‹ Œuvres complètes de J. H. Raepsaet (volume 3)Chapitre 34 sur 43 · Mérovée, son fils, lui succéda, et ne régna que 8 ans · texte numérisé non relu

Mérovée, son fils, lui succéda, et ne régna que 8 ans

sa mort est communément fixée à l'année 456 ; on connaît peu son histoire ; elle est remplie de faits fabuleux ; toutefois il est très-probahle qu'il a été un prince célèbre , puisque la première race des rois de France est appelée Mérovingienne.

56. Pour conserver aux Francs leurs conquêtes et aux Armoriques leur indépendance, il fallait naturellement la reconnaissance des Romains, et ils n'étaient pas du tout disposés à cet acte de condescendance et de faiblesse : Aëtius était un général très en état de la leur disputer; les circonstances firent plus que n'eussent pu faire les armes.

Attila, roi des Huns, était parti en 451 , de Metz vers la Loire, pour assiéger Orléans, à la tête d'une armée formidable; Aëtius, qui commandait dans les Gaules pour les Romains , eut déjà assez de peine pour tenir tète à un tel ennemi; sa défaite et l'anéantissement de l'armée romaine étaient inévitables , si les Wisigots , les Francs et les Armoriques se joignaient aux Huns, comme il était à craindre, puisqu'ils étaient ennemis de l'empire , dont ils avaient secoué le joug.

L'empereur Valentinien , dans ce danger pressant , fait proposer à tous les peuples barbares qui s'étaient établis dans les Gaules , une alliance contre Attila , savoir : aux Wisigoths , établis dans le Languedoc, aux Francs Saliens^ qui dominaient déjà jusqu'à la Somme; aux Ripuaires^ qui demeuraient entre le Rhin, la Meuse et la Moselle; aux Armoriques

et Lœti de la Belgique; aux Sarmates ^ qui étaient des Alains, occupant l'Orléanois; aux Bourguignons, qui de* meuraient en Savoye , aux Saxons^ qui demeuraient à Bayeux et aux Ibriones qui demeuraient sur le lac de G)nstance; entre les motifs de persuasion qu'il employé , il leur dit : « secourez la république dont vous tenez une portion; Auxi- « LiAHiNi Reipublic^ ctùfus membrum ter^etis, »

Jornandès , qui nous a laissé l'histoire de cette négociation et de cette bataille mémorable , dont parle aussi Grégoire de Tours (0, y ajoute une remarque très-intéressante , puisqu'elle nous donne la clef des conditions du traité , en disant que tous ces barbares qui servaient autrefois comme soldats romains , y ont servi alors comme auxiliaires , « quonc( dam milites Romani tune vero Jam in nutnero auxilia- « riorum exquisiti^). »

Quoiqu'on ne connaisse point les conditions du traité d'alliance , qu'ont fait les Francs et les autres barbares des Gaules, qui sauvèrent lempire d'Occident dans les plaines de Châlons, où Attila fiit battu et 252,000 hommes, de part et d'autre, restèrent sur la place , il est permis de croire que les Francs et les Armoriques y ont combattu comme nation libre et indépendante , puisque Jornandès les appelle autrefois, quondam, soldats romains, mais présentement^ Jam, requis, exquisiti, comme auxiliaires, et que l'empereur Yalentinienen leur disant Reipublicœ c\yus membru/m tenetis, semble assez reconnaître qu'il ne forme plus de prétention sur cette portion.

On peut conclure de là , ce me semble , que la domination

(1) Lib. 2, c. 7. — (2) D. Bocqdit, Toin. 2, p. 23.

de l'empiré d'Occident sur la Belgique , c'est-a-dire , en-deçà de la Somme , a cessé , de droit , entre les années 445 et 450 , puisque la victoire de Chàlons sur Attila a été remportée en 451.

II n'en fut pas de même de l'empire d'Orient; celui-ci maintint ses prétentions sur les Gaules , comme il a été dit ^ et les céda aux Ostrogoths , qui les firent valoir dans l'occasion ; ils en vinrent aux mains avec les Francs en 509 et leur tuèrent plus de 30,000 hommes ; ce n'est qu'en 533 que la reine Amalasuinte , mère et tutrice de Théodoric , roi des Ostrogoths , céda les Gaules aux Francs , cession , que Justinien , comme il a été dit , n'a pas voulu reconnaître , puisqu'il en a fait une nouvelle aux enfans de Clovis(0.

A Mérovée a succédé Childeric que , pour ses débauches , les Francs chassèrent du royaume ; il se réfugia chez le roi des Thoringiens , dont il séduisit la femme. Après quatre ans d'exil il fut rappelé et décéda en 481 (^).

II fut enterré à Tournai , hors de la ville , où le hasard fit découvrir son tombeau en 1655; on y trouva son anneau royal portant l'empreinte de son chef, avec la légende ChUderict Régis , un grand nombre de médailles d'or , toutes frappées au coin des empereurs romains, un globe de cristal et des abeilles d'or massif (3).

(1) D. BoDQuiT^ Tom. 2, p. 38, note c.

(2) Grig. Ton., Lib. 2, C. 12; GettaReg. Franc., C. 7.

(3) L'on croit communément, que, par méprise ou par ignorance, on a pris ces abeilles pour des fleurs de lys; l'abbé Du Bos prétend, qu'au XII' siècle, lorsque les Ârmoriques ont pris vogue, les rois de France portaient leurs manteaux parsemés d'abeilles. J'ai bien de la peine à croire ceci; car l'estampe qui se trouve dans le livre de prières de Charles le Chauve , lequel était dans la bibliothèque de Colbert , et celle

57 . A Cfailderic succéda Clovis , son fils , né de Basine , reine des Thoringiens , qui l'avait suivi à son rappel au trône

d'un autre livre de prières du même empereur , qui est à la bibliothèque du roi, à Paris, représentent le monarque sous un dais, sur son trône, revêtu de son manteau royal et décoré de tous les attributs de la souveraineté ; Ton peut voir ces estampes dans la collection des Càpituiatreê, par M. Chiniac, Tom d, col. 1376 et 1278; aucune d'elles ne représente sur le manteau une apparence à*ab9ilie$.

On ne voit dans la première aucune marque quelconque sur le manteau ; il est tout uni ; la draperie du dais est parsemée de marques, qui consistent , chacune , en trois points ronds , disposés en triangle , mais les deux encensoirs, suspendus au-dessous du dais sont garnis de deux rangs parallèles , chacun de trois pareils points , et les manteaux des trois prélats, à gauche au pied du trône, sont parsemés de semblables points , du haut en bas, sans former aucune figure, ces points ne désignent donc aucun attribut royal, mais plutôt des pierreries ou autres joyaux.

Dans la seconde estampe, le manteau est parsemé de pareils points jetés au hasard et sans symétrie; les deux colonnes du trône enlacées d'une branche de vigne, présentent de pareils points dans leur contour; la draperie du trône , brodée en quarrés renversés , est aussi parsemée de ces points.

Le haut de son sceptre, ainsi que les deux coins saillans du dos du dais , pourraient être pris pour des fleurs de tys^ comme on les peint aujourd'hui, si le tranchant qui est au-dessous de cette prétendue fleur de lys, ne nous apprenait, que ce sceptre est sa masse d'armes , et que cette fleur de lys, en apparence, n'est que la pointe d'une hallebarde dont le trône de la première estampe est surmonté.

Lorsque j'étais membre du corps législatif, pour le département de l'Escaut, j'ai vu ces précieuses antiquités au musée des antiques, et après un examen sans prévention , je n'y ai pas plus reconnu des abeilles que des fleurs de lys.

Quoiqu'il en soit, l'abbé Du Bos, Tom. d, p. 258, nous apprend le sort de ces monumens du V* siècle; au moment de leur découverte ils passèrent dans le cabinet de l'archiduc Léopold d'Autriche , gouverneur des Pays-Bas, pour le roi d'Espagne, de là dans le cabinet de l'empereur, à Vienne; dans la suite l'empereur Léopold en fit présent à Maximilien de Bavière, électeur de Cologne, qui en fit présent à Louis XIV , et voilà comment ils se trouvent présentement à Paris.

et qu'il épousa du vivant de son mari, ce qui prouve que les Francs payens n'admettaient point l'indissoliibilité du lien conjugal , puisqu'on ne trouve pas que la légitimité de Clovis ait été contestée.

Clovis fut aussi grand homme d'état , qu'il fut grand capitaine ; c'est lui qui a porté le royaume de France à ce haut degré de puissance où il est parvenu depuis ; il peut être envisagé comme le fondateur de cet empire.

Les Francs tranquilles du côté de l'empire d'Occident, lequel reconnut la légitimité de leur conquêtes jusqu'à la Somme , avant qu'il ne croulât avec Augustule en 475 , n'avaient pas lieu de l'être autant du côté de l'empire d'Orient, dont les empereurs se prétendaient, comme on l'a vu N " 43 , 44 et 45 , successeurs , par dévolution , à celui d'Occident.

La politique que la cour de Constantinople mit alors en usage pour récupérer les Gaules, dans l'impuissance de les réconquérir par la voie des armes, fut d'amener par des instigations, par des jalousies et en semant la défiance, les barbares à s'entre détruire , pour profiter de leurs divisions.

Odoacer, pour se maintenir sur le trône d'Occident, ayant confirmé aux Wisigoths la cession que l'empereur Nepos leur avait faite des Gaules en 474, ceux-ci se disposèrent sous leur roi Euric, grand dans le cabinet comme sur le champ de bataille , à faire valoir cette cession ; s'il faut en croire Sidoine Apollinaire, Euric avait déjà des intelligences avec les Saxons, les Sicambres et autres barbares jusqu'au Waal.

Pour prévenir l'orage , les Francs et les Gaulois envoyèrent des ambassadeurs à Constantinople vers l'empereur Zenon , et lui offrirent du secours , s'il voulait déclarer la guerre à Odoa-

cer, ce qui eût obligé les Wisigoths à voler au secours d'Odoacer et eût porté le théâtre de la guerre en Italie ; l'empereur Zenon n'accueillit pas leurs propositions (^). Ce refus mit à découvert la politique du cabinet de Byzance de laisser les Francs et les Armoriques Belges, en venir aux mains avec les Wisîgoths.

Un nouvel événement vint mettre les Francs et les Belges dans une situation plus critique. Zenon, empereur d'Orient, avait , en 485 , cédé à Thierry, roi des Ostrogoths , tous ses droits sur l'empire d'Occident , et ce puissant roi avait déjà obligé Odoacer en 490 à lui en abandonner la moitié et il en prit l'autre moitié en 403 par l'assassinat d'Odoacer.

Dans cet état des choses , les Francs et les Belges eurent à craindre que les Ostrogoths, les Wisigoths et les Bourguignons, tous Ariens, ne se confédérassent contre les Francs et les Belges, pour reprendre la Belgique comme partie de l'occident , dont ils prétendaient avoir les droits par l'efiBet de ces cessions.

Clovis , qui était à la tête des Francs et des Belges , se tira de cette crise et la fit tourner à son avantage ; il fit voir aux Belges la grandeur du danger commun, et leur fit sentir le besoin de se détacher, enfin, définitivement de l'empire, de faire cause commune avec les Francs et de le choisir pour roi des Belges , comme il l'était des Francs.

Quoique depuis la paix des Francs et des Armoriques Belges avec Aëtius en 450 , leurs conquêtes leur fussent assurées par l'empire d'Occident , cependant les cessions, que les empereurs d'Orient ne cessaient de faire aux Hérules et aux Goths,

(1) Do Bos, Toro. S, p. 226 à 2S7.

et la cession des Gaules . que fit encore au YI® siècle , Justinien aux enfans de Clovis^ démontrent assez que les empereurs d'Orient se croyaient toujours souverains des Gaules par dévolution et en vertu de l'indivisibilité des deux empires et du droit ^unanimité.

Cette politique des empereurs d'Orient ne rassurant pas entièrement les Belges sur leur indépendance , ils se conduisirent avec circonspection dans leur obéissance à Clovis, quoique d'ailleurs très-attachés à sa personne , confians à sa sagesse et sentant le besoin qu'ils avaient de sa valeur.

Clovis qui , en bon politique , sachant qu'un pouvoir, qui n'est fondé que sur la force, nest jamais durable, avait su ménager d'une part, cette délicatesse des Belges-Romains, et d'autre part , les prétentions éphémères de la cour de Constantinople; il avait donc sollicité et obtenu des empereurs d'Orient, même après le traité de 450 , les titres de Magister Milittœ , de Prœfectus Prœtorii et de canstd, et, à l'ombre de ces dignités romaines, que les Belges crurent devoir et pouvoir respecter sans crainte, à tout événement, il se trouvait revêtu du commandement des armées, de l'administration de la justice de la Belgique et de tous les pays qu'il avait conquis.

Mais lorsque les empereurs d'Orient eurent cédé successivement leurs droits sur l'empire d'Occident aux Hérules et aux Goths, cette allégeance des Francs et des Belges à l'empire d'Orient , ne put plus subsister, sans qu'ils eussent reconnu la souveraineté de ces cessionnaires sur les Gaules; les Belges comme catholiques étaient encore moins disposés que les Francs à reconnaître ces nouveaux souverains, parce que tous les Goths, étant ariens, étaient ennemis jurés des catholiques.

Ce fut alors que Clovis déploya toutes les ressources d'une

profonde politique, pour empêcher les Bourguignons de s'allier aux Goths; il fit demander la maîn de la pieuse Chiottlde, fille de ChUderic, fils du roi des Bourgiiignons , laquelle était catholique ; il la demanda à Gondebaud, oncle et assassin de sa mère ; Tobtint et Tépousa en 493 0).

Quant à ses mesures militaires . il étendit ses conquêtes de la Somme à la Seine ; réunit les Francs ayec les Armoriques et les Gaulois d entre la Somme et la Seiiie , et joignit le royaume des Ripuaires à celui des Francs Saliens ; la première de ces mesures fut exécutée immédiatement après l'année 493 , l'autre en 496 et la troisième en 508.

C'est saint Rémi , archevêque de Rheims , un des hommes les plus éloquens des Gaules , qui a négocié la soumission des Armoriques et des Gaulois d'entre la Somme et la Seine , au sceptre de Clovis , par des motifs religieux et politiques(^).

Les motife politiques étaient appuyés par ceux d'intérêt personnel.

Le saint prélat leur exposa que les Ostrogoths, en conquérant l'Italie , s'étaient approprié le tiers de toutes les terres à titre de conquête , qu'en Espagne et en Italie les Wisigoths en avaient pris , au même titre , les deux tiers et que les Bourguignons en avaient pris la moitié ; mais que les Francs , au contraire , avaient laissé à chacun ses possessions ; qu'il valait donc mieux prendre volontairement un roi payen , que de se soumettre de force à un roi arien ; c'est ce que prouvent l'abbé Du Bos(^; que faut-il donc penser de ces doctrinaires du jour? qui sans

(1) Gi$G. Toi. Lib. 2 , C. 88.

(2) On peut lire les motifs religieux dans los Àcia sel, SS^ Belgii, Toin. 3 , p. 2âS , et dans Tabbé Du Bos , Tom. 2 p. 265.

(0) T. S , pag. 475 à K79 et Mortisquiiu, Eêprii des lois Liv . 80 Chap. 7.

autre appui que des déclamations sonores , et des phrases viennent nous dire que les Francs ont confisqué les terres des Belges et des Gaulois ; qu'ils les ont partagées entr'eux , suivant leur rang et leur grade , qu'ensuite ils les ont concédées à redevance ou service , et que c'est là l'origine des fie£s ; hélas ! c'est que se copiant les uns les autres, ils ignorent que les Francs, à leur entrée dans la Belgique , étaient une gerupa/rum spectata, peu impoitante ; que les Belges les battaient à chaque rencontre ; que sans leur confédération avec les Armoriques en 409 , les troupes romaines eussent bien pu empêcher leur invasion, qu'après leur invasion ils n'ont pu mettre le pied dans les provinces des Armoriques ; que ceux-ci se sont maintenus en république indépendante, quoique confédérés avec les Francs, et ne se sont réunis, volontairement sous le sceptre de Clovis, qu'en 496, plus d'un siècle après l'entrée des Francs dans la Belgique ! le système historique de ces écrivailleurs est donc aussi absurde , que la prétendue origine qu'ils assignent aux fiefe , six siècles avant la naissance de la féodalité !

Voilà les mesures politiques par lesquelles Clovis est parvenu à la souveraineté de la Belgique et des Gaules jusqu'à la Seine.

Cependant les Gaulois et les Belges, en attachant leur sort à celui de Clovis pour leur défense commune contre les Goths- Ariens, n'avaient pas négligé les précautions pour être gouvernés un jour par un souverain catholique, et n'avaient pas même désespéré de voir Clovis le devenir; car bien que le traité conclu entre les Francs et les Belges ne soit pas parvenu jusqu'à nous , les événemens qui l'ont suivi , indiquent assez (|ue par une des conditions de ce traité , Clovis s'était engagé , en épousant Chlotilde , d'élever ses enfans dans les principes de la religion catholique; sans cela, pourquoi eùt-il témoigné

une certaine répugnance à laisser baptiser son premier enfant? s'il ne s'y était pas engagé , il n'en aurait dû témoigner aucune^ puisque son refus seul eût suffi (0.

Chlotilde , apparemment secondée par St. Rémi comme une autre Hélène, trayaillait sans cesse, mais avec peu de succès, à la conversion de son royal époux ; une faveur sensible du ciel toucha enfin ce payen récalcitrant, que ni les larmes d'une épouse chérie n'avaient pu vaincre , ni l'éloquence de St. Rémi persuader.

Dans la bataille de Tolbiac contre les AUamans , en 495 , toute l'armée de Glovis fut culbutée , et lui-même sur le point d'être fait prisonnier ; envain invoqua-t^il tous ses dieux ; le danger n'en devint que plus imminent; tout-à-coup la grâce le touche , il invoque le Dieu de Chlotilde et met toute sa confiance en lui, voici sa prière, que Grégoire de Tours nous a conservée :

« Jésus '^ Christ f que ma Chlotilde m'a toujours prêché comme fils du Dieu vivant; qu'elle rvHa dit toujours venir au secours des faibles et accorder la victoire à ceux qui croient en lui , je vous prie humblement de venir à mon secours dans ce présent danger; et, si vous me faites triompher de mes ennemis , et que j'éprouve l'assistance que les peuples , qui croient en votês^ m'assurent que vous ne refusez pas à ceux qui placent leur confiance en vous, je croirai pareillement en vous et je me ferai baptiser; car j'ai invoqué mes dieux, et je vois qu'ils ne me secourent pas; c'est ce qui me fait croire qu'effectivement ils n'ont aucun pouvoir, attendu qu'ils n'apportent aucun secours à ceux qui les invoquent; c'est vous que j'invo-

(1) Gke«. Tue. Lib. 2, C. 39.

que présentement^ c'est en tous que je yeux croire , hâtez TOUS de me tirer des mains de mes ennemis. »

Sa prière fut exaucée; la bataille changea de face; il battit ses ennemis et le 23 Décembre 496 il se fit baptiser par St. Rémi avec plusieurs de ses Francs , frappés par cette victoire miraculeuse , aux acclamations :

ce Nous abjurons , très-pieux roi , les dieux mortels et soma mes prêts à suivre le seul Dieu que Rémi prêche ('). »

Ainsi les Francs devinrent catholiques ^ comme le devinrent toute la France et l'Espagne, lorsque la religion catholique apostolique et romaine y devint la religion dominante de l'état ; elle le devint et triompha de l'arianisme qui infectait l'Espagne , quand Récaréde , roi des Wisigoths en Espagne , se convertit à la foi en 587 (^); que Clovis chassa en 507, les Wisigoths-Â riens de presque toutes les possessions qu'ils avaient en France (^); qu'en 534, les Francs soumirent les Bour<^ guignons, aussi Ariens, et qu'en 536. Witigés. roi des Ostrogoths , leur abandonna toutes les possessions qu'il avait dans les Gaules en<-deçà des Alpes W.

Toutefois , l'union des Armoriques Belges avec les Francs , qui a été négociée et sollicitée par St. Rémi, n'a pas été conclue de la part des premiers sans beaucoup de précautions et de prévoyance.

Nous voyons par les motif» religieux, que St. Rémi a eu besoin de toute son éloquence pour induire les Armoriques catholiques Belges à s'unir avec les Francs sous un roi encore payen; car il n'y a que la nécessité de choisir entre un roi

(1) GkBO. Tdb., Lib. 2, C. 30 et SI.

(2) Ibid., Lib. 9 . G. 15. — (3) Chron. Moiês.

(4) Paocop. de BM> Goth. Lib. 1 , C. 13. — D. fiovQVBT, Prëf. du Tome 2.

payen et un roi arien , qui les ait déterminés pour le premier, sous la condition néanmoins , d'élever ses enfans dans la religion catholique é

Et quant aux intérêts politiques , les Armoriques n'ont pas été moins circonapects ; ils youlaient bien continuer leur alliance avec les Francs et combattre sous le commandement de Clovis ; mais on ne put pas les engager à renoncer à leur indépendance j à leurs droits , coutumes et usa^ et à se laisser fondre dans les Francs pour ne former , désormais , avec eux qu'une seule nation, conanie Glovis parut le désirer; dépareilles fusions produêêetU plus souvent des scissions que de l* harmonie.

Cloyis Toyant les Armoriques rejeter ce projet de fusion , recourut , bien qu'habituellement grand dans ses actions , à ces tours de politique bannale , dont remploi annonce toiyours la médiocrité et la faiblesse, et dont le résultat couvre de honte son auteur ; il leur chercha querelle à tout propos , pour les intimider par la crainte d'une guerre ; mais il les trouva prêts à lui tenir tête et leur contenance lui en imposa ; il fut donc obligé de renouer ses négociations , dont le résultat a été une alliance , par laquelle les Armoriques consentirent à s'unir aux Francs, sous la condition de conserver tous leurs droits, coutumes et usages , dans lesquels il s'étaient réintégrés depuis qu'ils avaient chassé les Romains, et qu'ils s'étaient constitués en république. C'est Procope(U qui nous a transmis les détails de cette union.

Pix)cope nousv a conservé encore une anecdote , qui est intimement liée à l'histoire de notre législation.

Après l'union conclue entre les Armoriques et les Francs ,

(1) De Beilo Goth. Lib. 1 , C. 12.

les garnisons romaines^ qui étaient stationnées in extrema GaUia, c'est-à-dire sur la Meuse et le Waal garnis de ces inexpugnables forteresses , dont les ruines encore subsistante» attestent la grandeur, ne pouvant plus se rétirer vers Rome et ne voulant pas se réfugier vers les Ariens , en Bourgogne , se rendirent, en 497, aux Armoriques et aux Francs, qui leur laissèrent leurs droits , coutumes et usages , omnes patrios mores, que leurs descendans suivent encore, qtios eorutn postert ad se transmissos adhuc rite observant; de manière, ajoute-t-il , que de notre temps ( il a écrit vers le milieu du YI^' siècle) ils ont encore l'organisation militaire des Romains et leurs propres enseignes; en un mot, ils suivent encore les lois de leur patrie, c'est-à-dire, les lois romaines, constanter patriis utuntur legibtisW. C'est cette politique que conseille Montesquieu aux conquérans pour consolider leurs conquêtes : c( laissez, dit^l, au peuple conquis sa religion, ses lois et ses « mœurs; ne changez rien, que le nom, du roi et celui de Va/rmée . »

Ces faits positifs , attestés par tous les historiens contemporains, contrastent singulièrement avec les assertions de tant d'écrivains systématiques , qui ont débité et débitent encore , que les Francs, en conquérant la Belgique et les Gaules , ont tout changé et qu'ils ont établi leurs lois sur la ruine de nos lois' indigènes.

Il s'en faut de tant, que les Francs aient conquis la Belgique , qu'en 493 , les Armoriques seuls , battirent tous les Germains chaque fois qu'ils tentèrent d'entrer à force ouverte dans la Belgique (^).

(1) D. Bouquet, Tom. 2, p. SI.

(2) Pbocop. apud D. Bouqubt, Tom. 2, p. 80.

Les Armoriques et les autres Belges étaient Germains d'origine, comme l'étaient lès Francs, mais ayant vécu quatre siècles sous la domination romaine ^ ils étaient devenus civilisés ^ si les historiens rapportent , qu'après avoir expulsé les romains ik ont repris leurs patries mores , ce n'est pas à dire pour cela qu'ils ont repris leur état sauvage primitif, dans lequel étaient encore les Francs ; mais cette reprise de leurs anciennes mœurs ne se rapporte qu'aux droits de liberté, que nous avons vu comprimés sous la tjrrannie des Romains.

Aussi , loin d'avoir adopté les mœurs sauvages des Francs , les Francs eux-mêmes ont adopté progressivement celles de leurs nouveaux frères, ainsi que l'atteste Agathias, au VI^ siècle , et qu'il sera dit ci-après.

Toutes ces nations , en se coalisant et se confondant enfin , sous l'empire des Francs, conservèrent chacune leur loi nationale , laquelle ne se rapportait , comme il a été dit , qu'à leurs relations comm unes ; et comme elles n'avaient point hors de là, d'autres lois écrites, mais qu'elles se gouvernaient entr'elles, suivant leurs usages, il se conçoit sans peine, comment ces mêmes usages ont passé , et nécessairement dû passer, jusqu'à nous; leur analogie, ou plutôt leur identité avec nos coutumes homologuées en sont une preuve irrécusable; en un mot, nos catUumes et nos usages sont des coutumes et usages Germaniques, mais policés et régularisés par les lois romaines, sous l'empire desquelles nous avons vécu pendant plus de quatre siècles , et qui par cette raison forment notre législation interprétative et supplémentaire.

58. Clovis, présentement renforcé par les Armoriques et n'ayant plus rien à craindre des Romains , entreprit de réaliser

TOMK lU. 19

son troisième projet, celui de réunir pareillement à son royaume celui des Ripuaires.

Sigebert en ëtait Roi; Cloyis profita des mauvaises dispositions du fils , pour lui faire assassiner son père , et fit assassiner ensuite ce monstre à son tour (0. Il en a été de Cloyis comme d'Aug^te; l'histoire a conservé les monumens dé leur gloire et oublié leurs crimes ; cW le 9ort des coupables heureux!

Après l'assassinat de ces deux rois, Cloyis se présente aux Ripuaires et leur conseille de le choisir pour protecteur ^ ce sed quoniam haec evenerunt; consilium yobis praebeo, si fi yidetur acceptum; conyertimini ad me, ut sub meâ sitis c< defensione^). » Ils le proclamèrent leur roi en l'élevant sur un bouclier aux acclamations du peuple ^) ; mais en s'unissant aux Saliens, ils conservèrent leurs lois et leurs usages, qui forment la lot ripaaire, comme les Armoriques et les Gaulois d'entre la Somme et la Seine avaient réservé respectivement les leurs.

Restaient encore quelques rois, dont Clovis voulait se défaire pour établir sa domination exclusive dans les Gaules , c'étaient Ragnacaire, qui régnait dans le Cambresis; Rignomère , dans le Mans ; Cararic , qui gouvernait une partie des Morins ou plutôt les Saxons du Littus Sawontcum , et plusieurs autres , et aliis muUts Regilnis , qui lui étaient tous parens très-proches , parentibus suis primis.

Après cela, il s'est rendu maître de la Gaule jusqu'à la Loire ^ et est décédé à Paris, l'an 511 W, Agé de 45 ans après en avoir régné 30.

(1) Geeg. Td»., Lib. 2, C. 40. — {«) Ibid. — (8) Ibîd. - (4) Ibid. C. 42.

Ces rois étaient ces chefs, reguli, duces ^ principes des Saxons , des Frisons , des Suères , des Quades ^ des Gattes et de toutes ces autres hordes et colonies de Germains établis dans le Littus Britannicum et Saœanicum, comme nous l'ayons prouvé en notre première partie (N^* 53 et 54).

Nous ne ferons aucune remlirque sur les crimes politiques et sur les massacres populaires que ce chapitre et celui qui précède nous offrent ; hélas ! notre siècle nous dispense d'aller chercher des preuves dans l'antiquité , que Valms du pouvoir et les insurrections des peuples ne sont autre chose qu'une causé et ses effets.

SOMMAIRE

DV CBAPITKE TROISIÈn DC LIVIE TICMSinE.

GODVERNEMENT DES FRANCS.

50, Organisation de la hiérarchie ecclësiastîqae ; — du Primai; — notion sur cette dignité; — des AieiropaUUnnê ; — des Suffraganê; "- de Torganisation de leurs diocèses; — leur dirision en Archidiaconies; — en Diaconies. 60. Organisation civile; — les Gaules, après la mort de Cloris, en 511, divisées entre ses enfans en trois royaumes , de Metz , d'Orléans et de Soissons ; — autre division en Austrasie et Naustrasie ; — les provinces dont chacune de ces deux parties se composaient; — qu'était ce que VAuêier^ban? — la division romaine en Belgique et Germanique vient à cesser ; — la subdivision territoriale et civile des Romains étant en harmonie avec celle des Francs, est maintenue en grande partie; — au IX" siècle on rencontre de nouveaux Pagi ou Comtés^ établis par les Francs; — origine de ceux-ci. 61. Du pouvoir royal, ataisMvt; — de la fidélité due au roi; — en quoi consistait-elle; — du serment de fidélité du clergé. 62. De celui des laïques ; — comment l'obligation du service a -t- elle ajouté au serment de fidélité? — du Séniorai; — origine de la foi et hommage; — le clergé ne fait pas hommage au roi ; — pourquoi ? — ni les femmes ; — des pouvoirs judiciaireê et administratif $. 64. Clovis commence à exercer dans la Gaule conquise l'autorité de lieutenant de l'empereur d'Orient , sous les titres de consul et d'Auguste^ en KIO; — il prend la pourpre dans l'église de St. Martin, à Tours; — fixe sa résidence à Paris. 68. Commence à conférer les titres de duo et comte de son plein pouvoir. 66. Il conserve les dignités romaines; — en premier lieu le Patriciat; ^ ses attributs. 67. Le duché; — ses attributs. 68. Le

comié; — ses attributs; — des marc-graeven ou marquis^ — commeat les comtes étaient installés. 69. De la Foyerie, 70. Le comte faisait aussi le recouvrement des amendes , sur la retenue du tiers. 71. Il n'avait pas l'administration des domaines en vertu de sa place; — différence entre les domaines de l'état et les patrimoniaux du roi ;

— ceux-ci étaient administrés par la reine; — cette administration était organisée en conseils pour chaque vUla; — c'est là Torigine de nos officiers administratifs et judiciaires des villages. 72. Le comte avait aussi le commandement militaire du comté. 73. £molumens du comte ; — les places de comte ne s'obtenaient qu'à force d'argent ;

— elles étaient à terme; — aussi leurs concussions étaient insupportables ; — le tableau de ces concussions. 74. Au comte appartenait la nomination de ses officiers subalternes; — nécessité de connaître tous ces détails pour l'intelligence dès capitulaires ; — les ecclésiastiques rédigeaient les actes ; — en latin barbare ; — Charlemagne fait faire une grammaire de la langue tudesque. 75. Du Ficarius ;

— lieutenant du comte hors des villes ; — chef-officier d'un des arrondissemens de la métropole; — du Fice-Comes; — confondu avec le P^icarius au IX* siècle; — delà nos burg-graeven ou Vicomtes;

— ensuite nos châtelains ; — de là encore nos tribunaux des grande officiere de la couronne; de Grandvoyer, Grandveneur, etc.; — des viUœ , Curtee y ffeim et Caeœ ; — ces villœ peuplées de toute espèce d'ouvriers et métiers; — organisées en Decanies ; — chaque métier subordonné respectivement à un grand officier de la couronne; — énumération; — de là l'origine de nos corps de métiers; — du Ftce Dotninue; — officier domestique; — erreur sur l'origine des justices seigneuriales. 76. Des centeniers; — jnges des ce*nturies de la vicairie; — examen de l'opinion de Montesquieu et de Du Gange, sur l'origine des centuries; — leur origine, attributions et analogie avec nos gdbuerten et tvycken , bxmissivè ; — origine présomptive de l'amende du mal jugé; — les centeniers ne pouvaient pas tenir des plaids dans Fenceinte des églises; — les juges siégeaient en plein air; — obligés de juger avant midi; — sur plaidoirie orale; — compétence du centenier; — différence entre mannir et bannir;

— ils jugeaient avec des assesseurs, appelés Scabini; — c'étaient des voisins; — la justice était ambulante; — ces assesseurs étaient des pacificateurs; — des tribunaux vidnaus; — parvenus jusqu'à nous. 77. Quelles étaient les attributions du centenier au civil? — quand et pourquoi ont elles cessé quant à la partie judiciaire ? 78. Elles ont continué quant à la police; — leurs fonctions de pacifi-

eateun sont passées à nos Vinderen et Snudk WeUen, 79. Pourquoi les SmaUe Wetten sont eUes divisées k Gand, par Coêteryen? — les ecclésiastiques occupaient des emplois civils. 80. Des Rohtê on Keirelê. 81. Erreur de ne dater l'usage des livrées, que de Tépoque des armoiries. 82. Du Decanus ou Doyen ( Dixauhii ) , originairement officier domestique ; — devenu officier public ; — même organisation personnelle des abbayes par Decaniêê. 8S. Du centenier, considéré comme officier militaire ; — de l'organisation militaire ; — de la marcbe ; — règlemens du XV* siècle ; — cet ordre éprouve quelques changemens par l'institution des corps et métiers; — des ffeirvaêHe» et de la Landweir; — explication de l'article 4 , de la joyeuse entrée de Brabant i — vestiges de tous ces usages dans nos lois et nos mœurs.

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