DES COMMUNAUX
280. Il en est de ces trois espèces de droits, quant à leur origine et à leur titre , comme de tous les droits fonciers dont nous ayons traité dans les chapitres prëcédens ; car il n'est pas bien difficile , il est même impossible de ne pas reconnaître l'origine et le titre de tous ces droits dans la propriété foncière allodiale , lorsqu'en se formant une idée exacte de ces anciennes vittcBy on en considère Fétendue et l'organisation ; qu'on se pénètre bien de cette mérité incontestable , que nos seign&ii^ ries ne sont autre chose que ces vUlœ ; que le propriétaire de tous les fonds dont elle était composée , et le senteur de tous les individus qui les peuplaient; en un mot: qu'une villa n'était qu'une grosse forme, dont le propriétaire avait la justice
S06 ANALYSE DE L*ORIGIlf£ ET DES PROGRES
palatines, par tout le royaume, sur tous les arts et métiers, ayant que Ters le XIII® siècle , les arts et métiers eussent été constitués en collèges ou corps de métiers i^).
On y a pu yoir (N^ 464) , que ces grands officiers du palais, chefs des métiers, se permettaient beaucoup d'exactions; les grands Teneurs du palais et leurs lieutenans dans les divers comtés donnaient à cet égard matière à de fortes plaintes, comme il résulte de la lettre de Charlemagne à son fils Pépin, de l'année 807 (^) ; il s'en faut encore une fois de beaucoup , que l'obligation de nourrir les faucons et les chiens du prince fût fondée sur un titre féodal; car son origine remonte à l'origine du domaine des rois Francs , de la propriété duquel il dérive ; or , à cette époque , il n'existait pas de fiefs.
Charlemagne , en organisant , par son admirable capitulaire de l'année 800 , ses villas ou fermes clomaniales , oixlonne (^) à ses régisseurs , d'y ayoir toujours les provisions nécessaires pour la nourriture de ses chiens de chasse , dont il y avait des meutes dans chacun de ses palais ou vUJUb, u et habeant, c( quando servierint ad canes dandum(^). »
Au même temps , les quatre veneurs et le fauconnier en chef du palais devaient organiser leur service respectif de manière qu'une partie des chiens et faucons ou éperviers demeurât au palais pour le service de la chasse , et l'autre fut envoyée dehors , en fourière ; <( aut more solito foris nutriendi usque « ad tempus mitterentur^ aut tempore congruo jver destinaia c( loca, venandi causd, pariter et nutriendi disponerentur (^). »
(1) Voyez mon Histoire de V Origine des E iats Généraux ^ N"" 457 é 471.
(2) Capital. Toni. 1, Coh 461 et 452. ^ (8) C. 2S.
(4) Capitul. Tom. 1, Col. 8B5.
(5) HiHGMAB, de Ordine Palatii^ apud Doi Bouquet, Tom. 9, P. 268.
Cette nourriture consistait en son, qu'on appelait brerij bretir nunij dont apparemment on faisait du pain ou des gâteaux pour ces animaux; de là, le droit de honden brood et vcUcken^aeg, en français droit de chienage et de fauconnagey qui était connu dans le moyen-âge, sous le nom de brennage ou bernagei^).
Mais remarquons le bien, cette ordonnance de Charlemagne ne s'adresse qu'aux administrateurs de ses domaines; c'est dans la spensa ou dépôt des livres , le spicarium et disons Twster, de la ferme du palais , qu'il fait prendre cette nourriture ; et il ne permet pas à ses Teneurs et fauconniers d'aller exiger cette nourriture de ses sujets et dans les lieux qu'il plaira à ses officiers de chasse , mais seulement dans les parties de ses fermes , qui leur sont destinées pour gîtes , per destin nata loca; car ayant appris, que ses veneurs et fauconniers, dans leurs stations et dans leurs courses , exigeaient le logement et la nourriture, Charlemagne leur en fait défenses expresses et ordonne d'en faire des enquêtes par son capitulaire de 407 , que je yiens de citer.
Ce droit de chienage et de fauconnage ne consiste donc, . quant à son origine, que dans le droit naturel d'un propriétaire de disposer des produits de sa ferme suivant sa volonté et particulièrement de nourrir les animaux de la ferme du produit de la ferme.
Mais il en a été de ce droit, comme' des droits les plus légitimes , lorsqu'une fois ils se trouvent livrés à la merci de la convoitise appuyée par la force.
Après la mort de Charlemagne , comme il a été démontré , les grands du royauine se sont approprié ces villa dorunigales ,
(1) Du Càngb, verbo hren.