PARTIE II, LETTRE IX
est d'établir le prétendu droit négatif dans la plénitude que lui donnent les usurpations du Conseil. C'est à ce but que tout se rapporte, soit directement, par un enchaînement nécessaire, soit indirectement, par un tour d'adresse, en donnant le change au public sur le fond de la question.
Les imputations qui me regardent sont dans le premier cas. Le Conseil m'a jugé contre la loi : des représentations s'élèvent. Pour établir le droit négatif, il faut éconduire les représentants; pour les éconduire, il faut prouver qu'ils ont tort; pour prouver qu'ils ont tort, il faut soutenir que je suis coupable, mais coupable à tel point, que, pour punir mon crime, il a fallu déroger à la loi.
Que les hommes frémiraient au premier mal qu'ils font s'ils voyaient qu'ils se mettent dans la triste nécessité d'en toujours faire, d'être méchants toute leur vie pour avoir pu l'être un moment, et de poursuivre jusqu'à la mort le malheureux qu'ils ont une fois persécuté !
La question de la présidence des svndics dans les tribunaux criminels se rapporte au second cas. Croyez-vous qu'au fond le Conseil s'embarrasse beaucoup que ce soient des syndics ou des conseillers qui président, depuis qu'il a fondu les droits des premiers dans tout le corps? Les syndics, jadis choisis parmi tout le peuple '^, ne l'étant plus que dans le Conseil , de chefs qu'ils étaient des autres
°- On poussait si loin l'attention pour qu'il n'y eût dans ce choix ni exclusion ni préférence autre que celle du mérite, que, par un édit qui a été abrogé , deux syndics devaient toujours être pris dans le bas de la ville et deux dans le haut.
magistrats , sont deîiieiirés leurs collègues , et vous avez pu voir clairement dans cette affaire que vos syndics j peu jaloux d'une autorité passagère, ne sont plus que des conseillers. INIais on feint de traiter cette question comme importante , pour vous distraire de celle qui l'est véritablement, pour vous laisser croire encore que vos premiers magistrats sont toujours élus par vous, et que leur puissance est toujours la même.
Laissons donc ici ces questions accessoires, que, par la manière dont l'auteur les traite , on voit qu'il ne prend guère à cœur. Bornons-nous à peser les raisons qu'il allègue en faveur du droit négatif, auquel il s'attache avec plus de soin , et par lequel seul, admis ou rejetés, vous êtes esclaves ou libres.
L'art qu'il emploie le plus adroitement pour cela est de réduire en propositions générales un système dont on verrait trop aisément le faible s'il en faisait toujours l'application. Pour vous écarter de l'objet particulier, il flatte votre amour-propre en étendant vos vues sur de grandes questions; et tandis qu'il met ces questions hors de la portée de ceux qu'il veut séduire, il les cajole et les gagne en paraissant les traiter en hommes d'état. Il éblouit ainsi le peuple pour l'aveugler, et change en thèses de philosophie des questions qui n'exigent que du bon sens , afin qu'on ne puisse l'en dédire , et que , ne l'entendant pas , on n'ose le désavouer.
Vouloir le suivre dans ses sophismes abstraits , serait tomber dans la faute que je lui reproche. D'ailleurs , sur des questions ainsi traitées, on prend