jansénisme, ou quand on l'entretenait de certains champions actuels de l'Église, qu'il jugeait ses pires ennemis. Sur de tels sujets, il ne s'apaisait pas. n parlait de M. Arnauld et du P. Quesnél comme s'ils venaient d'être exilés, et de M. de Saint-Gyran comme s'il était encore à la Bastille. Pieusement convaincu, selon leurs maximes, qu'il ne faut jamais craindre, par une retenue pusillanime, de dévoiler l'abus des choses saintes, il ne ménageait guère la religiosité du siècle, et ne s'inquiétait pas, dans sa bonne conscience, d'être appelé mécréant par les dévotes de sa paroisse. Sa bibliothèque, sa seule ri* chesse, se composait exclusivement de livres de piété ; il en avait une collection complète^ depuis les plus anciens jusqu'aux plus récents. 11 l'avait divisée en deux catégories, à la manière de certaines bibliothèques de couvents. D'un côté, sous le nom de Paradis^ il rangeait tous les livres qu'il estimait capables de conduire leurs lecteurs au ciel ; on y voyait tous les maîtres vraiment classiques de la vie
spirituelle, et aussi plusieurs livres excellents, composés de nos jours ou fraîchement réimprimés, comme les Piewâ conseils de M. Tabbé Le Courtier, et la Conduite d'une dame chrétienne^ cette œuvre solide et charmante, que Louis Ra-> cine, en se mariant, mettait dans la corbeille de sa femme» et dont M. Tabbé Carron vient de publier une édition nou« velle. De l'autre côté, sous le nom A'Enfer, étaient rangés tous les mauvais ouvrages de fausse dévotion, qa'en bon janséniste qu'il était, il croyait fermement inspirés par le démon. On vient de vendre aux enchères cette bibliothèque, et comme, malgré son prix, il y avait peu d'amateurs, j'ai pu, sans me ruiner, acheter par curiosité quelques volumes de l'fn/er, qui du reste, il faut bien le dire, se sont mieux vendus que ceux du Paradis.
Dans deux de ces volumes les marges étaient couvertes de notes d'une écriture ferme, bien qu'un peu tremblée, qui dénotait la main de leur ancien propriétaire. Ces deux ouvrages offrant un grave sujet de réflexion sur l'état des croyances, je proQterai du hasard qui les a mis dans mes mains pour les faire connaître au public; et comme les notes manuscrites, tout en étant sévères, sont pleines d'un vrai respect pour le christianisme et du regret de le voir mal servi, on me permettra d'en transcrire tout à l'heure quelques-unes au lieu de parler en mon propre nom.
Le premier de ces livres, celui dont je m'occupe aujour* d'hui, m'avait séduit à la vente par le seul attrait de son titre. C'est un petit volume in- 12 que je me félicite d'avoir acquis, car j'y ai découvert enGn la source des étranges récits que, certains soirs de mai dernier, j'ai entendu faire sur la vie de la Vierge par un prédicateur du mois de Marie. G*est la seconde édition de Y Abrégé de la Cité mystique^ de Marie de Jésus d'Agreda, en six volumes in-8», qui viennent également d'être réimprimés. Cet abrégé, composé par le P. Bonaventure de Gésare, consulteur de la sacrée
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congrégation de l'Index, est traduit par Tabbé Joseph Boullan, docteur en théologie. Il est précédé l*" d'une dédicace au cœur divin de Jésus, à Marie immaculée et au glorieux saint Joseph; 2« d'une liste d'approbations de théologiens, d'ordres religieux, d'universités et d'évôques; S'* d'un avant-propos, où l'on nous fait savoir qu'une première édition de l'abrégé de la Cité mysiiqxie a été vendue à six mille exemplaires, malgré les efforts de l'enfer pour en contrarier la propagation ; 4^ d'une notice où Ton nous raconte que Marie d'Agreda, l'auteur de la Cité mystique, est une religieuse espagnole à qui la sainte Vierge est apparue, à qui elle a raconté l'histoire de sa vie, à qui Dieu a commandé d'écrire cette histoire pour l'instruction du genre humain, et qui, pour récompense, sera prochainement canonisée K On nous dit en même temps que, si nous sommes curieux de plus amples détails sur l'origine de la Cité mystique, nous les trouverons consignés dans la vie de Marie d'Agreda, traduite de l'espagnol par le P. Croset, et rééditée par le P. Laurent. (Paris, 1857.) En effet, en consultant cette biographie, nous apprenons que Marie d'Agreda avait des c ravissements » pendant lesquels c son corps s'élevait de terre aussi léger que s'il n'eût eu aucun poids naturel, » tandis qu'en son âme, comme en un livre, la Vierge imprimait le divin récit. La Cité mystique, c'est donc, à proprement parler, les Mémoires de la sainte Vierge, dictés par elle-même, et Marie d'Agreda en prouve, comme il suit, l'irréprochable exactitude par un < ravissement » qu'elle eut aux environs de l'année 1655 : elle fut transportée dans le ciel, et là, écrit-elle :
1. c C'est une grande joie pour nous de pouvoir annoncer à tous que la cause de béatification et de canonisation de la vénérable mère Marie d'Agreda va être reprise et continuée. Nous aurons donc le bonbeur, nous en avons la douce confiance, de vénérer sur les autels celle que TÊglise a déjà déclarée vénérable. »
« Je vis le trône de la très-sainte Trinité et les trois personnes divines, et la sacrée Vierge à la droite de son flis, et tous avec une gloire immense. 11 y eut comme un silence dans le ciel : tous les anges et tous les saints étaient attentifs à ce qui se faisait au trône de la suprême majesté. Je vis que la personne du Père tirait comme du sein de son être inGni et immuable un très-beau livre enrichi au delà de ce qu'on pourrait s'imaginer. Et l'ayant remis au Verbe incamé, il lui dit : « Ce livre et tout ce qui y est contenu « est mien; il m'est très-agréable. » Notre- Seigneur Jésus- Christ le reçut avec beaucoup d'estime, et l'ayant comme approché de sa poitrine, le Verbe divin et le Saint-Esprit confirmèrent la même chose. Ensuite ils le mirent entre les mains de la très-pure Marie, qui le reçut avec une complaisance incomparable. Alors la grande reine du ciel m'appelle et me dit : * Voulez-vous savoir quel livre est c celui que vous avez vu ? Soyez donc attentive et regar- « dez-le. » La divine Mère l'ouvrit et me le présenta afin que je pusse le lire. Je le lus, et je trouvai que c'était la même histoire de sa très-sainte vie, dans le même ordre et avec les mêmes chapitres que je Tavais écrite sous le titre de Cité mystique. La rage du démon contre ce livre est si grande que, pour le discréditer, il s'abaissait à dire que ce n'était tout au plus qu'un effet d'une méditation ordinaire. »
Mais M. l'abbé Boullan, docteur en théologie, et le P. Laurent, qui ne sont pas dupes du démon, affirment catégoriquement, avec Marie d'Agreda, que la Cité mystique a été réellement dictée par la sainte Vierge. « C'est sous la dictée de la mère de Jésus, dit le P. Laurent, que Marie d'Agreda retrace l'histoire de sa vie ' . • « Ce livre, dit M. l'abbé Boullan, a été communiqué par la sainte Vierge