Avant-propos de V Abrégé^ p
yéniento les lacunes de FÉvaDgile. C'est alors qu'elle ap« parut à Marie d*Âgreda et commença de lui dicter ce supplément aux quatre Évangélistes : la CiU mystique^ (Que dis-je, supplément t La CiU mystique est si riche en détails capitaux sur la Vierge, le Christ, les apôtres et l'établissement du christianisme, que c'est l'Évangile qui parait l'abrégé de la Cité mystique, ) Tout cela s'explique à merveille. On regrette néanmoins que la Vierge n'ait pas levé une autre difficulté que l'esprit malin suscite encore : Comment se peut-il faire que les révélations » interdites par la Vierge aux quatre Ëvangélistes, et transmises par elle, dans des visions miraculeuses, à Marie d'Agreda, se trouvent en grande partie dans les Évangiles déclarés apocryphes par le décret du pape Gélase? Comment concevra-t-on que les auteurs, si notoirement suspects, de ces récits jugés fabuleux par l'Église, aient deviné tant de siècles d'avance les confidences futures de la Vierge, ou que la Vierge, racontant par la bouche inspirée d'une re» ligieuse moderne les plus intimes secrets de sa vie, semble si souvent traduire^ imiter, embellir les légendes des pre* miers temps du christianisme? Gardons-nous d'approfon** dir ce mystère, pour ne pas entrer dans les vues de Satan. Les personnes qui n'auraient pas la crainte de paraître ses complices pourront ouvrir Fabricius (Codex apocryphus Nom Testamenti^ 1^19), et reconnaîtront dans Y Évangile de la naissance du Sauveur et de SaliUe-Marie^ dans le Livre de r Enfance du Sauveur, dans Y Évangile du trépas de Marie ^ dans le Protévangile attribué à Jacques, etc., tous ouvrages déclarés apocryphes par décret pontifical, les sources visibles où la Vierge a puisé pour écrire ses mémoires. Je laisse les curieux faire ce petit travail, et je reproduis une note manuscrite du vieux janséniste que je trouve dans mon Abrégé, à la troisième page de Y Avant-propos^ où M. Tabbé Boullan exprime cette idée que la Cilé mystique
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est le livre le mieux approprié aux besoins spirituels du XIX» siècle :
« Une époque se peint dans les livres de dévotion qu'elle préfère, comme dans les romans qu'elle lit. Autant que les romans, les ouvrages de piété laissent prise à la mode et portent les marques du goût du jour. C'est que la dévotion, selon le mot de Saint -Évremond, est une sorte d'amour, et que dans l'amour divin, comme dans l'amour humain , l'imagination a sa part; c'est qu'on aime Dieu comme on aime les créatures, d'un amour de tète ou d'un amour de cœur. Dans les siècles vraiment chrétiens, c'est-à-dire où l'amour de Dieu est un amour de cœur, les âmes fortement liées à l'Église par la chaîne d'or de l'orthodoxie n'ont pas besoin d'être captivées par le merveilleux des légendes. C'est la religi(»i qui règne, ce n'est pas la religiosité. Les maîtres préférés de la vie spirituelle, ce sont les grands docteurs et les grands moralistes du christianisme, c'est Pascal, c'est Bossuet,Fénelon, Nicole, Bourdaloue. Leur lumineux génie trace en traits de pure flamme un idéal de sainteté chrétienne qui luit comme une étoile au-dessus des passions et des dérèglements de la société. Ce sont ces grandes voix que le siècle écoute et respecte, même alors qu'il n'y obéit pas. Le siècle, quoique amolli et amoureux des délices, est avec Pascal, quand Pascal accuse l'école de la dévotion aisée de dépraver la piété publique par tous ses petits livres doucereux et mignards en l'honneur de la Vierge. Le siècle est avec Bossuet, quand Bossuet flétrit les inventions fabuleuses de Marie d'Agreda dans une vigoureuse page qui fait tant d'honneur au bon sens du xvir siècle. La voici, pour l'édiQcation des six mille chrétiens qui se nourrissent, dit-on, de la Cité mystique :
c Le seul dessein de ce livre porte sa condamnation.
< C'est une fille qui entreprend un journal de la vie de la
< sainte Vierge où est celle de Notre-Seigneur, et où elle ne
< se propose rien moins que d'expliquer jour par jour et « moment par moment tout ce qu'ont fait et pensé le fils et c la mère depuis l'instant de leur conception jusqu'à la fin c de leur vie, ce que personne n'a jamais osé....
< Tout est extraordinaire et prodigieux dans cette pré- « tendue histoire. On croit ne rien dire de la sainte Vierge c ou du fils de Dieu si l'on n'y trouve partout des prodiges « dont on n'a jamais ouï parler et qui n'ont aucune confor* c mité avec l'analogie de la foi.... On ne voit rien dans « la manière dont parlent à chaque page, Dieu, la sainte c Vierge et les anges, qui ressente la majesté des paroles c que l'Écriture leur attribue. Tout y est d'une fade et lan-
< guissante longueur; et néanmoins cet ouvrage se fera lire c parles esprits faibles comme un roman bien tissu, et ils « en préféreront la lecture à celle de l'Évangile, parce qu'il « contente la curiosité que l'Évangile veut au contraire € amortir
« ....On n'a encore lu que ce qui a été traduit; mais, en « parcourant le reste , on en voit assez pour conclure que c ce n'est ici que la vie de Notre-Seigneur et de sa sainte « mère changée en un roman, et un artifice du démon pour « faire qu'on croie mieux connaître Jésus-Christ et sa c sainte mère par ce livre que par l'Évangile ^
« Voilà ce qu'au xvn« siècle on pensait avec Bossuet de la Cité mystique. De nos jours, où l'amour de Dieu n'est si souvent qu'un amour de tête, et où la foi s'étant retirée des âmes, « leurs ailes brisées, » comme dit Vlmitation^ ne peuvent plus s'élever jusqu'au grand idéal chrétien du xvii* siècle, elles s'abattent platement dans le monde inférieur des prodiges. Comme on ne tient presque plus à la religion par le lien de la croyance, on s'y
1. Remarques sur le livre intitulé : La mystique Cité de Dieu (1685), t. XXX, p. 637. Édition de Versailles.
rattache par la curiosité, cette curiosité vaine qui indigne Bossuet '. On ne veut plus, comme il dit, que de l'extraordinaire; on Qherche les étonnements de rimagination ; les légendes refleurissent, ainsi qu'aux premiers temps où la religion naissante avait besoin de séduire le monde encore païen par les appas du merveilleux. Les compilations romanesques et les histoires mystiques façonnées à l'ombre des cloîtres par des visionnaires se répandent et s'accréditent comme des révélations authentiques du ciel. Il se forme peu à peu une mythologie chrétienne qui tôt ou tard minera l'orthodoxie catholique, et qui ruine déjà Tauto*rite de ses plus illustres mattres. Il se trouve des prêtres, des docteurs en théologie, pour afflrmer à la face de l'Église et de l'univers chrétien que la Cité mystique est un livre divin au même titre que l'Écriture, un livre composé et dicté par la Vierge , et pour casser d'un mot l'arrôt prononcé par Bossuet. Que vaut rautorité de Bossuet? dit H. l'abbé Boullan avec qn dédain ineffable. Bossuet était incompétent dans les questions de mysticisme, n^en déplaise à ceux qui veulent lui faire mie réputation même sur ce point. Paroles mémorables! Voilà l'immense progrès que la reli* gion a fait de 1686 à 1858 1 Voilà le signe du temps et le plus frappant témoignage de la corruption de la moderne piété. Oui, l'abbé BoqUan a raison : la Cité mystique est le Kvre des chrétiens de notre âge. Le xvn" siècle est le siècle des Provinciales, qui vengent la vraie piété des pra-
1. C'est contre cette curiositô immodérée du surnaturel que, d*accord avec Bossuet, Tauteur du petit livre : Conduite d'une dame • chrétienne, met en garde ses lecteurs : « Nous aimons, dit-il, à contenter notre curiosité, à suivre partout |e merveilleux et l'extraordinaire.... Jésus-Chr|st est venu pour combattre toutes ces inclinations. » Et le sage conseiller ajoute , en parlant des lectures à choisir : « Vous aimez les œuvres de sainte Thérèse, et vous ne pouvez trop les aimer. Mais ses manières sublimes d'oraison ne vous conviennent pas, et pour ses révélations, la chose est trop évidente. » (Page 132.)— Qu'aurait-il dit de celles de Marie d'Agreda?
ÉTUDES LITTÉRAIRES ET MORALES. J5l
tiquea et des livres de la fausse dévotion; le siècle de fiossuet, qui dénonce comme quasi-iiérétiques les rôves inouïs de la béate espagnole. Le xdl* siècle est le siècle de la Cité mystique, l'œuvre déclarée céleste, et de Marie d'Agreda, sur le point d'être faite sainte, et de l'abbé Boul* lan qui pulvérise Bossuet. »
A la suite de cette note se trouve une analyse de l'abrégé de la Cité mystique. J'en ai vériGé l'exactitude en la compar rant à l'ouvrage, et j'en donne un fragment avec des citations textuelles du livre, indiquées par des guillemets.
c Les jours marqués étant venus, les trois personnes de la Trinité se dirent entre elles : Il est temps de créer la sainte Vierge. » Ce décret fut notifié aux angea, et l'uq d'eux avertit Anne et Joachim qu'après vingt ans de ma-? riage et de stérilité, ils allaient engendrer une fille. (Le chapitre ii de Y Abrégé raconte la conception de Marie et « ses saints exercices dans le sein de sainte Anne, » avec des détails étonnants qu'on s'abstient honnêtement de reproduire ici ; on avoue toutefois qu'ils paraissent presque chastes, en comparaison de ceux que donne l'histoire complète, dans le chapitre vu, qui « fait horreur, » écrit Bossuet K Le corps de Marie fut composé selon la plus parfaite mesure, c'est-à-dire formé par le tempérament parfait des quatre humeurs naturelles, sanguine, mélancolique, flegmatique et bilieuse. Ce qui est encore plus digne d'admira-^ tion, c'est que dès le sein maternel « elle eut la science infuse, et que ce corps étant si petit dans le premier instant de sa conception, néanmoins, par la puissance di^ vine, la connaissance qu'elle avait de la chute d'Adam lui faisait verser des larmes, et elle commençait dès lors à exercer l'office de corédemptrice du genre humain. » Avant
1. a Ce chapitre fait horreur et suffit seul pour faire interdire à jamais tout le livre aux âmes pudiques. » Bossuet. Remarques sur le livre intitulé : La mystique Cité de Die^i.
de naître» elle connut ses parents, les aima et les respecta. Avant de nattre, elle eut « trois visions abstractives de la Sainte Trinité, » la première au moment où elle fut animée, la seconde au milieu des neuf mois , la troisième la veille de sa naissance. Au moment môme où elle naquit, elle fut transportée au paradis. Dieu la fit asseoir sur son trône, et décida en conseil qu'on rappellerait Marie. Puis les anges la remirent entre les bras de sa mère , qui ne s'aperçut pas de son absence, < un d'eux ayant occupé la place de l'enfant avec un corps semblable au sien. »
Le lendemain de sa naissance, Marie, qui savait parler, mais n'usait pas de la parole pour ne pas exciter de surprise, commença à « conférer avec les anges sur les mystères du Très-Haut. » Elle avait pour gardes neuf cents anges avec un corps de cristal, des vêtements d'or et d'émail , des couronnes de fleurs sur leurs tètes et sur leurs poitrines , « des devises qui avaient quelque rapporta celles des ordres militaires, et un chiffre qui voulait dire : Marie , mère de Dieu. » Au sortir de ses entretiens célestes, elle n'en vaquait pas moins aux soins les plus ordinaires du ménage, ou se retirait dans la solitude pour pleurer sur les péchés des hommes. Ses trois ans accomplis, elle fut conduite au temple et confiée à la prophétesse Anne. Pendant onze années elle grandit dans les plus saintes pratiques et dans c les plus humbles emplois, comme de balayer la maison et de laver la vaisselle. » A quatorze ans elle épousa Joseph. Dieu la prépara pendant neuf jours à l'œuvre divine de l'incarnation , en lui enseignant successivement toutes les sciences , y compris l'astrohomie , l'agriculture, la minéralogie, la botanique et la physiologie, en lui donnant « un plein pouvoir sur les cieux et tous les éléments , » et en célébrant dansl'empyrée ses fiançailles avec elle. Elle fut transportée au ciel, et les anges lui offrirent, au nom du divin époux, une robe, une ceinture, un collier, des bracelets et des
pendants d'oreilles, qui formèrent comme la corbeille de mariage. A son retour sur la terre, Tarchange Gabriel lui annonça sa prochaine maternité, et la saluant avec un pro* fond^ respect, lui dit: Ave^ Maria,... Tout absorbée par la pensée que le Seigneur la voulait pour mère, elle se livra à des actes ardents d*amour et de conformité à la divine volonté. Son chaste cœur, naturellement comprimé par Tardeur de ses mouvements et de ses affections, distilla trois gouttes de sang qui tombèrent dans son sein virginal, et le Saint-Esprit en forma le petit corps du Sauveur. Ainsi le cœur très-pur de Marie , par la force de l'amour divin, fournit seul la matière dont ce corps fut composé.... Et pendant qu'elle portait le divin enfant, sa plus grande consolation était de voir dans son sein, comme au travers d'un pur cristal, l'humanité sainte qui recevait la lumière de la Divinité.... Elle éprouvait aussi une douce satisfaction en voyant les petits oiseaux qui venaient adorer dans son sein le Créateur, et le louer par leurs chants joyeux et leurs doux mouvements.
c La vénérable Marie d'Agreda raconte ensuite la nati« vite, la circoncision, l'adoration des Mages, la fuite en Egypte, et mentionne une foule de prodiges que les quatre évangélistes, par ordre de la Vierge, ont eu soin de tenir cachés. Elle restitue aussi à l'histoire sacrée bien des paroles du Christ qu'on chercherait en vain dans le Nouveau- Testament, comme cette conversation entre la Vierge et l'enfant Jésus : « Mon fils, je vous demande la permission de vous mettre aux pieds une chaussure, afin que dans un âge si tendre (l'enfant Jésus n'a pas un an), vos pieds ne soient pas blessés. Je désire aussi que vous mettiez cette espèce de toile sous votre tunique. — Ma mère, répondit le Seigneur, je consens, à cet âge, que vous me mettiez quelque pauvre chaussure, jusqu'au temps de mes prédications où je marcherai nu-pieds. Mais je ne veux pas me
servir de linge, pour enseigner au monde la pauvreté des habits. » De même « TÉvangéliste n'a écrit autre chose des dix-huit années que Jésus demeura à Nazareth, sinon qu'il était soumis à ses parents : c'est que les choses qu'il y flt furent si divines et si élevées qu'aucune intelligence humaine ne les pouvait comprendre. » Hais la Vierge nous les a enfin révélées par l'organe de Marie d*Agreda. Nous savons maintenant que pendant trois de ces années Jésus paracheva l'éducation de sa mère, déjà poussée si loin par Dieu le père, comme on a pu voir plus haut. Il lui enseigna une science qu'elle ignorait encore, la théologie, en lui donnant « trois instructions par jour, • et elle connut parfaitement tous les mystères, rits, cérémonies de l'Église, erreurs des gentils, faussetés des hérétiques, etc., etc. Enfin elle reçut toutes les lumières nécessaires pour devenir ce que Dieu voulait qu'elle fût : * la maîtresse de la nou-^ velle loi de grâce. »
Je cesse de transcrire Tanalyse. pour ne pas rebuter le lecteur. Mais je remarque que dans le reste on a rassemblé avec soin tous les traits de l'ouvrage qui nous montrent la Vierge devenant en réalité c la maîtresse de la nouvelle loi de grâce, » comme elle vient d'être nommée. La Vierge fait exactement les mêmes miracles que son fils ; elle rend l'ouïe aux sourds , la vue aux aveugles ; elle ressuscite les morts. Dans la Passion, son rôle est au moins égal à celui de Jésus. Elle subit les mêmes épreuves : elle jeûne quarante jours, elle lutte contre le démon; par un partage instantané des sensations corporelles de Jésus, elle entre, comme lui, en agonie, elle a une sueur de sang, et « lorsque Jésus est lié, elle ressent aussi les douleurs des chaînes et des cordes, comme si elle fût liée en effet. » Après la mort du Christ, ce n'est pas Pierre, c'est elle qui devient le chef de l'Église. C'est elle qui définit la doctrine, qui enseigne la morale, qui règle les cérémonies, qui préside à
la rédaction des Évangiles et du symbole des apôtres, qui fait des copies du Credo ^ et qui les envoie porter par les anges en divers pays. G*est elle qui conduit les apôtres, et convertit saint Paul en lui faisant connaître d'avance, par une lecture surnaturelle, le livre de la Cité mystique^ encore inédit. Chaque année, le jour de Noël, le Christ vient la visiter dans son oratoire, suivi des anges, des patriarches et des prophètes. Chaque dimanche, les anges transportent la Vierge au ciel, « pour célébrer en présence du Très- Haut le mystère de la résurrection. > EnGn, après sa mort, elle monte, sur les ailes des anges, jusqu'au pied du trône royal de la Sainte-Trinité, et là, en présence de la cour céleste, elle est c comme absorbée dans les personnes, déversée et submergée dans la mer infinie de la divinité. > Les trois personnes divines placent sur sa tète une couronne, la proclament « impératrice et reine de TÉglise, » souveraine maîtresse de Tuniversalité des créatures, de la terre et des éléments, et toute la milice du ciel, les anges, les séraphins, les puissances, les dominations, viennent lui prêter serment de fidélité. Ainsi finit l'histoire racontée par Marie d'Agreda.
A ne prendre ce récit qu'au point de vue de l'imagina^ tion, combien il est moins poétique dans sa prolixité que FËvangile dans sa brièveté sublime ! Dans l'Évangile, on entrevoit seulement la vie domestique de la Vierge. On est, pour ainsi dire, tenu assez à distance pour que cette pauvre maison du charpentier paraisse un sanctuaire. Hais dès que la légende en ouvre brutalement les portes et les fenêtres et y répand à flots ses mensongères clartés, nous sentons malgré nous se froisser notre délicatesse et notre respect mourir. Combien aussi la Vierge , possédant dès cette vie toutes les sciences et tous les pouvoirs, est moins grande que l'humble Marie! Combien la jeune femme, fuyant seule avec Joseph et son enfant, est plus touchante
que cette reine qui s'avance vers l'Egypte escortée d'une armée d'archanges ! Combien la mère de douleur est plus pathétique, pleurant toutes ses larmes au pied de la croix, que cet être déjà divin, doué d'une prescience infaillible, et qui dans le Christ expirant aperçoit par avance le Christ ressuscité ! La Vierge de la Cité mystique n'est plus une femme ni une mère : l'humanité s'est évanouie en elle dans la plénitude de l'apothéose, l'humanité, c'est-à-dire la source des émotions vraies. La divinité, on l'adore : elle confond nos esprits; mais, même dans le Christ, c'est l'humanité qui touche et remue nos entrailles. La divinité, c'est le dogme; l'humanité, c'est la poésie.
Qu'est donc la Vierge de In Cité mystique? Voici le jugement de notre vieux janséniste dans une dernière note : « Cette Vierge n'est plus qu'une déesse, et les chrétiens d'aujourd'hui ne sont plus que des païens. « Je n'y souscris pas sans réserve. Assurément il est encore bien des chrétiens véritables, bien des prêtres remplis de lumières, bien des livres de piété sensés et édifiants. Mais qu'on médite ce passage de la Cité mystique, où l'on vous montre la Vierge, incorporée aux trois personnes divines et régnant avec elles sur le monde et sur l'Église, et qu'on dise si c'est là la Vierge de l'Évangile. Le janséniste ajoute : c Voilà la sainte Vierge devenue une quatrième personne de la Trinité par la grâce de Marie d'Âgreda. Qui sait si quelque jour, pour enchérir sur l'Espagne et pour élever la Vierge, par une promotion suprême, au fatte de la grandeur, un nouvel inspiré ne vous annoncera pas que Dieu abdique en sa faveur, et ne publiera pas l'acte officiel de son abdication, certifié conforme par M. l'abbé Boullan ? » En vérité, qu'a d'excessif ou d'impertinent une pareille hypothèse, quand on voit des prêtres français, atteints des vertiges du mysticisme espagnol, des docteurs en théologie, se prosterner devant une rapsodie de folies hétéro-
doxes, et déclarer divin un livre que le plus grand évéque de FËglise de France a flétri comme « une dérision du christianisme, > comme c un artifice du démon » pour discréditer FÉvangile ? Ah ! si la religion, au lieu de rencontrer, même parmi les philosophes, des alliés plutôt que des adversaires, avait en face d'elle des ennemis ardents, comme au xviir siècle, quelles armes de pareils livres ne fourniraient-ils pas à l'ironie d'un Voltaire ! Quels triomphes ils apprêteraient aux libres penseurs, si les libres penseurs, bien apaisés et bien doux , ne signalaient pas avec plus de regret que de malice le mal que font au christianisme les coureurs d'aventures dans les sentiers perdus de la superstition ! Mais quoi ! s'inquiètet-on des dangers où l'on expose la foi? Ce qu'on veut, on ne s'en cache pas, c'est jeter le gant au rationalisme des philosophes, en poussant sous leurs yeux jusqu'aux dernières limites les épreuves qu'on impose à la crédulité des chrétiens '. Qu'on prenne garde de porter du même coup un défi au bon sens. C'est un ennemi qui ne pardonne pas.
Un recueil de serinons et un nouveau Concordat.
Le second ouvrage qui m'a été adjugé à la vente des livres du vieux janséniste est un ouvrage de piété d'une espèce particulière, un recueil d'homélies politiques, moitié
1. Voir dans VUnivers du 29 août et du 9 septembre 1855 deux articles sur la Vie det taints du P. Ribadénéira, où l'on signale le rationalisme de la Vie des saints de Mésenguy, « un des jansénistes les plus dangereux, » et où l'on établit qu'il faut obstinément refuser toute concession à < celte source féconde d'extravagantes folies qu'on appelle la saine raison. » — Voir aussi un petit livre tout récent : Comment il faut juger le moyen dge, par M. Gauthier, p. 29.
de publiciste et moitié d'orateur sacré. Il est iùtitulé i U Pouvoir politique chrétim^ discoure prononcés à la chapeUe im^ piriale des Tuiieriés pendant le carême de 1857. Ils ont été publiés, il y a quelques mois» ^n un volume de 600 pages. Malgré les difficultés de compte rendu que peut faire pré-' voir le seul titre de l'ouvrage, je n'éprouve aucun embarras à en parler à nos lecteurs. Dès que les sermons du P^ Ventura sont imprimés et livrés à la publicité, c'est un livre et utt écrivain que j'ai devant moi, ce n'est plus un orateur avec son auditoire, et le profond respect qui est dû à l'auditoire n'ôte rien au droit du public sur le livre de l'écrivain Ce qui d'ailleurs, au besoin, rassurerait ma liberté, c'est mon intention d'en user le moins possible. J'ai dessein ndn de discuter^ mais seulement d'analyser cet ouvrage, et, pour ainsi parler, d'en lire à haute voix, en présence du public, quelques morceaux choisis. Pendant ma lecture, le publie jugera. L'organe accoutumé de l'opinion ultramontaine a donné aux paroles du P. Ventura une adhésion publique et sans réserve ^ On trouvera donc dans ces discours la pensée du parti traduite fidèlement. On connaîtra ses vœux, ses espérances; on mesurera le chemin qu'il suppose avoir fait, celui qu'il prétend faire encore. On ne refusera plus de croire que, si les mystiques du parti religieux veulent ressusciter la dévotion monacale du tnoyen âge, ses politiques travaillent à ramener le monde aux pieds de la théocratie. Une telle ambition, au xix^ siècle, semble un si ridicule anachronisme, qu'on a l'air, quand oti là dénonce, d'un visionnaire ou d'un déclamateur. On verra tout à l'heure si c'est un rêve ou une calomnie.
Le véritable objet des sermons que j'analyse, c'est de proposer au pouvoir politique un nouveau Concordat. Il
1. Voir à la tête de ce livre la préface de M. Louis Veuillot. C'est le contre^seing de VUnivert apposé sur le manifeste du P. Ventura*
existe un Concordat, une des plus grandes œuvres du Premier Consul. Il règle encore aujourd'hui les rapports de rËglise et de TÉtat, et personne n'ignore sur quels principes il est fondé. Il résume et consacre les progrès d'indépendance accomplis par l'État depuis le moyen Age. L'État demeure émancipé de TÉglise. L'Église redevient ce que l'Évangile l'a faite, un pouvoir spirituel, dont le royaume n'est pas de ce monde. Divine par son institution, elle ne relève que de Dieu pour sa doctrine et que d'ellemême pour sa discipline. Humaine par ses ministres, elle relève de l'État qui les protège et qui les entretient» Le sacerdoce n'est pas seulement un sacrement, c'est une magistrature, la première de toutes. Comme telle, elle tombe sous l'action de l'État. Entre TËtat et la religion, il y a une alliance, alliance temporelle, qui ne comprend que ce que la religion a d'extérieur et d'humain, ses ministres et son culte; alliance dont le prix est la protection que l'État accorde à la religion, et dont la condition, comme a dit M. Royer-CoUard, c'est que le prêtre restera dans le templeé Le dogme n'entre pas dans l'alliance. L'État ne protège pas 'la vérité; il ne met pas le glaive à son service, parce que l'État n'est pas une personne individuelle et responsable qui doive discerner la vérité, sous peine de damnation éternelle; c'est un être collectif et abstrait, qui n'a ni âme ni vie au delà de ce monde. Donc deux domaines distincts, celtii delà conscience et celui de la loi, le domaine religieux et le domaine civil, séparés l'un de l'autre par une barrière infranchissable : tels sont les principes du traité d'alliance qui gouverne les rapports de l'État et de l'Église, et que nos pères jugeaient les plus conformes à la raison, à la justice, aux vrais intérêts de l'Église et de l'État. Sans doute ils se trompaient : le P. Yentura propose de substi^^ tuer à l'ancien Concordat vieilli et décrédité, un Concordat nouveau, plus respectueux pour les traditions du christia-^
nisme et pour les immunités de TÉglise, et plus avantageux pour rÉtat. Car qu'on n'imagine pas qu'en voulant modifier les clauses du traité, l'orateur diplomate ne songe qu'aux intérêts de Rome. Ceux de la France ne sont pas moins chers à son cœur, presque aussi français que romain. S'il rêve de rétablir le droit public du xr siècle, c'est moins pour restituera Rome son antique omnipotence que pour préserver la France de nouvelles révolutions, et sauver le pouvoir présent des abîmes où les précédents pouvoirs ont sombré.
Quelle est en effet la raison véritable de la chute des derniers gouvernements? L'œil débile de l'histoire n'en a pu saisir que les causes secondes. Mais la cause première, la cause permanente, depXiis tant de siècles, la voici, dévoilée par le P. Ventura : c'est que le pouvoir des rois s'est émancipé du pouvoir des papes ; c'est qu'au lieu que l'État fût dans l'Église, c'est l'Église qui a été dans l'État; c'est que le droit chrétien du moyen âge a été aboli par le droit païen des modernes, la théocratie par le césarisme. La vieille monarchie française a péri parce que les prédécesseurs de Louis XIY ont relâché la chaîne d'or qui rattachait leur trône à celui de saint Pierre, et que Louis XIV l'a rompue. Ce sont les quatre articles qui ont tué l'ancien régime. La Révolution a péri pour avoir été le « règne de Satan » et pour avoir brisé l'autel. Le premier Empire a péri pour s'être « allié à la Révolution contre l'Église *. » Mais en même temps, comme il avait relevé l'autel de ses ruines, sa chute < fut moins la punition d'un juge que la correction d'un père ; car Dieu déposa dans son tombeau un germe de vie à côté des trophées de la mort, ne l'éclipsa que pour le faire reparaître, ne le fit périr que pour le faire ressusciter '. » La Restauration a péri, parce que
l. Dernier dùcourSf p. 604.— 2. Premier discourir p. 25.
« Elle ne se souvint de la religion que pour la dominer. Tout fut respecté sous la Restauration, excepté TÉglise.... Ce futrépoque d'une grande liberté, mais de la liberté du mal, qui est la liberté de Satan, et non de la liberté du bien, qui est la liberté de Dieu. Et comme ce gouvernement ne marcha que dans des voies révolutionnaires, malgré la légitimité de son principe, de même il sembla vouloir exclure Dieu des institutions politiques pour s'y substituer lui-même ^ »
Le gouvernement de Juillet a péri parce que
c II pensa qu'on peut aisément maîtriser une grande nation dont les principes de vie sont le catholicisme et l'honneur, en lui jetant un morceau de pain trempé dans la volupté : Panent et circenses^ en l'embastillant de toutes parts et en lui faisant payer les frais de sa prison. Il affecta un mépris sacrilège pour le catholicisme en disant tout haut : Nous sommes v/a gouvernement qui ne se confesse pas. Il poussa son impiété jusqu'à proclamer l'athéisme politique, en posant en principe que la loi doit être athée '. »
Sur tant de ruines amoncelées en France par l'impiété de ses gouvernements, l'Empire enfin ressuscite : Résurrection est le mot vrai, car « dans l'ordre politique aussi bien que dans l'ordre moral et naturel, toute vraie résurrection a son type dans Jésus-Christ.... et les conditions qui ont accompagné la résurrection typique du Sauveur se sont trouvées aussi dans la résurrection de l'Empire •. »
« Première condition : Tout en ne croyant pas à la divinité du Messie, les scribes et les pharisiens d'autrefois n'étaient pas sans inquiétude sur sa résurrection.... Ils prirent donc toute espèce de précautions.... Ils scellèrent le tombeau sacré du grand sceau de la synagogue, ils l'entourèrent d'une palissade infranchissable et en confièrent la garde
1. Premier ditcours, p. 27 et 28. — 2. Ihid. , p. 28 et 29. 3. Dernier discours, p. 500 et suivantes.
56a ÉTUDES LITTÉRAIRES ET MORALES.
à une cohorte de soldats romains.... On dirait que les scribes et les pharisiens modernes n*ont rien négligé pour empêcher Fancien Empire, qu*ili avaient une seconde fois tué de leurs coups, de sortir du tombeau qu'ils lui avaient choisi sur un rocher perdu au milieu des flots de l'Océan.... Mais, comme toutes les mesures prises par la haine aveugle de la synagogue ne purent empêcher la puissance de Dieu de faire sortir son Fils de sa tombe, de même, toute proportion gardée, les arrangements de la diplomatie moderne n'ont pu empêcher la providence de Dieu de relever l'Empire français de ses ruines. Le nouvel Empire, contre toute prévision humaine, a reparu dans quelques instants à la tête de l'Europe, lui disant : Me voici I Ecceadsum!
« Seconde condition : Tout ce que Dieu rappelle à la vie apparaît plus complet et plus parfait qu'il n'avait été avant sa mort. Ainsi le divin Sauveur ressuscité s'est montré aux apôtres rayonnant de plus de grâce, de bonté et de gloire que pendant sa vie.... Eh bien! l'Empire restauré présente aussi ce second trait caractéristique de toute résurrection.... C'est un fait que le premier Empire se fit soupçonner de s'être allié à la Révolution pour dépouiller l'Église; c'est également un fait que le second a bravé le reproche que la Révolution lui aurait fait de la combattre pour l'obliger à respecter les propriétés de l'Église. Le premier Empire, il faut bien l'avouer, conquérant et expansif, fut l'épouvante des peuples; le second, conservateur et désintéressé, en a été l'espérance. Le premier Empire excita bien des mécontentements ; le second n'a réveillé que des sympathies, même parmi ses rivaux. Le premier Empire iit trembler la terre, le second parut l'affermir. Le premier Empire subsista par la raison de la force, le second subsiste par la force de la raison, etc.
« Troisième condition : La troisième condition de toute véritable résurrection dont Dieu est l'auteur, c'est qu'il doit
se trouver au moins quelque chose de divin, de sacré» quelque chose, en un mot, de l'esprit de Dieu, dans ce qui forme le sujet de cette résurrection.... Or, vous serez bien aise de connaître en quoi et comment Fancien Empire conserva, même après sa destruction, quelque chose de Tesprit de Dieu, qui Ta fait renaître du tombeau.... À la chute du premier des Napoléon, Tincrédulité et l'hérésie ne manquèrent pas de s'associer à Ifl morgue insensée de la diplomatie, pour se livrer à des plaisanteries de mauvais goût sur le sort éphénière de cet Empire^ qui n'avait reparu que pour retomber aussitôt dam le néant.... Mais c'était bien le cas de dire, passez-moi la trivialité du proverbe : Rira bien qui rira le dernier. Les trois gouvernements qui avaient recueilli l'héritage du premier Empire.... ont tous les trois disparu successivement et à leur tour pour céder la place à ce même Empire, qui paraissait ne devoir plus exister que dans l'histoire du passé.... C'est qu'il est impossible de nier qu'en le consacrant de son auguste main, le vicaire de Jésus-Christ n'ait imprimé au premier Empire un caractère divin; et c'est ce quelque chose de la vertu de Dieu que ses fautes n'avaient pu entièrement effacer, qui lui a servi de semence pour refleurir et de raison pour ressusciter ^ »
Ainsi les trois conditions de la résurrection typique de Jésus-Christ se retrouvent exactement dans la résurrection de l'Empire. Mais
c Les choses ne peuvent se conserver qu'en vertu du même principe qui les a produites. Ainsi la nouvelle forme que la souveraineté vient de reprendre en France ne peut être durable qu'autant qu'elle conservera l'esprit dont elle a été en quelque sorte l'épanouissement et la floraison ; c'est-à-dire que, ressuscité par la vertu de DieUi le nouvel
1. Dernier discours : la restauration de V Empire en France , p. 504, &05, 613, 515, 516, 518.
564 ÉTUDES LlTTÉRAUiES ET MORALES.
Empire ne pourra subsister qu'en tant qu'il gardera en lui-même l'esprit de Dieu *. »
Que faut-il donc entendre par l'esprit de Dieu?
« La résurrection politique dont nous nous occupons dans ce moment ne peut devenir définitive qu'à deux conditions : premièrement, à la condition que le nouvel Empire ne vive que pour Dieu, s'identifiant avec le catholicisme^ seul dépositaire fidèle et séù\ épanouissement visible de l'esprit de Dieu; et deuxièmement, à la condition qu'il évite toutes les fautes qui ont amené la mort du premier, et qu'il vive d'une nouvelle vie en suivant une politique nouvelle'. >
Qu'est-ce, dans la pensée du P. Ventura, que s'identi/ier avec le catholicisme?
< Nul empire ne saurait subsister, à moins que ses chefs ne soient subordonnés au sceptre de Dieu et à ses lois '. »
Qu'est-ce, toujours dans la pensée du P. Ventura, que d'être subordonné au sceptre de Dieu? Étudions ici son septième discours, intitulé : UÉglise et l'État, ou Théocratie et Césarisme.
c Toute la civilisation chrétienne, au point de vue politique, se résume dans le mot théocratie. Mais la théocratie est-elle le pouvoir spirituel jouissant d'une suprématie sans bornes sur tous les pouvoirs temporels, empiétant sur leurs personnes et sur leurs droits politiques, et disposant en maître absolu de toutes les couronnes et de tous les royaumes de la terre? C'est ce que le césarisme dit et répète sur tous les tons, pour la rendre odieuse et absurde. Mais au fond la théocratie, ainsi qu'elle s'est définie ellemême, n'est rien de tout cela *. »
Comment la théocratie se définit-elle donc elle-même par la bouche de ses docteurs?
< Pour la théocratie, l'État est dans l'Église, comme l'en-
1. Dernier discourt , p. 524. — 2. iWd., p. 526. — 3. Ibid.y p. 530. 4. Septième discoun j p. 374, 375.
fant dans les bras de sa mère.... Chaque royaume n*est qu'un navire dont le roi est le pilote, et tous les royaumes chrétiens réunis, comme une imposante escadre dont chaque bâtiment doit, pour arriver au port, se rattacher au vaisseau amiral, qui est le royaume visible de Jésus- Christ ou TEglise, dont le souverain pontife est le pilote. Si mattre qu'il soit sur son navire, chaque pilote n'est pas indépendant. Afin de rester dans l'ordre, il dait toujours manœuvrer d! après les signes de ramircU^ de manière à diriger son bâtiment vers le terme final de la navigation. A ce titre, chaque roi est obligé de pourvoir au, salut éternel de son peuple^ soit en ordonnant ce qui peut le procurer ^ soit en défendant ce qui peut l'empêcheur. Cest le pape qui lui fait connaître l'un et Vautre ; de mime que c'est t amiral qui donne des ordres aux capitaines et qui dirige l'escadre '. »
Ainsi l'Église est la mère, et la société l'enfant; le pape est l'amiral, et les princes ne sont que les capitaines de vaisseau. Le pape donne des ordres aux princes comme l'amiral aux capitaines, et leur fait connaître ce qu'il faut prescrire ou défendre, afin de pourvoir au salut de leurs peuples. Voilà la définition de la théocratie par elle-même. On se demande en quoi le césarisme l'a calomniée quand il l'a qualifiée de « suprématie usurpée sur les pouvoirs temporels. > L'image du pape-amiral et du roi-capitaine est comme la confirmation formelle de ce que veut nier le P. Ventura. Aussi ne s'étonne-t-on pas que l'orateur renonce à ses dénégations pour aboutir à cette maxime :
« La soumission du pouvoir temporel au pouvoir spirituel pour bien gouverner l'État est une loi fondamentale de la république chrétienne *. »
En résumé, s'identifier avec le catholicisme, voilà la première condition ; subordonner le pouvoir temporel du