PARTIE II, LETTRE VIII. Sq
Alors la pire jchqse naît de la meilleure,,..£lL.la loi qui sert de sauvegarde à la tyrannie est piusfune^e que la tyrannie ejile^méme. Voilà précisément ce que prévient le droit de représentation stipulé dans vos édits, et restreint mais confirmé par la médiation. Ce droit vous donne inspection , non plus sur la législation comme auparavant , mais sur l'administration ; et vos magistrats , tout puissants au nom des lois , seuls maîtres d'en proposer au législateur de nouvelles , sont soumis à ses jugements s'ils s'écartent de celles qui sont établies. Par cet article seul votre gouvernement, sujet d'ailleurs à plusieurs défauts considérables, devient le meilleur qui jamais ait existé : car quel meilleur gouvernement que celui dont toutes les parties se balancent dans un parfait équilibre, où les particuliers ne peuvent transgresser les lois, parce qu'ils sont soumis à des juges, et où ces juges ne peuvent pas non plus les transgresser , parce qu'ils sont surveillés par le peuple ?
Il est vrai que pour trouver quelque réalité dans cet avantage , il ne faut pas le fonder sur un vain droit : mais qui dit un droit ne dit pas une chose vaine. Dire à celui qui a transgressé la loi qu'il a transgressé la loi , c'est prendre une peine bien ri-
voyez comment prospèrent leurs états ! La population diminue partout d'un dixième tous les trente ans ; elle ne diminue point à la Chine. Le despotisme oriental se soutient , parce qu'il est plus sévère sur les grands que sur le peuple; il tire ainsi de lui-même son propre remède. J'entends dire qu'on commence à prendre à la Porte la maxime chrétienne. Si cela est , on verra dans peu ce qu'il en résultera.
clicule ; c'est lui apprendre une chose qu'il sait aussi bien que vous.
Le droit est, selon Puffendorf , une qualité morale par laquelle il nous est dû quelque chose. La simple liberté de se plaindre n'est donc pas un droit , ou du moins c'est un droit que la nature accorde à tous, et que la loi d'aucun pays n'ôte à personne. S'avisa- 1- on jamais de stipuler dans des lois que celui qui perdrait un procès aurait la liberté de se plaindre? s'avisa- 1- on jamais de punir quelqu'un pour l'avoir fait? Où est le gouvernement, quelque absolu qu'il puisse être , où tout citoyen n'ait pas le droit de donner des mémoires au prince ou à son ministre sur ce qu'il croit utile à l'état? et quelle risée n'exciterait pas un édit public par lequel on accorderait formellement aux sujets le droit de donner de pareils mémoires? Ce n'est pourtant pas dans un état despotique , c'est dans unç république , c'est dans une démocratie , qu'on donne authentiquement aux citoyens , aux membres du souverain, la permission d'user auprès de leur magistrat de ce même droit que nul despote n'ôta jamais au dernier de ses esclaves.
Quoi ! ce droit de représentation consisterait uniquement à remettre un papier qu'on est même dispensé de lire au moyen d'une réponse sèchement négative''? Ce droit, si solennellement stipulé en compensation de tant de sacrifices , se bornerait
<* Telle , par exemple , que celle que fit le Conseil , le i o août 1763, aux représentations remises le 8 à M. le premier syndic par nn grand nombre de citoyens et bourgeois.