PARTIE I, LETTRE I. l
n heure ; nous vous en félicitons de tout ndtre cœur. «Votre raison peut être supérieure à la nôtre; mais « ce n'est pas à dire qu'elle doive nous servir de « loi. Nous consentons que vous sachiez tout; souf- « frez que nous ignorions quelque chose.
« Vous nous demandez si nous admettons tout « l'Evangile. Nous admettons tous les enseignements «qu'a donnés Jésus-Christ. L'utilité, la nécessité « de la plupart de ces enseignements nous frappe , « et nous tâchons de nous y conformer. Quelques- « uns ne sont pas à notre portée; ils ont été don- « nés sans doute pour des esprits plus intelligents « que nous. Nous ne croyons point avoir atteint « les limites de la raison humaine , et les hommes « plus pénétrants ont besoin de préceptes plus « élevés.
« Beaucoup de choses dans l'Évangile passent « notre raison, et même la choquent; nous ne les « rejetons pourtant pas. Convaincus de la faiblesse « de notre entendement, nous savons respecter ce «que nous ne pouvons concevoir, quand l'asso- « dation de ce que nous concevons nous le fait ju- « ger supérieur à nos lumières. Tout ce qui nous « est nécessaire à savoir pour être saints nous pa- « raît clair dans l'Evangile; qu'avons-nous besoin « d'entendre le reste ? Sur ce point nous demeurons «ignorants, mais exempts d'erreur, et nous n'en « serons pas moins gens de bien ; cette humble ré- « serve elle-même est l'esprit de l'Evangile.
« Nous ne respectons pas précisément ce livre « sacré comme livre , mais comme la parole et la
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« vie de Jésus- Christ. Le caractère de vérité , de « sagesse et de sainteté qui s'y trouve, nous ap- « prend que cette histoire n'a pas été essentiellece ment altérée; mais il n'est pas démontré pour « nous qu'elle ne l'ait point été du tout. Qui sait si « les choses que nous n'y comprenons pas ne sont « point des fautes glissées dans le texte ? Qui sait « si des disciples si fort inférieurs à leur maître l'ont « bien compris et bien rendu partout? Nous ne dé- « cidons point là-dessus ; nous ne présumons pas « même, et nous ne vous proposons des conjec- « tures que parce que vous l'exigez.
« Nous pouvons nous tromper dans nos idées , « mais vous pouvez aussi vous tromper dans les « vôtres. Pourquoi ne le pourriez-vous pas , étant « hommes? Vous pouvez avoir autant de bonne foi « que nous , mais vous n'en sauriez avoir davan- « tage ; vous pouvez être plus éclairés , mais vous « n'êtes pas infaillibles. Qui jugera donc entre les « deux partis? Sera-ce vous? cela n'est pas juste. « Bien moins sera-ce nous, qui nous défions si fort « de nous-mêmes. Laissons donc cette décision au « juge commun qui nous entend; et, puisque nous « sommes d'accord sur les règles de nos devoirs ré- «cipropres, supportez-nous sur le reste comme « nous vous supportons. Soyons hommes de paix , « soyons frères ; unissons-nous dans l'amour de « notre commun maître, dans la pratique des ver-
'^ Où en seraient les simples fidèles, si l'on ne pouvait savoir cela que par des discussions de critique , ou par l'autorité des pasteurs ? De quel front ose-t-on faire dépendre la foi de tant de science ou de iant de soumission ?