‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 138 sur 150 · PARTIE II, LETTRE IX · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE IX

réveillent , et après cent soixante ans d'indolence , ils réclament enfin tout de bon leur droit. Alors , au lieu de céder ou temporiser, on trame une conspiration ". Le complot se découvre ; les bourgeois sont forcés de prendre les armes, et par cette violente entreprise le Conseil perd en un moment un siècle d'usurpation.

A peine tout semble pacifié, que, ne pouvant endurer cette espèce de défaite , on forme un nouveau complot. Il faut derechef recourir aux armes : les puissances voisines interviennent, et les droits mutuels sont enfin réglés.

En 1 65o , les Conseils inférieurs introduisent dans leurs corps une manière de recueillir les suffrages, meilleure que celle qui est établie, mais qui n'est pas conforme aux édits. On continue en Conseil général de suivre l'ancienne, où se glissent bien des abus; et cela dure cinquante ans et davantage ,

"^ Il s'agissait de former , par une enceinte barricadée , une espèce de citadelle autour de l'élévation sur laquelle est l'Hôtel-de- ville , pour asservir de là tout le peuple. Les bois déjà préparés pour cette enceinte , un plan de disposition pour la garnir , les ordres donnés en conséquence aux capitaines de la garnison , des transports de munitions et d'armes de l'arsenal à l'Hôtel -de- ville , le tamponnement de vingt-deux pièces de canon dans un boulevard éloigné , le transmarchement clandestin de plusieurs auties , en un mot tous les apprêts de la plus violente entreprise faits sans l'aveu des Conseils par le syndic de la garde et d'autres magistrats , ne purent suffire, quand tout cela fut découvert, pour obtenir qu'on fit le procès aux . coupables , ni même qu'on Improuvât nettement leur projet. Cependant la bourgeoisie, alors maîtresse de la place, les laissa paisiblement sortir sans troubler leur retraite, sans leur faire la moindre insulte, sans entrer dans leurs malsons, sans inquiéter leurs familles, sans toucher à rien qui leur appartînt. En tout autre pays le peuple qpt commencé par massacrer ces conspirateurs et mettre leurs maisons au pillage.

avant que les citoyens songent à se plaindre de la contravention , ou à demander l'introduction d'un pareil usage dans le Conseil dont ils sont membres. Ils la demandent enfin ; et ce qu'il y a d'incroyable est qu'on leur oppose tranquillement ce même édit qu'on viole depuis un demi-siècle.

En 1707 , un citoyen * est jugé clandestinement contre les lois, condamné, arquebuse dans la prison ; un autre est pendu sur la déposition d'un seul faux témoin connu pour tel; un autre est trouvé mort : tout cela passe , et il n'en est plus parlé qu'en 1734 , que quelqu'im s'avise de demander au magistrat des nouvelles du citoyen arquebuse trente ans auparavant.

En 1736, on érige des tribunaux criminels sans syndics. Au milieu des troubles qui régnaient alors , les citoyens, occupés de tant d'autres affaires , ne peuvent songer à tout. En 1768, on répète la même manœuvre : celui qu'elle regarde veut se plaindre ; on le fait taire, et tout se tait. En 1762 , on la renouvelle encore*. Les citoyens se plaignent enfin

Pierre Fatio. Voyez le Précis mis en tête de cet ouvrage.

"^ Et à quelle occasion! Voilà une inquisition d'état à faire frémir. Est-il concevable que , dans un pays libre , on punisse criminellement un citoyen pour avoir, dans une lettre à un autre citoyen, non imprimée, raisonné en termes décents et mesurés sur la conduite du magistrat envers un troisième citoyen ? Trouvez-vous des exemples de violences pareilles dans les gouvernements le.s plus absolus ? A la retraite de M. de Silhouette , je lui écrivis une lettre qui courut Paris ". Cette lettre était d'une hardiesse que je ne trouve pas moimême exempte de blâme ; c'est peut-être la seule chose répréhensible que j'aie écrite en ma vie. Cependant m'a-t-on dit le moindre mot à ce sujet? on n'y a pas même songé. En France, on punit les libelle*;

« Voyez cette lettre au Livre x des Confessions.

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