‹ Œuvres complètes de J. H. Raepsaet (volume 3)Chapitre 33 sur 43 · CONQUÊTES DES FRANCS · texte numérisé non relu

CONQUÊTES DES FRANCS

49. Quels étaient donc ces Francs, dont nous allons présentement rechercher les conquêtes ? quelle est leur origine ? formaient-ils une nation particulière ou ne consistaient- ils qu'en une confédération; depuis quand cette confédération est elle connue? comment s'est elle formée? comment accrue? comment organisée? yoilà des notions nécessairement préliminaii^es à la recherche de leurs conquêtes.

Déterminer l'origine des Francs n'est pas une entreprise légère; l'abbé Du Bos, Wagenaar et le bollandiste Henschenius, ce dernier dans son Prologue ad vitam Sigiberti Régis , nous fournissent sur cette question des recherches aussi curieuses qu'intéressantes; mais leurs systèmes, peu d'accord entr'eux, se concilient si difficilement avec toutes les parties de l'histoire de ce peuple , que ces sayans conviennent assez ouvertement , qu'ils se trouvent obligés de recourir à des conjectures bazardées, pour mettre tous les points de cette histoire en harmonie.

Caesar et Tacite n'ont pas connu les Francs ; ils n'en parlent point , et cependant ils nous ont laissé les noms et indiqué les demeures de toutes les nations des Germains établis entre le Rhin , le Wezer , l'Elbe et le Danube ; le nom de Francs est donc postérieur à l'âge de Tacite ; mais désigne-t-il donc une nouvelle nation Germanique qui , depuis cette époque , ayait passé le Wezer, l'Elbe ou le Daaube et s'était approchée du Rhin P non , car Grégoire de Tours W , appelle Francs les Bructeres j les Anstbaires ^ les Chamaves et les Cattes; St. Jérôme , in vita St. HUarionis, au lY® siècle , place les Francs entre les Saxons et les Alamans , du Waal au Danube, et la carte de Peutinger appelle Francia tout le pays entre la Frise et le comté de la Marcq; il est aisé d'en fournir d'autres preuves.

Nous avons conclu de tout ceci , dans la première partie de notre ouvrage , que les Francs consistaient en une confédé^ ration de toutes ces nations Germaniques , qui , depuis la mort de Caesar. n'avaient cessé de former des coalitions , plus ou moins générales^ pour obtenir des établissemens dans les Gaules.

TrebelUus Polio et Vopisctts in Aurdiano, sont les premiers qui parlent des Francs ; Âurélien , tribun de la sixième légion Gauloise , les battit près de Mayence, vers l'année 271 , et leur défaite doit avoir été si terrible, que ses troupes en firent le sujet de ce chant guerrier :

<( Mille Fra/nco9y mille Sarmata^y senwl et semel occidùnus; <c mille, mille, mille, maille Persas qtMsrimus. »

Les Sicambres ont sans doute fait aussi partie de cette

(1) Hist. Franc. Lib. 2, C. 9.

DES DROITS DSS BKLGES ST GAULOIS. 249

confédération , puisque Cloyis , roi des Saliens , est nommé Sioambre par St. Rémi ; lors de son baptême , il l'apostrophait ainsi (0.

« Mitis depone colla Sicamber. »

Ces coalitions de Germains, qui se formèrent successiTement, depuis la mort de Cssar, furent partielles et pour la plupart tumultuaires; ces peuples^ sans relations ré^lières entr'eux, n'avaient guères de notions d'une confSédération orgfani8ée(2); aussi longtemps, que les plus voisins ou les plus menacés ne s'entre'aidaient que sur ce pied, un nom commun à tous semblait être sans objet, mais aussitôt que cette coalition fut devenue plus étendue et plus stable, j'aime à croire, que dès lors ils se sont donné le nom général de Francs; comme au Y® siècle on a donné celui de Btigaudei et ^ Armortqties ; au XP siècle , celui de Croisés ; au XYI^ celui de Crueux et au XVIII^ celui de Chouans, à des nations armées pour un même but.

J'ai encore démontré dans ma première partie (N®45), qu'après la dépopulation des Chérusques par Caecina , ces Germains paraissent s'être partagés en deux coalitions , séparées par la Lippe , et que de là est venue la distinction entre les Francs Scdiens et les Francs Ripuaires.

On est assez d'accord , que les Ripuaires sont ceux , qui demeuraient sur le Haut-Rhin en descendant jusqu'à Cologne , puisqu'on désignait le Rhin antonomasticè par le mot Ripa, et que , dans les ponumens postérieurs , la ville de Cologne est désignée comme la capitale du royaume des Ripuaires.

(I) GtKG. TciOTi, Lib. 2, C. 21.

(3) Tâciti, in vita Ageicola, Cap. 12.

Mais je pense a?oir prouvé dans mon Origine des Belges, que c est une vieille erreur de croire les Francs Sàliens originaires et de faire dériver leur nom de la Sale, près de Magdebourg ou de l'Yssel , en latin Izala, dans l'évéché de Munster; les Salii formaient une nation , comme les Bructeres, Tenohrtres, etc., et bien que Germains, ils n'étaient pas indigènes du duché de Luxembourg ou de l'évéché de Munster, mais ils faisaient partie de ces nations pannoniennes qui étaient anciennement venues de la petite Tartarie en longeant la Dwina et les côtes de la Baltique jusqu'au Rhin ; ils ne pouvaient donc pas avoir emprunté leur nom des rivières de Magdebourg ou de Munster; mais ils auront plutôt donné à ces rivières le nom d'une rivière de leur pays, comme toutes ces nations ont donné des noms de leur pays originaire à tous les lieux qu'ils ont parcourus dans leur longue transmigration , depuis la Mer Noire jusqu'en Belgique. J'ai même remarqué en particulier dans le mémoire sus-rappelé , qu'on trouve une infinité de vestiges des demeures des Saliens dans la Livonie, par où toutes ces transmigrations se sont faites; aussi Grégoire de Tours (0, nous apprend-il que la tradition existait encore de son temps , que les Francs étaient anciennement venus de la Pannonie au Rhin. « Tradunt enik hulti eosdeh de Pannonia

U FUISSE DI6RESSOS ET PRIMUM QU1DEM LITTORA RHEN1 AMNIS INGOLUISSE. )>

Il comprend dans cette assertion tous les Francs; et comme toutes ces nations , qui composaient la confédération des Francs , étaient venues de la Pannonie par la Livonie au Rhin : quel motif y aurait-il d en exclure les Saliens et d'en faire un peuple indigène de la Basse -Saxe? on eût dû considérer

(1) Lib. 2, G. 9.

encore que les Saliens, comme on le verra tantôt, n'étaient originairement qu'une petite peuplade gens parum spectata , qui n'eût pas pu se maintenir, et bien moins acquérir de l'ascendant entre toutes ces nations barbares , lesquelles à leur arrivée , avaient chassé les Ménapiens , même , des bords du Rhin.

Dom Bouquet , dans ses notes sur Grégoire de Tours (^) , traite donc mal à propos de fahU ce récit de Grégoire , en se fondant sur l'autorité de St. Jérôme, qui place les Francs (de son temps ) entre les Saxons et les Alamans ; car Grégoire de Tours ne parle pas de leurs établissemens du Y^ siècle , qui ont été incontestablement là où St. Jérôme les place ; mais Grégoire parle de leur patrie primitive (^).

Il est difficile, et peut-être impossible de déterminer la juste époque , où cette confédération des Francs a été faite , et aussi difficile d'indiquer quelles sont ces nations Germaniques qui, les premières ont formé cette ligue; ce point d'antiquité serait d'ailleurs plus curieux qu'instructif; ce qui me semble le plus probable , c est que cette confédération s'est formée progressivement et d'après les chances plus ou moins avantageuses des premières entreprises ou de la position respective de ces nations vis-à-vis des Romains , comme se forment encore de nos jours de pareilles alliances. Les Saliens peuvent en fournir la preuve.

Zozime rapporte , que les Saliens charmés du bon accueil qu'ils avaient reçu de Julien-l'Apostat , quittèrent en grande partie l'île où ils demeuraient et vinrent s'établir avec leur roi , sur le sol romain : « 5a/eï ànui advebsà Juliani erga se huhanitate,

(1) P. 166, note 9. -^ {%) Mémoire surf Origine des Belges.

<c PARTIM ex instda cum Rege suo romandh in soluh trajigiece BANT. » Cette île et la partie du territoire romain, que Julien leur a accordée , nous sont indiqiiées par Procope (0; c'étaient les marais à l'embouchure du Rhin; « Rhenus in « OcEANUH eyolyitur; hic sufUpaludes, ubi quondah habitaruni a Germant^ qui Frangi dicunturj gens barbara et initia parum

ce SPECTATA ; HORUM SEDES GONTINGEBANT ARBOHIGHI , CUK OMNI RELIQUA

c< Gallia. » Ces marais, comme je l'ai prouvé dans la première partie de cet ouvragée (N^ âl), comprenaient donc la partie inférieure de l'île des Ratayes et s'étendaient, peut-être jusqu'en Zélande ; et la partie du sol romain , que Julien leur a accordée , c'était la Taœandrie (^) ou les Campines, suivant Ammien Marcellin(3), écrivain du IV° siècle, contemporain de Julien. a SeUios AUSOS IN RoMANO SOLO aptul Taxandriam locum ce (appelé encore Tessender^loo)^ habitacula sibi figere preli- « genter. Quorum legatio gum Tungros venisset, Julianus ei

« OGCURRIT, OPINANTIUM REPERIRI IMPERATORUM ETIAMNUM IN HIBERNI8,

c( pacem sub hoc lege pretendefis, ut quiescentes eo$, tamquam <( in suis y nec lacesseret quisquam nec veœaret, quos dedentes ce se cttm opibus Uberisque suscepit. » Ce qui est confirmé par Zozime , en ces termes : c( Omnes Cœscuri, supplices fc^cti, ce sponte sud se cum rébus suis efus fidei permittebant. »

Or, nous avons déjà vu dans la première partie , que les Tawandri formaient une partie de la nation des Tungri; les Saliens se seront donc réunis aux Tungri et par conséquent

(1) De BeUo Goth. Lib. 1 , C. 12.

(S) En effet la digue de Saflinge^ qui couvre le Poldre de Namen, encore connu sous le nom de Fkanun-Dtck, dans la carte des quatre Ambachten. — Sanduus , Fhnd. Iliusi. Tom. 2.

(S) Lib. 17.

avec les Betham^ Sunict et Leuci, qui étaient aussi de la natioa des Tangri^ et seront , par cette réunion , devenus une nation très-considérable , quoiqu'elle fût peu considérée , parum spectata inMo, lorsqu'elle demeurait dans les marais du Rhin.

Cette confédération s'étendait dès lors , depuis la mer jusqu'à la Meuse dans le Namurois; et n'a pu manquer de s'accroître successivement par les Lœti, ou colonies de prison-* niers Germains , que Maximien-Hercule avait établies , ou plutôt qu'après leur défection et leur jonction aux Francs battus , il avait rétablies dans les terres désertes des Trévirois et Nerviens entre les années 285 et 305. « Poste a tuo, c( Maxihiane Auguste , mutu , Nermorum et Trevtrarum cMrva a Jacentia, Lœtus post liminio rbceptus Francus excoluit(0. »

Les Saliens établis dans la Taxandrie et réunis à toutes les nations des Tungri , étaient contigus , par l'Escaut et la Dyle aux Armoriques de la Flandre et Mu Brabant méridional ; par la Sambre aux Nerviens du Hainaut et d'Entre Sambre et Meuse, et par la Meuse aux Trévirois.

Plus à l'est des Francs, magts ad orientem solem, dit Procope, demeurait cette colonie de Thuringiens, dans les terres qu'Auguste leur avait concédées , Thuringi iHdem barbarie datas ab Augusto sedes tenent. Elle demeurait donc dans la Gueldre , entre Yenlo et Wezel ^ car plus à l'est demeuraient les Sicambres , pareillement dans des terres qu'Auguste avait concédées sur le Rhin, à cette partie des Suèves et Sicambres, qui s'était rendue P). Ces terres doivent avoir été le pays

(1] EuHB?iiC8, ffi Panegy : Conêtant. Chiari, Cap. 21. (S) Sueton. in AugusU C. 21.

ToMi m. 17

entre la Roer et le Rhin , en remontant depuis Duysbourg ou le château Disparguni, que Grégoire de Tours (0 place in tertntnOj sur la limite, Thortngorutn ; or, ce pays touchait par l'ouest aux Eburons de Juliers , du Limbourg , du pays de Liège et du Namurois (^) , ou les Saliens se trouvaient réunis aux Tungri; ainsi , dans cette position, les Saliens touchaient par le midi aux Nerviens d'entre Sambre et Meuse et aux Tréyirois du Luxembourg (3).

Or, il faut bien que les Saliens fussent les plus puissans d'entre ces confédérés ou qu'ib aient été les premiers qui aient formé cette confédération des Francs, puisqu'on lui a donné le nom distincUf de Francs Saliens.

Tel était donc l'état et la position de cette partie des Francs sur la fin du IV® siècle sous Julien.

Quelqu'importante que fut devenue cette confîédération des Francs sur la fin du lY^ siècle , ses défaites successives , par Aurélien , Probus , Maximien - Hercule , Constant Chlore , Constantin-le-Grand et Julien -l'Apostat , avaient tellement réduit les Francs à la soumission , qu'ils tremblaient au seul nom de Stilicon , Wandale de nation et général de l'empereur Théodose-le-Grand, au commencement du Y^ siècle; le tableau qu'a fait de leur soumission , le poète Claudien in laudibus StUiconis W, est peut-être un peu flatté :

« Rhenumque minacem (( Comibus infracUs adeè mitescere cogis « Ut Saliuè jam rura colat flerosqne Sicambri «( In falcera curyent gladios, geminasque viator

(1) Lîb. 2, C. 9. — (2) Cms. de B. G. Lib. e, C. 88. (S) Procop. de B. G. Lib. 1. — (4) Lib. l.

« Aspiciens Bipoê , quœ sit 'Ramana requirat

«c Agmina quin etiam flavis subjecta Sicambris » Hac etiam yertêre minas, tutumque remotis « Excabiis Rbenum, solo terrore relinquuot(l)« «..••....•.,•• ••

« ProTincia misses « Expellet potios fasoes^ qaam Franeia Reges « Quaa dederia(^). ■

Les mots Rhenwm minaoem, annoncent assez que cette soumission n'était qu'apparente et contrainte; je dirai même qu'elle n'était qu'achetée par Stilicon , que l'histoire signale comme ayant par trahison, été d'accord arec les barbares pour éleyer son fils Eucher à l'empire ; c est ce que son panégyriste Glaudien lui-même laisse assez entrevoir, lorsqu'il dit que ces terribles Germains Tendaient la paix et les trêves aux Romains.

« lia tarribihêy quibos oUa vendere semper

«< Mos erai et fmdâ requiem mercede padsci. » (?)

50. L'événement le prouva bientôt : toutes ces diverses nations , dont se composait la confédération des Francs , chacune , suivant la coutume des Germains , avait son roi ou duc particulier dans la guerre ; il n'y avait donc pas d'unité dans le commandement, et toutes, malgré leur nombre, continuaient à être battues par les Romains ; leur nombre même était la cause principale de leurs défaites ; ils remar-

(1) Lib. 2. — (2) Lib. 1. — (8) Ibid.

quèrent enfin ce yice de leur organisation militaire, en voyant que les autres nations , par lesquelles , j'entends surtout les Ostrogoths et les Wisigoths, n'avaient qu'un seul roi, unum regem, pour toutes les nations dont se composait chacune de ces deux confédérations des Goths , et que par ce mode d'organisation ) les Goths avaient su contraindre les Romains à leur accorder des établissemens étendus et indépendans en Italie et dans les Gaules, tandis que les Francs n'y étaient reçus qu'à titre de colons et de Lœti, et devaient encore recevoir leurs rois respectifs des mains de Stilicon.

Les Saliens se déterminèrent donc enfin vers l'an 419 à imiter cet exemple et à prendre un seul roi, unum regem, pour toute leur confédération ; j'aime à croire que la confédération des Armoriques Belges , qui éclata en 409 , dont iU n'étaient séparés , comme on a vu , que par le Bas-Escaut et la Senne, leur aura fourni l'occasion de secouer le joug romain. Si cette poignée de Belges, si petite , mais connaissant la tactique romaine^ auront-ils dit , a réussi sous un chef commun , à chasser les Romains de leur pays , que ne devons nous pas espérer, nous , qui sommes si nombreux , en adoptant le même système !

La chronique de Sigebert , nous a conservé la mémoire de cet événement , qui forme le berceau de la Monarchie Française : « Franci, dit-il, in commune délibérant, ut ipsi, sicut c( cœterae nationes, unum regem habeant. »

Les Gesta Fraatcorum (') en donnent le motif que j'ai indiqué : ce Videntes autem Franci tantum eacercttum, susti" (c 7iert non passe y valde fugerunt ceciditque ibi Priamus Dux

c( eorum .... iliicque habitayerunt cum principibtM eorum,

c( Marchiomero filio Priami et Sunone filio Antenoris

(( tune defuncto Sunone et aceepto consilio in uno primatu « ^nnim unum hahêre principem ^ petierunt consilium Mar- « chiomero ut ragrem unum haberent, sicut cœterœ génies j « at ille dédit eis consilium, ut eligerent Ffiramundum^ filium <i ipsius Marchiomeri. »

Je sais bien , que tout ce qui y est dit de Priam , de Sunon , de Marcomer et de Pharamond est aujourd'hui réputé fabuleux , et que l'auteur des Gesta Frcmcorum n'est pas d'une autorité reconnue irrécusable (0 : mais ces considérations sont indifférentes pour notre sujet; car, abstraction faite de ce que les yieilles chroniques, les plus fidèles d'ailleurs, pour faire connaître l'origine de la nation dont elles traitent, remontent toutes en général , jusqu'au siège de Troyes et quelques unes jusqu'à Adam , qu'importe pour notre sujet l'existence ou la non-existence de ces premiers rois des Francs Saliens? il doit suffire, qu'à l'époque où l'histoire cesse d'être fabuleuse ou incertaine , nous trouvons toutes les nations des Francs Saliens commandées et gouyemées par un rot unique, Clodion; et cela même dans des temps bien yoisins de ces rois fabuleux, tandis qu'il est très-certain que les nations des Francs , à l'exemple des autres nations Germaniques , suivant Tacite (^), avaient, auparavant, chacune leur chef particulier; et quant au motif du système de l'indivisibilité du pouvoir, que l'auteur des Gesta, Francorum leur prête ; il est pareillement indifférent, qu'il l'ait emprunté d'un historien, dont

(1) Aeia ««/. SS. Belgii, Toin. 1, p. S76, N» 60. (S) De Mor. Germ,

les écrits sont perdus . attendu , qu'il n'en est pas moins certain , que ce motif est yéritable , puisque Tacite , dans la vie d'Agricola^ reconnaît en termes formels , que les Bretons sont d'origine Germanique ; qu'ils sont paitagés en factions ou gentes, ayant chacune son prtnceps, et que ce qu'il y a de plus avantageux aux Romains , c'est que ces yalereuses nations n'agissent point de concert et ne délibèrent point en communO).

51. Après la réunion de toutes ces nations saliques sous un seul roi , le premier besoin , qui se fit sentir, fut d'avoir une lai nationale écrite ^ et la loi saUque fut rédigée et mise par écrit vers Tan 422 P).

Ceux-là se trompent , ce me semble , qui , dans cette loi , du moins dans cette loi primitive , vont chercher les coutumes et les usages des Francs; cette erreur me parait cependant générale ; les Francs étaient un composé de plusieurs nations , comme on vient de le voir; chaque nation avait donc ses coutumes et ses images particuliers; il eût donc été impossible d'amener, par la persuasion , ces diverses nations à sacrifier, pour l'intérêt général, chacune ses usages pa/rticuUers ; la force peut opérer de pareils phénomènes en passant sur toutes les injustices , mais la force ne peut opérer que sur des sujets et non pas sur des confédérés , qui peuvent opposer la force à la force ; mais tout en conservant chacune ses usages particu^ liers , il était devenu indispensable , que toutes ces nations , soumises présentement au même roi, eussent une loi commune^ qui réglât leurs relations com^munes , qui déterminât légalité des peines et prescrivit une forme d'administration de la

(1) P. U et 12.

(S) Ado viennensis, — Sigebbrt, Chrtm, ad ann. 432. — Otto Fbisihg. Lib. 4, C. 32.

justice , commune pour toutes sans distinction , afin que Tune ne fût pas privilég^iée plus que les autres. C'est ce même besoin , qui a fondé au XIII^ siècle . les communes sous une hi commune^ en laissant aux divers quartiers , dont elles se composaient leurs uscyes particuliers , qui ne tenaient point aux relations communes, comme nous démontrerons ci-après (') .

Or, en examinant avec attention le prologue et les dispositions de la loi salique , il me semble qu'elle n'a pas porté son but au-delà ; car le prologue ne dit pas que les Francs ont exigé une compilation de tous leurs usages , et que ses rédacteurs l'ont faite : mais il porte , qu'ils ont désiré un règlement d'administrctHon de la justice, qui fut en analogie avec leurs mœurs , jtbxta marum suorum quaUtatem ; et qu'après trois assemblées , dans lesquelles les quatre rédacteurs ont examiné scrupuleusement F origine de toutes les causes, ils ont prononcé le jugement, Ji^£&cmmj qui suit.

Ils n'ont donc pas examiné et discuté les mœurs et les liages particuliers de chaque nation ; mais ils n'ont examiné que l'origine des causes, omnes causarum origines sollicite discurrefuioj par où je crois pouvoir entendre t origine ou la sotirce de tous les procès, qu'en Normandie et en Belgique on appelle encore causes; en effet, les titres 59 et 60 traitent de l'administration de la justice ; le titre 62 , des successions , et les titres 49 , 53 et 55 , de quelques formules des contrats ; tous les autres appartiennent aux délits et aux peines. Ce sont bien là des relations communes.

52. Quelques savans discutent ensuite la question de savoir, dans quel pays la loi salique que nous avons , a été rédigée ?

(1) Liv. 7, Ch. 2,

les uns lui assigaent pour patrie Openkeitn ou les enyirons de Mayeuce, d'autres parmi lesqueb le savant Henschenius, la Sale en Franconie, selon lopinion d'Eccard. Je ne mettrai pas dans le nombre Beaucourt de Noordvelde et Olivier Yredius de Bruges , qui font rédig^er cette loi dans le Franc de Bruges ; car je ne pense pas que cette dernière opinion ait besoin d'être réfutée à cause de ses anachronismes.

Les boUandistes donnent à cette loi pour berceau la Taxandrie ou Campine Brabançonne , près de la ville deDiestCU.

Cette dernière opinion est tellement probable , que je ne conçois pas comment on ait pu varier sur ce point, quand on se rappelle que ^ suivant Âmmien Marcellin , les Saliens avaient déjà été reçus par Julien et établis dans la Taxandrie, ttimquam in suis, depuis l'année 358 (^), et que longtemps avant cette époque, quandam, ils avaient demeuré à l'embouchure du Rhin , d'où ils étaient venus directement dans la Campine. Comment auraient-ils donc pu avoir rédigé leur loi salique sur la Sale en Franconie, en 423?

Cette loi a été rédigée par quatre grands ou princes , élus par les Saliens, savoir : Wisogast, Bodogast , Sahgast et Windogast; et comme gMû, en teuton et en flamand , signifie hôte ou habitant d'un lieu , Eccard cherche ces lieux sur la Sale, et le boUandiste dans la Campine; quant à nous, d'après la démonstration de l'impossibilité que cette loi ait été rédigée sur la Sale en Franconie , nous pouvons regarder ces conjectures d'Eccard comme inutiles et celles des boUandistes comme plus curieuses que certaines. ^

(1) Acta sel. SS. Belg. Tom. 1 , p. Î91 , N» 94.

(2) D. BOGQDBT, ToiD. 1, p. K53.

Reprenons le fil des conquêtes des Francs : nous les avons laissés dans les Campines , sur la droite de la Dyle et de l'Escaut, s'ëtendant depuis l'embouchure du Rhin, dans le pays des Trévirois et dans celui des Nerviens entre Sambre et Meuse ; c'est de là que nous verrons tantôt , leur roi Clodion se porter sur Tournai et y fixer le siège de la monarchie Française; mais ayant tout, il faut parler des Armoriques, qui ont facilité cette expédition et la conquête importante de cette métropole des Gaules.

53. L'état affreux des Gaules, de 406 à 416, est décrit par Prosper et par Salyien, de Marseille O. Il fait horreur.

« Nous allons chercher, dit Salvien, près des barbares « rhumanité romaine , parce que nous ne trouvons près des « Romains que l'inhumanité barbare, et nous préférons d'y c< vivre libres sous un simulacre de captivité , que d'être captifs

^ chez les Romains sous un simulacre de liberté Rien

c( n'était plus sacré , pas même l'honneur des femmes ; et plus <( on était violent, cruel et fourbe, plus on était comblé a d'honneurs et de richesses; les coupables étaient impunis c( ou acquittés et les innocens calomnieusement poursuivis, a punis, leurs biens confisqués et leurs personnes réduites à « l'indigence ; on était bien forcé , ajoute Salvien , de chercher c( un asyle chez les barbares , parce qu'il devait être permis « au moins, de défendre sa vie après qu'on avait perdu « jusqu'à la liberté, et ceux qui ne sont pas encore des iSa- « gaudes, sont bien forcés de le devenir. Or, on appelait « Bagatidei ou Bacaudes ces émigrés , qui avaient fui chez c< les barbares, pour mettre leur tête en sûreté, après avoir

(I) D. BocQDBT, Tom. 1, p. 776 et seqq.

ic été, par des juges mauvais et sanguinaires, spoliés de leurs « biens, persécutés et condamnés à mort, et ce sont ces <c malheureux , que l'on appelle traîtres et rebelles et auxquels ce on reproche le malheur que nous leur avons ^adt , et vocamtis « rebelles , vocamus perditos y quos esse comjmlifnus crinU^ « nosos. »

Les Gaules étaient pleines de ces Bagaudes , a et hinc est « quod etiam hi , qui ad barbares non oonfugmnt, barbari c( tamen esse cogantur : scilicet ut est pars magna hispanorum, « et non minima Gallorutn , omnes denique quos per uniyer- « sum Romanum orbem fécit Romana iniquitas jam non esse ce Romanos. »

Stilicon , ayant retiré ses troupes romaines du Rhin en 406 , les Wandales et les Alains entrèrent dans les Gaules , et il ne faut pas douter qu'ils n'aient été joints par tous les Bagaudes de l'intérieur, qu'ils trouvaient sur leur route; la préfecture romaine de la Belgique, dont le siège était à Trêves, fut, alors au plus tard , transférée à Arles , quoiqu'il y en ait qui fixent cette translation à l'année 401 et d'autres à 402 W.

Les Armoriques n'étant plus contenus par les garnisons romaines, assurés de l'appui des barbares, déjà établis dans les Gaules , et secondés des Bagaudes de l'intérieur, aussi bien que de ceux qui s'étaient enfuis chez les Francs et les autres barbares , victimes enfin de toutes les injustices et cruautés des Romains, volèrent aux armes, una Saius victis, chassèrent les magistrats et officiers Romains et se constituèrent en une espèce de république ce itidem , totu^ tlle Tractus Armortcus^ caetec< raeque Gallorum provinciae Britannos imitât» , consimili se

(1) D. BoDQUBT, Tom. 1, p. 766, N« C.

c< modo liberarunt^ ejectis magistratibus Romanis, et stbi « qtMdatn Republica , pro arbitrio constttutaW ». Il semble même résulter du récit de Zozime , qu'ils ont été sollicités à faire cette insurrection par les barbares d'outre Rhin , qui étaient tombés dans la Belgique « Trans-Rhenani barbari eo « tum incolas insulae Britannicae (l'Angleterre), tum quasdam ce G(Mtca8 nationes redegerunt, ut ah imperio Roma/no défi- « cerent ; et Romanorum legibus non a/mplius obeddentes ^ « arbitrctiu nu> viverent^) ».

Mais qu'étaient-ce donc ces Armortques , qui , yers 409 , se constituèrent en état indépendant , en forme de république ? c'est ce qui est le sujet d'une question diversement i*ésolue par les sayans.

Ceux qui en ont fait une nation particulière , se sont trouvés arrêtés par les nations assises dans les lieux où ils voulaient établir leurs Armoriques ^ comme on peut le voir par les dissertations de M. des Roches d'une part, et de M. le Paigede la Laghe de l'autre.

M. l'abbé le Paige , avance trop positivement , que le nom d! Armoriez est une substitution fantasque à celui d!Arborictj sur ce que Procope les appelle constamment Aboricht : mais sa prétention est elle-même une erreur, parce que Cœsar, qui doit les avoir bien connus, non seulement les appelle toujours Armorictj mais donne la raison de cette dénomination, en disant, que les Gaulois appelaient généralement Armoricœ les nations qui touchaient à l'Océan ; « universis » civitatibus, quœ Oceanum attingunt^ quoique eorum con--

(1) ZouHus apud D. Bouqvit, Tom. 1, p. IS87.

(3) Ibîd. p. 886. — Wmiiiaai, Fad. Hi$t. Tom. 1, p. S78.

a su^tudine Ahmoricjb appellafiturW. » Aussi ne trouyera-t-on dans aucun ëcmain contemporain le Trcu)tus Arboricus, mais toujours le Tractus Armorwus , et Zozime, ci-<lessu8 cité, l'appelle bien formellement Traotiis Amiùricus; la plupart des auteurs font dëriTer ce nom de or mor ; qui signifirait , selon eux , ad ma/re (^) , parce que disent-ils , mor signifie en langue celtique la mer.

Quoiqu'il en soit de cette ëty mologie , il me semble qu'à la vue du texte de Zozime , cette question n'en est pas une , puisque Zozime dit en termes formels que le Tractus Armoricus s'est constitué , de cette manière en république , tottis iUe Tractus Armorictis; or, nous avons déjà vu W, que le Tractus Arm^oricus et Nervicanus comprenait la Normandie, l'Artois, la Flandre et le Brabant en-deçà de la Dyle ; et c'est précisément là que Procope place les Arborices en contact avec les Francs Saliens, lorsqu'ils demeuraient encore dans les marais des embouchures du Rhin.

Le père Pagi et l'abbé Du Bos qui veulent placer les Armoriques dans l'intérieur de la France , contre le texte formel de Caesar et de Procope , sont réfutés par D. Bouquet (^).

Ce qui parait avoir induit en erreur la plupart des historiens français , pour chercher les Armoriques sur les côtes de Bretagne , c'est qu'entre plusieurs noms estropiés par les copistes ou inconnus, qui se trouvent dans le texte de Cœsar, ils y rencontrent les Venett ceux de Vannes j peuple de la Basse- Bretagne, nommé entre les Armoriques^ mais quoiqu'il en soit de l'exactitude des noms de ces peuples indiqués par Caesar ,

(1) Cas. de B. G. Lib. 7, G. 75. — (S) D. Bovquit, Tom. 1, p. 377. (8) Partie 1~, W 41. — (4) Tom. 1, p. 277 et 587.

il est au moias certain que les Armoriques ne formaient point une nation ; mais que c'était un nom commun que donnaient les Gaulois à tous les peuples qui étaient limitrophes à la mer; et par conséquent , que ce nom était approprié aussi bien aux peuples maritimes de la Gaule Celtique , qu'à ceux /le la Bel^que.

Les Armoriques qui , en 409 , ont secoué le joug romain et se sont constitués en république , sont donc les proyinces qui étaient connues sous le nom de Tractus Armoricus et qui forment aujourd'hui les provinces de Fla/ndresy du Brabant, sur la droite de la Dyle , et les côtes maritimes de la France jusqu'à l'embouchure de la Somme. Quoiqu'il n'y soit parlé que des seuk Armortqii^s, je crois assez probable que les Ner- Tiens y peuvent aussi être compris , car les deux nations étaient comprises dans un seul Tractus, sous le nom de Tracius Armoricus et Nervicus.

Il semble que les Armoriques, après s'être constitués en république , n'ont pas été inquiétés par les Romains et ne les ont pas inquiétés à leur tour \ tout annonce même qu'ils n'ont pas fait cause commune avec les Francs Saliens , qu'ils s'en défiaient, et qu'ils se sont prudemment tenus sur la défensive, jusque vers l'année 450.

Il n'en a pas été de même des Francs Saliens; ils furent attaqués et battus par Âëtius, vers l'an 4â8, quand il reprit, suivant les chroniques de Prosper et de Cassiodore , toute la partie des Gaules qu'ils avaient occupée près du Rhin. « Pars « GoUiarum, propinqua Rheno, quant Franci possidendam c< occupaverant , Aêtii armis recepta W. »

(1) D. Bouquet, T. 1 , p. 68.

Voilà donc les Saliens déjà jusqu'au Rhin et par conséquent réunis aux Sicambres entre la Roer et le Rhin.

Cette réunion n'a pas dû coûter beaucoup de peine , lorsqu'on se rappelle, qu'après la victoire perfide de Caesar, sur 430,000 Tenchtres et Usipètes, une partie s'en était enfuie yers la Mer , aux embouchures du Rhin , où étaient, venus se placer plus tard les Saliens, et l'autre vers les Sicambres, qui les avaient accueillis; lors donc que les Saliens, dans lesquels s'était fondue une partie des Tenchtres et des Usipètesi, du temps de Caesar, se réunirent, au V® siècle, aux Sicambres, dans lesquels l'autre partie avait été fondue, les Sicambres et les Saliens durent se considérer comme une même nation ; les Sicambres étaient donc , comme je l'ai déjà dit , membres de la confédération des Francs; aussi bien que les Saliens.

Quoique Âëtius ait battu tous ces Francs réunis en 428, en-deçà du Rhin , il ne leur a pas fait repasser la rivière ; mais au contraire, il leur a laissé paisiblement les quartiers qu'ils avaient occupés , à condition d'obéisance et de service militaii^ à l'empire (0.

Les savans doutent si les anciens n'ont pas confondu la défaite des Francs de 428 avec celle de 432 et avec la bataille de 446 (^) ; mais cela nous est indifférent.

Toutefois cette retraite des Francs confirme la situation que nous avons donnée aux Francs-Saliens et aux Armoriques ; car les Armoriques n'ayant pas fait cause commune dans cette ^erre avec les Saliens , et n'ayant pas été molestés par Aëtius , il s'en suit, que la bataille s'est donnée hors du Tractus Armo-

(1) D. Bouquet, T. 1 , p. 680. ^ (S) Ibid., p. 800.

ricus et par conséquent, entre la Meuse et la Moselle; les Francs étant retournés, après leur défaite, dans les lieux qu'ils occupaient avant cette irruption , il s'en suit , qu'ils sont retournés vers les Campines et entre la Meuse et le Bas- Rhin , puisque Aëtius ne les a pas obligés de passer ce dernier fleuve.

Ce qui est certain , c'est que les Francs s'étaient choisi un seul roi en 419, et quoiqu'il puisse en être de ce premier roi, qu'en 445 leur roi était Clodion.

54. Celui-ci voyant les Romains aux prises avec tous les Bagaudes de l'intérieur des Gaules , avec les Burgundi et avec les Goths, s'avisa de profiter de ces circonstances; il partit en 445 , du château de Dispargum in termino > Thoriti'gorum y marcha par la forêt Charbonière , renversa les troupes romaines et s'empara de Cambrai, ensuite de Tournai et poussa ses conquêtes jusqu'à la Somme (0 , l'auteur des Ge%ta Francorutn ajoute, qu'en partant de Dùpargufn, il a passé le Rhin , Rhenum transtens; il appelle Dispargum CasteUum Thoringo^ rum y et Grégoii^e de Tours dit^ que Clodion demeurait près de ce château, apud Dispargum castrum habitabat.

Il est inconcevable combien de commentaires et de systèmes ces passages de Grégoire de Tours et des Gesta Fran^ corum aient enfantés, surtout relativement au château de Dispargum W.

Sans compter l'opinion d'Ortelius, qui prend Dispargum pour Asbourg y dans le comté de Meurs, il y a trois autres

(1) Gbsg. Tob.^ Lib. 2^ c. 9. — Geêta Franc. y c, 5. — D. Bouquet, Tom. S, p. 166.

(2) On peut les voir dans les notes de D. Bouqubt, Tom. â, p. 166, et dans les Ada Sel. m. Belg., Tom. 1 , an mot Dispargum,

opinions très-prononcées et soutenues chacune par des sayans du premier ordre.

La première qui est défendue par le père le Cointe et l'abbé Du Bos, prend Dùpargum pour Duysbourg près de T^'Yueren , entre Bruxelles et Louyain.

L'autre ^ défendue par les boUandistes et par Windelinus , le place à Diest, dans les Campines.

La troisième enfin le place à Duysbfmrg, dans le duché de Berg[h, à l'embouchure de la Roer, dans le Rhin.

Examinons brièyement les raisons sur lesquelles chaque partie fonde son système et quelles sont celles qui le détruisent.

Quant à la première opinion , en particulier, elle n'est nullement receyable, car elle fait demeurer Cloyis, roi des Francs, en 445 , à Tenmeren j qui est situé dans le pays des Armoriques ; or, Cloyis était encore si loin de régner, à cette époque, sur les Armoriques , qu'en 470 les Francs ont inutilement cherché à les conquérir par la force ouyerte , et que yoyant l'impossibilité de les subjuguer, ils ont fini par traiter ayec eux , pour ne feire dorénayant qu'une seule et même nation sous le sceptre de Kludwig; et ceci n'a eu lieu qu'en l'année 497, suiyant ProcopeO).

Pour ce qui concerne la première et la deuxième opinion ensemble : il faut pour les soutenir, cffiicer du texte de Grégoire de Tmirs et des G esta Francorutn, le mot Thoringorum, y substituer Tungrarum et effiacer entièrement les mots Rhenum trarmens; car pour aller de Tervueren ou de Diest à Cambrât et à Tournai, il ne faut certainement point passer le Rhin ; ces deux premières opinions ne sont donc pas soutenables,

(1) Di Fbargib, apud D. Bouqubt, Tom. 2, p. SO et 81.

puisqu'elles ne sauraient se défendre sans ces interpolations du texte avec lequel elles sont en contradiction ouverte.

Mais si des interpolations aussi hardies et aussi fortes étaient permises , l'histoire deviendrait entièrement systématique ; celles-ci , d'ailleurs , sont d'autant moins receyables , que le boUandiste Henschenius avoue lui même , que les plus anciens monuments et les plus anciennes éditions sont conformes à la lection de Grégoire et des Gesta Francorum.

La troisième opinion ne demande aucune interpolation et met toutes les parties du texte de Grégoire de Tours en harmonie; c'est donc celle-ci qu'il faut adopter; en voici le développement :

J'ai démontré (0 que les Thoringi , dont parlent Grégoire de Tours et les autres anciens, ne sont pas la Thuringe, mais une simple colonie de Thoringes^ qu'Auguste avait placée, comme les Ubiens et les Sicambres , sur les bords du Rhin ; j'ai donné le motif pour lequel je crois qu'ils ont été placés dans la partie du Rhin , en Gueldre , entre Yenlo et Wezel , ou même dans le comté de Meurs; je pourrais peut-être ajouter, qu'à cette époque d'Auguste, le nom de Tt^n^nf n'était pas encore connu, puisqu'il ne semble dater que du temps de Tacite (^) ; et comment d'ailleurs supposer qu'Auguste eût placé une colonie de barbares à Tongres, qui était une métropole romaine, où Julien prit encore au IV^ siècle ses quartiers d'hiver, lorsque les Saliens vinrent le trouver pour se soumettre avec leur roi et lui demander des terres dans la Taxandrie ?

Cette situation près du Rhin est encore plus explicitement indiquée par le Chronicon Moissiacense , qui porte : « mortuo

(1) P. 69, N» W. - (2) Nunc Tungri vocatisant-, de M. G. Cap. 2. Tom ni. 18

c( quippe Faramundo , Clodùmem , filtutn efus , crinitum , m c( regnum patris elegeruat; yenientesque sagaciter in fintbu$ « Thoringorum^ in Regione Germaniœ, Clodio Rex misit « exploratores de Dispargo usque urbem Gameracum, cumque c( perlustrassent omnia , ipse cum multo exercitu Rhenum (( transiit, multo populo RomaDorum prostrato , fugayit , c( Garbonariam Silyam iogressus, urbem obtinuit(0. » Ainsi ce Castrum Dispargum était situé in Germaniaj ainsi, il était au-delà du Rhin, Rhenum transiit ; ainsi, enfin, les Thoringij qu'Auguste ayait reçus en-deça du Rhin , deyaient demeurer près du château de Dispargum , situé sur la riye droite du Rhin , et par conséquent dans les enyirons du comté de Meurs , parce que ce château était situé sur la frontière de ces Thoriivges^ in termina Thoringorum.

Mais c'est précisément là que demeuraient les Sicambres des deux côtés du Rhin, sayoir la partie des Sicambres et des Ubiens , qui s'étaient rendus à Auguste et qu'il ayait établis en*deçà du Rhin , et l'autre partie qui ne s'était pas rendue ou qui n'ayait pas fait partie de l'inyasion (^) au-delà du Rhin.

Or, Clodion était Sicambre de nation, parce que Cloyis, son arrière petit-fils est encore appelé Sicambre par St. Rémi , dans le baptême ; et chez les Germains les enfanà étaient de la nation du père , aussi longtemps qu'ils ne choisissaient point une autre loi nationale.

Duysbourg sur le Rhin est donc situé dans l'ancien pays des Sicambres, le nom indique un bourg des Germains: Duyds^ Bourg et la grande ibrét attenante, appelée dans la carte de Ferraris Bois de Duysbourg , ensemble le yillâge joignant

(1) D. Bo€QOBT, Tom. 2, p. 649. - (2) Partie !'• N» 27.

Duydseren, signifient bien les demeures des Germains, Duydr sen ; car je regarde le nom Duydseren comme corrompu , et pour Duyd$er hem; or, comme le mol hem, signifie en teuton ou en allemand un village, un bourg : le mot Duydser hem, signifie le bourg des Allemands, qui étaient Teutons, et ce lieu s'appelle encore en latin Teuùh'burgu/m.

Il n'y a donc rien qui provoque aucune de ces interpolations; les Thoringes se trouvent bien placés près du château de Dispargum, puisqu'ils demeuraient dans le comté de Meurs^ ou du moins , sur le Rhin entre Venlo et Wezel ; Duys^bourg s'y trouve sur leur frontière, in termtno Thoringorumj Clodion y demeurait , habitabat apud Dispargum , parce que le château y était situé dans le pays des Sicambres d'outre-Rhin, et Clodion était Sicambre ; pour aller de là à Cambrai , il a donc dû passer le Rhin , Rhenv/m transit, et y arriver par la forêt Charbonnière , qui était située entre Sambre et Meuse, et s'étendait jusque dans le pays des Morins.

L'abbé Ghesquière, ancien boUandiste, voulant justifier l'opinion de son confrère le père Henschenius et de Wendelinus, dans ses Acta seleota SS. BelgiiW^ prétend que le texte de Grégoire de Tours , relativement à Dispargum, ne peut pas se rapporter à Duysbourg, parce que , dit-il , Grégoire y parle de l'époque où les Francs sont arrivés seulement des marais du Rhin dans la Taxandrie et y ont obtenu de Julien des terres et des demeures , mais Ghesquière est lui-même en erreur; car Grégoire de Tours (^) parle tout au contraire de l'époque où Clodion était déjà roi de tous les Saliens et de celle où il prit Cambrai ^ ce qui arriva en 445.

(1) Tora. 1 , p. 292. — (2) Lib. 2, C. 9i

Clodion ne jouit pas longtemps de sa victoire et de sa politiqiie ; car après avoir, depuis 445 , fixé le siège de son empire à Tournai et étendu ses conquêtes jusqu'à la Somme, il mourut , suivant l'opinion vulgaire , en 448.

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