‹ Œuvres complètes de J. H. Raepsaet (volume 3)Chapitre 25 sur 43 · MOEURS ET USAGES · texte numérisé non relu

MOEURS ET USAGES

13. Les anciens Belges ou Germains n'ayaient pas de lois écrites; leur première loi écrite est la loi salique, ils n'avaient pour toute loi que des coutumes et usages (0; aussi en Flandre , on ne connaît aucune loi écrite avant le XI® siècle; nous n'eûmes pour toutes lois , que des chartes , des coutumes et des usages; toutes celles , qui ont été promulguées depuis jusqu'au milieu du XYIII® siècle , formeraient à peine un petit volume in-8® ; le conseiller pensionnaire Vande Spiegel , a remarqué aussi , que les Belges et Bataves , ennemis par caractère , de toute innovation , se sont toujours tenus à la maxime de Tacite ; corrupttsstma Respublica, plurimœ leges^).

14. En parlant de la chasteté des Germains (^), Tacite rapporte, qu'ils ne sont corrompus ni par les attraits séduisans des spectacles, ni par les irritations de la table ; il ajoute aussitôt:

(1 ) PactuB Ugiê ialioœ in proêmio; les Burgundiorum in prologo, unieuiquê Genii secundum comuetudinetn suam»

(S) ^nwd. Lib. 1, 14, C. 27. — (8) C. 19.

litterarum sécréta vtripariter ac fenUnœ ignorant \ c'est bien dire , qu'ils ne connaissaient point le secret et les intrigues des billets d'amour, mais nullement, comme plusieurs l'ont mal interprété, que les hommes et les femmes ne savaient pas écrire ; le mot litterarum ne s'est jamais pris en bon latin , que pour epistolarum.

Les adultères y étaient très-rares ; la punition de la femme était laissée à la merci du mari ; il lui coupait les cheveux et , en présence de ses proches , la chassait toute nue hors de la maison, la poursuivant et la battant , par toutes les ruesC).

C'est bien là l'ori^ne du charivari ou schaminkelen , encore connu dans les endroits du pays , où la débauche ne passe point pour galanterie ; cette punition était généralement en usage , tant ici qu'en France (^) ; le Spidlegium d'Acheri ^) , donne la charte pour Riom en Poitou ; il en résulte , que la peine était aussi bien pour le mari que pour la femme adultère; il n'existe pas encore une peine légale en Flandre , pour l'adultère, c'est ce qui résulte d'un arrêt du parlement de Tournai , du 25 Septembre 1674(^); quelle que fut la beauté , la jeunesse et la fortune d'une fille, qui s'était laissée séduire, elle ne pouvait plus jamais trouver un mari. On n'y plaisantait pas, dit-il , sur les vices , et on n'appelait pas ton du monde de corrompre ou d'être corrompu W.

15. Il ne parait pas , qu'avant leur conversion à la foi catholique, les Germains aient connu les empêchemens de mariage; car en l'année 534, Radwigis, roi des Wamers ,

(1) Tacite, C. 19. — (2) O. F. Tom. 4, p. 49. (8) Tom. 8, p. 672.

(4) Db Gbwibt, InsHt. au droit Belge, p. 4, Ut. 6, S 19, art. 7.

(5) Cap. 19.

peuple Saxo-Frison et payen , épousa la veuve de son père , qui était sa belle mère ; et les habitans de 111e de Walcheren , en Zélande « épousaient encore au IX® siècle , leur sœur et leur mère W.

Les Germains ne mariaient pas leurs filles bien jeunes , nec virgines festinanhir; les garçons ne s'épuisaient point par la débauche; sera juvenum Venus; les mariages étaient bien assortis , les enfans ne suçaient que le lait de leur mère , et nourris durement dans l'exercice continuel de la chasse , de la natation et du cheval , ils acquéraient la taille , la force et le courage de leurs parens ; c^était un jeu pour eux de traverser tout armés et à cheval les plus larges fleuves , d'affronter les jilus grands dangers et de bivouaquer des années entières. c< Je c( vous apprendrai , répondit Arioviste à Caesar, ce que peuvent c< des hommes , qui depuis quatorze ans n'ont pas couché sou^ c( un toit; » ce fut par une pareille éducation qu'ik formaient ces hommes , dont la force et la stature , dit Tacite , nous frappent d'étonnement ; ces immania corpora, dit Florus, dont le seul aspect provoqua les testamens de presque toute l'armée romaine, la nuit avant la première bataille, dans laquelle Caesar ne dut la victore qu'à l'impatiente témérité des Germains qui s'engagèrent dans les marais pour aller attaquer les rétranchemens de son camp; aussi, lorsqu'on voit un Teutobochus dépasser de la tète les aigles de Mariu^ et sauter lestement six chevaux , tous les Germains en général avoir la taille de sept pieds et tout nuds , par forme de jeu , danser entre les pointes des épées (jeu encore connu sous le nom de

(1) WkQtnkkKy Fadwi. Histori»^ D. 1 , p. S16; — Goumiotsv, Chron. van HoUanif Divis. S^ G. 80. — Cas. ds £elg, Lib. 8.

Sweertnianzers ) , que les chartes du XYI® siècle appellent le le jeu des Matachins 0) , et que l'on compare la taille de toutes ces nations arec ces grands squelettes , qu'on dëcouyre de temps en temps sur le Waal, l'on cessera de supposer, qu'anciennement il y a demeuré des géants, parce qu'on reconnaîtra sans peine, que ce sont là les squelettes de nos aieux W.

Le père Vanter ^ dans son immortel Prœdium Rusticum^^ rappelle de la manière la plus élégante aux Français , combien ils sont dégénérés de leurs ancêtres, pour avoir substitué, dans l'éducation de la jeunesse , aux exercices du corps , les cartes , les spectacles et tous les plaisirs de la mollesse et de la débauche; rougissons d'y trouver notre part

(1) V. RoQUBFOKT, Glossaire de la langue Romaine; — Maltbbiuh, Précis de la Géographie. Tom. 3, p. 689.

(2) Tacitb, de m. G. C. 4, 20 et 24; —Cas. de B. G. Lib. 6, C. 21; Lib. 1 , C. 86 ; — Flobus, Lib. 8, C. 8 et 10; — Origine des Belges.

(8) Lib. 16.

(4) Flaxit in hos jurentiin nunc mollis inertia mores , Ut nisi yenandi stiidiam firmarerit artus , Torpeat enervi cum corpore bellicas ardor; Deseruere pilam simulacraqae ludrica pugnœ.

Et celeres in eqao cursus; non flumina nando Trajicere^ et duris juyenilia membra palœstris Exercêre juvat ; pictis sed Indere cartis « Concertare scyphis, mimoque obscœna jocanti Plaudere, vel satfri risus captare didacis, Proque tuba mollem cbelyn et peccare docentes Historias vel quos moriendo cygnea cantant Ora tragœdorum querulos audire dolores, Vestitu indulgent midiebriter, oraque fuco Dedecorant , speculumque magis quam ferrea tractant Tela manu : dant vel cboreis Tel amoribus unum Dulcibus , aut epulis ludum ; resolutaque luxu

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