PARTIE 11, r.KTTRE VIII
fausse pour vous faire mille difficultés chimériques sur l'autorité qui peut les obliger d'assembler le Conseil général. Il n'y a point d'autorité qui le puisse , hors celle des lois , quand ils les observent : mais l'autorité de la loi qu'ils transgressent retourne au législateur ; et , n'osant nier tout-à-fait qu'en pareil cas cette autorité ne soit dans le plus grand nombre, ils rassemblent leurs objections sur les moyens de le constater. Ces moyens seront toujours faciles, sitôt qu'ils seront permis ; et ils seront sans inconvénient, puisqu'il est aisé d'en prévenir les abus.
Il ne s'agissait là ni de tumultes ni de violence : il ne s'agissait point de ces ressources quelquefois nécessaires, mais toujours terribles, qu'on vous a très-sagement interdites ; non que vous en ayez jamais abusé, puisqu'au contraire vous n'en usâtes jamais qu'à la dernière extrémité, seulement pour votre défense, et toujours avec une modération qui peut-être eût dû vous conserver le droit des armes , si quelque peuple eût pu l'avoir sans danger. Toutefois je bénirai le ciel, quoi qu'il arrive, de ce qu'on n'en verra plus l'affreux appareil au milieu de vous. « Tout est permis dans les maux extrêmes , » dit plusieurs fois l'auteur des Lettres. Cela fût-il vrai , tout ne serait pas expédient. Quand l'excès de la tyrannie met celui qui la souffre au-dessus des lois, encore faut-il que ce qu'il tenie pour la détruire lui laisse quelque espoir d'y réussir. Voudrait - on vous réduire à cette extrémité? Je ne puis le croire ; et quand vous y seriez, je pense encore moins qu'au-
4o6 LETTRES ÉCRITES DE LA MO^TAGIVE.
cune A'oie de fait pût jamais vous en tirer. Dans votre position , toute fausse démarche est fatale , tout ce qui vous induit à la faire est un piège; et, fussiez -vous un instant les maîtres, en moins de quinze jours vous seriez écrasés pour jamais. Quoi que fassent vos magistrats, quoi que dise l'auteur des Lettres , les moyens violents ne conviennent point à la cause juste : sans croire qu'on veuille vous forcer à les prendre, je crois qu'on vous les verrait prendre avec plaisir; et je crois qu'on ne doit pas vous faire envisager comme une ressource ce qui ne peut que vous ôter toutes les autres. La justice et les lois sont pour vous. Ces appuis, je le sais, sont bien faibles contre le crédit et l'intrigue; mais ils sont les seuls qui vous restent : tenez-vous-y jusqu'à la fin.
Eh! comment approuverais-je qu'on voulût troubler la paix civile pour quelque intérêt que ce ftit , moi qui lui sacrifiai le plus cher de tous les miens ? Vous le savez, monsieur, j'étais désiré , sollicité ; je n'avais qu'à paraître , mes droits étaient soutenus , peut-être mes affronts réparés. Ma présence eût du moins intrigué mes persécuteurs', et j'étais dans une dé ces positions enviées dont quiconque aime à faire un rôle se prévaut toujours avidement. J'ai préféré l'exil perpétuel de ma patrie ; j'ai renoncé à tout, même à l'espérance, plutôt que d'exposer la tranquillité publique : j'ai mérité d'être cru.sincère lorsque je parle en sa faveur.
Mais pourquoi supprimer des assemblées paisibles et purement civiles , qui ne pouvaient avoir