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vent fort biem n'y pas être , parce que ceux qui les y trouvent ne sont pas des anges non plus. Hommes et sujets à l'erreur ainsi que moi, sur quoi prétendent-ils que leur raison soit l'arbitre de la mienne, et que je sois punissable pour n'avoir pas pensé comme eux?
Le public est donc aussi le juge de semblaijies fautes; son blâme en est le seul châtiment. Nul ne peut se soustraire à ce juge ; et quant à moi je n'en appelle pas. Il est vrai quesile magistrat trouve ces fautes nuisibles , il peut défendrie le livre qui les contient; mais, je le répète , il ne peut punir pour cela l'auteur qui les a commises , puisque ce serait punir un délit qui peut être involontaire, et qu'on ne doit punir dans le mal que la volonté. Ainsi ce n'est point encore là ce dont il s'agit. •
Mais il y a bien de la différence entre un livre qui contient des erreurs nuisibles et un livre pernicieux. Des. principes établis,. la chaîne d'un raisonnement suivi, (les conséquences déduites, manifestent l'intention de l'auteur; et cette intention, dépendant de sa volonté, rentre sous la juridiction des lois. Si cette intention est évidemmerilt mauvaise, ce n'est plus erreur ni faute, c'est crime; ici tout chane^e. Il ne s'agit plus d'une dispute littéraire dontlepubhc juge selon la raison, mais d'un procès criminel qui doit être jugé dans les tribunaux selon toute la rigueur des lois: telle est la position critique» où m'ont mis des magistrats qui se disent justes, et des écrivains zélés qui les trouvent trop cléments. Sitôt qu'on m'apprête des prisons, des bourreaux, des
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chaînes, quiconque m'accuse est un délateur; il sait qu'il n'attaque pas seulement l'auteur, mais l'homme; il sait que ce qu'il écrit peut influer sur mon sorf" : ce n'est plus à ma seule réputation qu'il en veut , c'est à mon honneur , à ma liberté , à ma vie. Ceci , monsieur , nous ramène tout d'un coup à l'état de la question dont il me paraît que le public s'écarte. Si j'ai écrit des choses répréhensibles , on peut m'en blâmer , on peut supprimer le livre. Mais , pour le flétrir, pour m'attaquer personnellement, il faut plus ; la faute ne suffit pas, il faut un délit, un crime ; il faut que j'aie écrit à mauvaise intention un livre pernicieux, et que cela soit prouvé, non comme un auteur prouve qu'un autre auteur se trompe , niais' comme un accusateur doit convaincre devant le juge l'accusé. Pour être traité comme un malfaiteTir, il faut que je sois convaincu dé l'être. C'est la première question qu'il s'agit d'examiner. La seconde, en supposant le délit cons-
" Il y a quelques années qu'à la première apparition d'un livre célèbre , je résolus d'en attaquer les principes que je trouvais dangereux. J'exécutais cette entreprise quand j'appris que l'auteur était poursuivi. A l'instant je jetai mes feuilles au feu ' , jugeant qu'aucun devoir ne pouvait autoriser la bassesse de s'unir à la foule pour accabler un homme d'honneur opprimé. Quand tout fut pacifié , «j'eus occasion de dire mon sentiment sur le même sujet dans d'autres écrits ; mais je l'ai dit sans nommer le livre ni l'auteur. J'ai cru devoir ajouter ce respect pour son malheur à l'estime que j'eus toujours pour sa personne. Je ne crois point que cette façon de penser me soit particulière ; elle est commune à tous les honnêtes gens. Sitôt qu'sne affaire est portée au criminel , ils doivent se taire , à moins fju'ils ne soient appelés pour témoigner.
* Le livre de l'Esprît.
' Il les jeta en effet an feu , mais conserva l'exemplaire du livre ajix marges tlnqiiel elles étaient inscrites. C'est d'après cet exemplaire qu'elles ont été imprimées long-temps après cette éporpie.
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taté, est d'en fixer la nature, le lien où il a été commis, le tribnnal qui doit en juger, la loi qui le condamne, et la peine qui doit le punir. Ces deux questions une fois résolues décideront si j'ai été traité justement ou non.
Pour savoir si j'ai écrit des livres pernicieux, il faut en examiner les principes , et voir ce qu'il en résulterait si ces principes étaient admis. JComme j'ai traité beaucoup de matières, je dois me restreindre à celles sur lesquelles je suis poursuivi, savoir, Irréligion et le gouvernement. Commençons par le premier article, à l'exemple des juges qui ne se sont pas expliqués sur le second.
On trouve dans \ Emile la profession de. foi d'un prêtre catholique, et dans XHéloise celle d'une femme dévote. Ces deux pièces s'accordent assez pour qu'on puisse expliquer l'une par l'autre , et de cet accord on peut présumer avec quelque vraisemblance que si l'auteur qui a publié les livres où elles sont contenues ne les adopte pas en entier l'une et l'autre, du moins il les favorise beaucoup. De ces deux professions de fpi, la première étant la plus étendue et la seule où l'on ait trouvé le corps du délit, doit être examinée par préférence.
Cet examen, pour aller à son but, rend encore un éclaircissement nécessaire ; car remarquez bien qu'éclairciretdistinguer les propositions que brouillent et confondent mes accusateurs , c'est leur répondre. Comme ils disputent contre l'évidence , quand la question est bien posée ils sont réfutés.
Je distingue dans la religion deux parties, outre
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la forme du culte qui n'est qu'un cérémonial. Ces deux parties sont ie dogme et la morale. Je divise les dogmes encore en deux parties; savoir, celle qui, posant les principes de nos devoirs, sert de base à la morale, et celle qui, purement de foi, ne contient que des dogmes spéculatifs.
De cette division , qui me paraît exacte, résulte celle des sentiments sur la religion , d'une part en vrais , faux ou douteux , et de l'autre en bons, mauvais ou indifférents.
Le jugement des premiers appartient à la raison seule; et si les théologiens s'en sont emparés, c'est comme raisonneurs, c'est comme professeurs de la science par laquelle on parvient à la connaissance du vrai et du faux en matière de foi. Si l'ei-reur en cette partie est nuisible, c'est seulement à ceux qui errent, et'c'est seulement un préjudice pour la vie à venir, sin- laquelle les tribunajLix humains ne peuvent étendre leur compétence. Lorsqu'ils connaissent de cette matière , ce n'est plus comme ju^es du vrai et du faux , mais comme ministres des lois civiles qui règlent la forme extérieure du culte : il ne s'agit pas encore ici de cette partie ; il en sera traité ci-après.
Quant à la partie de la religion qui regarde la inouale, c'est-à-dire la justice, le bien public^ l'obéissance aux lois naturelles et positives, les vertus sociales et tous les devoirs de l'homme et du citoven , il appartient au gouvernement d'en connaître : c'est en ce point seul que la religion rentre directement sous sa juridiction, et qu'il doit bannir.
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non l'erreur dont il n'est pas juge, mais tout sentiment nuisible qui tend à couper le nœud social.
Voilà, monsieur, la distinction que vous avez à faire pour juger de cette pièce, portée au tribunal, non des prêtres , mais des magistra ts. J'avoue qu elle n'est pas toute affirmative. On y voit des objections et des doutes. Posons, ce qui n'est pas, que ces doutes soient des négations. Mais elle est affirmative dans sa plus grande partie ; elle est affirmative et démonstrative sur tous les points fondamentaux de la religion civile; elle est tellement décisive sur tout ce qui tient à la Providence éternelle , à l'amour du prochain, à la justice, à la paix, au bonlieiu" des hommes, aux lois de la société, à toutes les vertus , que les objections , les doutes même, y ont pour objet quelque avantage ; et je défie qu'on m'y montre un seul point de doctrine attaqué que je ne prouve être nuisible aux hommes ou par lui-même ou par ses inévitables effets.
La religion est utile et même nécessaire aux peuples. Cela n'est-il pas dit, soutenu, prouvé dans ce même écrit? Loin d'attaquer les vrais principes de la religion, l'auteur les pose, les affermit de tout son pouvoir ; ce qu'il attaque , ce qu'il combat , ce qu'il doit combattre, c'est le fanatisme aveugle, la superstition cruelle, le stupide préjugé. Mais il faut, disent-ils, respecter tout bêla. Mais pourquoi ? Parce que c'est ainsi qu'on mène les peuples. Oui , c'est ainsi qu'on les mène à leur perte. La superstition est le plus terrible fléau du genre humain ; elle abrutit les simples, elle persécute les sages, elle R. VI. ra
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enchaîne les nations , elle fait partout cent maux effroyables : quel bien fait-elle ? aucun ; si elle en fait, c'est aux tyrans; elle est leur arme la plus terrible, et cela même est le plus grand mal qu'elle ait jamais fait.
Ils disent qu'en attaquant la superstition je veux détruire la religion même : comment le savent-ils? Pourquoi confondent-ils ces deux causes que je distingue avec tant de soin? Comment ne voiçnt-ils point que cette imputation réfléchit contre eux dans toute sa force, et que la religion n'a point d'ennemis plus terribles que les défenseurs de la superstition? Il serait bien cruel qu'il fût si aisé d'inculper l'intention d'un homme , quand il est si difficile de la justifier. Par cela même qu'il n'est pas prouvé qu'elle est mauvaise , on la doit juger bonne : autrement qui pourrait être à l'abri des jugements arbitraires de ses ennemis ? Quoi ! leur simple affirmation fait preuve de ce qu'ils ne peuvent savoir ; et la mienne, jointe à toute ma conduite, n'établit point mes propres sentiments ? Quel moyen me reste donc de les faire connaître ? Le bien que je sens dans mon cœur, je ne puis le montrer, je l'avoue : mais quel est l'homme abominable qui s'ose vanter d'y voir le mal qui n'y fut jamais?
Plus on serait coupable de prêcher l'irréligion , dit très-bien M. d'Alembert, plus il est criminel d'en accuser ceux qui ne la prêchent pas en effet. Ceux qui jugent publiquement de mon christianisme montrent seulement l'espèce du leur ; et la seule chose qu'ils ont prouvée est qu'eux et moi n'avons
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pas la même religion. Voilà précisément ce qui les facile: on sent que le mal prétendu les aigritmoins que le bien même. Ce bien qu'ils sont forcés de trouver dans mes écrits les dépite et les gène ; réduits à le tourner en mal encore, ils sentent qu'ils se découvrent trop. Combien ils seraient plus à leur aise si ce bien n'y était pas !
Quand on ne me juge point sur ce que j'ai dit, mais sur ce qu'on assure que j'ai voulu dire, quand on cherche dans mes intentions le mal qui n'est pas dans mes écrits , que puis-je faire ? Ils démentent mes discours par mes pensées; quand j'ai dit blanc, ils affirment que j'ai voulu dire noir; ils se mettent à la place de Dieu pour faire l'œuvre du diable : comment dérober ma tête à des coups portés de si haut?
Pour prouver que l'auteur n'a point eu l'horrible intention qu'ils lui prêtent , je ne vois qu'un moyen , c'est d'en juger sur l'ouvrage, 'Ah ! qu'on en juge ainsi , j'y consens ; mais cette tâche n'est pas la mienne, et un examen suivi sous ce point de .vue serait de ma part une indignité. Non, monsieur, il n'y a ni malheur ni flétrissure qui puissent me réduire à cette abjection. Je croirais outrager l'auteur, l'éditeur, le lecteur même,par une justification d'autant plus honteuse qu'elle est plus facile. C'est dégrader la vertu que montrer qu'elle n'est pas un crime, c'est obscurcir l'évidence que prouver qu'elle est la vérité. Non, lisez et jugez vous-même. Malheur à vous si, durant cette lecture, votre cœur ne bénit pas cent fois l'homme vertueux et ferme qui ose instruire ainsi les humains !
la.
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Eh ! comment me résoudrais-je à justifier cet ouvrage, moi qui crois effacer par lui les fautes de ma vie entière , moi .qui mets les maux qu'il m'attire en compensation de ceux que j'ai faits, moi qui, plein de confiance , espère un jour dire au Juge suprême : Daigne juger dans ta clémence un homme faible ; j'ai fait le mal sur la terre, mais j'ai publié cet écrit.
Mon cher monsieur, permettez à mon cœur gonflé d'exhaler de temps en temps ses soupirs ; mais soyez sûr que dans mes discussions je ne mêlerai ni déclamations ni plaintes : je n'y mettrai pas même la vivacité de mes adversaires ; je raisonnerai toujours de sang froid. Je reviens donc.
Tâchons de prendre un milieu qui vous satisfasse et qui ne m'avilisse pas. Supposons un moment la profession de foi du vicaire adoptée en un coin du monde chrétien, et voyons ce qu'il en résulterait en bien et en mal. Ce ne sera ni l'attaquer ni la défendre ; ce sera la juger par ses effets.
Je vois d'abord les choses les plus nouvelles sans aucune apparence de nouveauté ; nul changement dans le culte, et de grands changements dans les coeurs, des conversions sans éclat, de la foi sans dispute , du zèle sans fanatisme , de la raison sans impiété ; peu de dogmes et beaucoup de vertus, la tolérance du philosophe et la charité du chrétien.
Nos prosélytes auront deux règles de foi qui n'en font qu'une : la raison et l'Evangile ; la seconde sera d'autant plus immuable qu'elle ne se fondera que