‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 119 sur 150 · PARTIE 11, LETTRE VIII. /n'S · texte numérisé non relu

PARTIE 11, LETTRE VIII. /n'S

de la république, comme il sera montré ci-après; et jamais on n'y a pris que des résolutions sages et courageuses. On soutient ces assemblées contraires à la constitution , dont elles sont le plus ferme appui; on les dit contraires aux édits, et elles sont établies par les édits ; on les accuse de nouveauté, et elles sont aussi anciennes que la législation. Il n'y a pas une ligne dans ce préambule qui ne soit une fausseté ou une extravagance : et c'est sur ce bel exposé que la révocation passe, sans programme antérieur qui ait instruit les membres de l'assemblée de la proposition qu'on leur voulait faire, sans leur donner le loisir d'en délibérer entre eux, même d'y penser, et dans un temps où la bourgeoisie, mal instruite de l'histoire de son ejouvernement, s'en laissait aisément imposer par le magistrat !

Mais un moyen de nullité plus grave encore est la violation de l'édit dans sa partie à cet égard la plus importante , savoir la manière de déchiffrer les billets ou de compter les voix. Car dans l'article IV de l'édit de 1707, il est dit qu'on établira quatre secrétaires ad actum pour recueillir les suffrages, deux des Deux-cents et deux du peuple, lesquels seront choisis sur-le-champ par M. le premier syndic, et prêteront serment dans le temple; et toutefois , dans le Conseil général de 1 7 1 2 , sans aucun égard à l'édit précédent, on fait recueillir les suffrages par les deux secrétaires d'état. Quelle fut donc la raison de ce changement ? et pourquoi cette manœuvre illégale dans un point si capital ,

4l4 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.

comme si l'on eût voulu transgresser à plaisir la loi qui venait d'être faite? On commence par violer dans un article l'édit qu'on veut annuler dans un autre! cette marche est-elle régulière? Si, comme porte cet édit de révocation , l'avis du Conseil fut approuvé presque unanimement^ pourquoi donc la surprise et la consternation que marquaient les citoyens en sortant du Conseil , tandis qu'on voyait un air de trioiTiphe et de satisfaction sur les visages des magistrats ^? Ces différentes contenances sontelles naturelles à gens qui viennent d'être unanimement du même avis ?

Ainsi donc , pour arracher cet édit de révocation , l'on usa de terreur, de surprise , vraisemblablement

"^ Par la manière dont II m'est rapporté qu'on s'y prit, cette unanimité n'était pas difficile à obtenir , et il ne tint qu'à ces messieurs de la rendre complète.

Avant l'assemblée , le secrétaire d'état Mestrezat dit : « Laissez-les « venir; je les tiens. » Il employa, dit-on, pour cette fin, les deux mots approbation et rcjection , qui depuis sont demeurés en usage dans les billets : en sorte que , quelque parti qu'on prît , tout revenait au même. Car, si l'on choisissait approbation , l'on approuvait l'avis des Conseils , qui rejetait rassemblée périodique ; et si l'on prenait réjection , l'on rejetait l'assemblée périodique. Je n'invente pas ce fait , et je ne le rapporte pas sans autorité , je prie le lecteur de le croire : mais je dois à la vérité de dire qu'il ne me vient pas de Genève , et à la justice d'ajouter que je ne le crois pas vrai : je sais seulement que l'équivoque de ces deux mots abusa bien des votants sur celui qu'ils devaient choisir pour exprimer leur intention , et j'avoue encore que je ne puis Imaginer aucun motif honnête, ni aucune excuse légitime à la transgression de la loi , dans le recueillement des suffrages. Rien ne prouve mieux la terreur dont le peuple était saisi«que le silence avec lequel il laissa passer cette Irrégularité.

^ Ds disaient entre eux en sortant , et bien d'autres l'entendirent : o Nous venons de faire une grande journée. » Le lendemain nombre de citoyens furent se plaindre qu|on les avait trompés, et qu'ils n'avaient point entendu rejeter les "assemblées générales, mais l'avis des Conseils. On se moqua d'eux.

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