PARTIE I, LETTRE I. l^J
a punissables que ceux où sans détour on l'attaque « par le raisonnement ; qu'enfin ce que le Conseil « doit au maintien de la religion chrétienne dans sa (c pureté, au bien public, aux lois, et à l'honneur « du gouvernement, lui ayant fai-t porter cette sen- « tence, ne lui permet ni de la changer ni de l'al- « faiblir, »
Ce ue sont pas là toutes les raisons, objections et réponses qui ont été alléguées de part et d'autre : mais ce sont les principales , et elles suffisent pour établir , par rapport à moi , la question de fait et de droit.
Cependant comme l'objet, ainsi présenté, demeure encore un peu vague, je vais tâcher de le fixer avec plus de précision, de peur que vous n'étendiez ma défense à la partie de cet objet que je n'y veux pas embrasser. ., .
Je suis homme , et j'ai fait des livres ; j'ai donc fait aussi des erreurs*. J'en aperçois moi-même en assez grand nombre : je ne doute pas cjiif. d'autres n'en voient beaucoup davantage , et qu'il n'y en ait bien plus encore que ni moi ni d'autres ne voyons point. Si l'on ne dit que cela, j'y souscris.
Mais. quel auteur n'est pas dans le même cas, ou s'ose flatter de n'y pas être ? Là-dessus donc point de
"■ Exceptons, si Ton veut, les- livres de géométrie et leurs auteurs. Encore, s'il n'y a point d'erreurs dans les propositions mêmes, qui nous assurera qu'il n'y en ait point dans l'ordre de déduction , dans le choix , dans la méthode ? Eucllde démontre , et parvient à son but ; mais quel chemin prend-il ? combien n'erre - 1 - il pas dans sa iMiute? La science a beau être infaillible, l'homme qui la cultive se trompe souvent.
dispute. Si l'on me réfute et qu'on ait riiison , l'erreur est corrigée , et je me tais. Si l'on me réfute et qu'on a-it tort, je me tais encore: dois-je répondre du fait d'autrui? En tout état de cause, après avoir entendu les deilixparties,le public est juge; il prononce, le livre triomphe ou tombe, et le procès est fini.
Les erreurs des auteurs sont souvent fort indifférentes, mais il en est aussi de dommageables, même contre l'intention de celui qui les commet. On peut se tromper au préjudice du public comme au sien propre ; on peut nuire innocemment. Les controverses sur les matières de jurisprudence , de moi*ale, de religion, tombent fréquemment dans ce cas. Nécessairement un des deux disputants se trompe, et l'erreur sur ces matières, important toujours, devient faute; cependant on ne la punit pas quand on la présume involontaire.- Un homme n'est pas coupable pour nuire en voulant servir ; et si l'on poursuivait criminellement un auteur pour des fautes d'ignorance ou d'inadvertance, pour de mauvaises maximes qu'on pourait tirer de ses écrits très-conséquemment , mais contre son gré, quel écrivain pourrait se mettre à l'abri des poursuites? Il faudrait être inspiré du Saint-Esprit pour se faire auteur , et n'avoir que des gens inspirés du Saint-Esprit pour juges.
Si l'on ne m'impute que de pareilles fautes , je ne m'en défends pas plus que des eimples erreurs. Je ne puis affirmer n'en avoir point commis de telles, parce que je ne suis pas un ange; mais ces fautes qu'on prétend trouver dans mes écrits peu-