‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 10 sur 150 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

État de la question par rapport à l'auteur. Si elle est de la compétence des tribunaux civils. Manière injuste de la résoudre.

Non, monsieur, je ne vous blâme point de ne vous être pas joint aux représentants pour soutenir ma cause. Loin d'avoir approuvé moi-ménie cette démarclie , je m'y suis opposé de tout mon pouvoir, et mes parents s'en sont retirés à ma sollicitation. L'on s'est tu quand il fallait parler ; on a parlé quand il ne restait qu'à se taire. Je prévis l'inutilité des représentations, j'en pressentis les (Conséquences : je jugeai que leurs suites inévitables troubleraient le repos public, ou changeraient la constitution de l'état. L'événement a trop justifié mes craintes. Vous voilà réduits à l'alternative qui m'effrayait. La crise où vous êtes exige une autre délibératian dont je ne suis plus l'objet. Sur ce qui a été fait vous demandez ce que vous devez faire : vous considérez

l(jt> LETTRES lécRlTES DE LA MONTAGNE.

que l'effet de ces démarches, étant relatif au corps de la bourgeoisie , ne retombera pas moins sur ceux qui s'en sont abstenus que sur ceux qui les ont faites. Ainsi, quels qu'aient été d'abord les divers avis, l'intérêt commun doit ici tout réunir. Vos droits réclamés et attaqués ne peuvent plus demeurer en doute ; il faut qu'ils soient reconnus ou anéantis, et c'est leur évidence qui les met en péril. Il ne fallait pas approcher le flambeau durant l'orage ; mais aujourd'hui le feu est à la maison.

Quoiqu'il ne s'agisse plus de mes intérêts, mon honneur me rend toujours partie dans cette affaire ; vous le savez, et vousmeconsultez toutefois comme un homme neutre; vous supposez que le préjugé ne m'aveuglera point , et que la passion ne me rendra point injuste : je l'espère aussi; mais dans des circonstances si 'délicates, qui peut répondre de soi ? Je sens qu'il m'est impossible cje m'oublier dans une querelle dont je suis le sujet, et qui âmes malheurs pour première cause. Que ferai-je donc , monsieur, pour répondre à votre confiance et justifier votre estime autant qu'il est en moi? Le voici. Dans la juste défiance de moi-même, je vous dirai moins mon avis que mes raisons : vous les pèserez, vous comp^arerez , et vous choisirez. Faites plus , défiez-yous toujours, non de mes intentions^ Dieu le sait , elles sont pures , mais de mon jugement. L'homme le plus juste , quand il est ulcéré , voit rarement les choses comme elles sont. Je ne yeux sûrement pas vous tromper ; mais je puis me tromper : je le pourrais en toute autre chose, et cela

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