‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 103 sur 150 · PAIITIK II, LETTRE VII · texte numérisé non relu

PAIITIK II, LETTRE VII

ces tribunaux n'approuveront certainement pas des propositions qui leur seraient en particulier préjudiciables, si l'intérêt de l'état se trouve en conflit avec le leur, le dernier a toujom^s la préférence, parce qu'il n'est permis au législateur de connaître que de ce qu'ils ont approuvé. if

A force de tout soumettre à la règle, on détruit la première des règles, qui est la justice et le bien public. Quand les hommes sentiront-ils qu'il n'y a point de désordre aussi funeste que le pouvoir arbitraire , avec lequel ils pensent y remédier ? Ce pouvoir est lui-même le pire de tous les désordres : employer un tel moyen pour les prévenir, c'est tuer les gens afin qu'ils n'aient pas la fièvre.

Une grande troupe formée en tumulte peut faire beaucoup de mal. Dans une assemblée nombreuse, quoique régulière, si chacun peut dire et proposer ce qu'il veut , on perd bien du temps à écouter des folies, et l'on peut être en danger d'en faire. Voilà (les vérités incontestables. Mais est-ce prévenir l'abus d'une manière raisonnable , que de faire dépendre cette assemblée uniquement de ceux qui voudraient l'anéantir, et que nul n'y puisse rien proposer que ceux qui ont le plus grand intérêt de lui nuire ? Cai' , monsieur , n'est - ce pas exactement là l'état des choses? et y a-t-il un seul Genevois qui puisse douter que si l'existence du Conseil général dépendait tout-à-fait du petit Conseil , le Conseil général ne fut pour jamais supprimé ?

Voilà pourtant le corps qui seul convoque ces

assemblées et qui seul y propose ce qu'il lui plaît : car pour le Deux-cents , il ne fait que répéter les ordres du petit Conseil ; et quand une fois celui-ci sera délivré du Conseil général, le Deux-cents ne l'embarrassera guère ; il ne fera que suivre avec lui la route qu'il a frayée avec vous.

Or, qu'ai -je à craindre d'un supérieur incommode dont je n'ai jamais besoin , qui ne peut se montrer que quand je le lui permets, ni répondre que quand je l'interroge? Quand je l'ai réduit à ce point, ne puis-je pas m'en regarder comme délivré ?

Si l'on dit que la loi de l'état a prévenu l'abolition des Conseils généraux en les rendant nécessaires à l'élection des magistrats et à la sanction des nouveaux édits, je réponds, quant au premier point, que toute la force du gouvernement étant passée des mains des magistrats élus par le peuple dans celles du petit Conseil qu'il n'élit point, et d'où se tirent les principaux de ces magistrats, l'élection et l'assemblée où elle se fait ne sont plus qu'une vaine formalité sans consistance , et que des Conseils généraux tenus pour cet unique objet peuvent être regardés comme nuls. Je réponds encore que , par le tour que prennent les choses , il serait même aisé d'éluder cette loi sans que le cours des affaires en fût arrêté; car supposons que, soit par la réjection de tous les sujets présentés, soit sous d'autres prétextes , on ne procède point à l'élection des svndics , le Conseil , dans lequel leur juridiction se fond insensiblement, ne l'exercera-

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