PARTIE I, LETTRE I. I
1er cherchant avec une mahgne exactitude toutes les erreurs , toutes les propositions équivoques, suspectes, ou inconsidérées , toutes les inconséquences qui peuvent échapper dans le détail à un auteur surchargé de sa matière, accablé des nombreuses idées qu'elle lui suggère, distrait des unes par les autres, et qui peut à peine assembler dans sa -tète toutes les parties de son vaste plan ; s'il était permis de faire un amas de toutes ses fautes, de les aggraver les unes par les autres, en rapprochant ce qui est épars , en liant ce qui est isolé : puis , taisant la multitude de choses bonnes et louables qui les démentent, qui les expliquent, qui les rachètent , qui montrent le vrai but de l'auteur, de donner cet affreux recueil pour celui de ses p^nncipes, d'avancer que c'est là le résumé de ses vrais sentiments, et de le juger sur un pareil extrait? Dans quel désert faudrait -il fuir, dans quel antre faudrait-il se cacher pour échapper aux poursuites de pareils hommes , qui , sous l'apparence du mal •> puniraient le bien , qui compteraient pour rien le cœur, les intentions , la droiture partout évidente , et traiteraient la faute la plus légère et la plus involontaire comme le crime d'un scélérat ? Y a-t-il un seul livre au monde , quelque vrai , quelque bon , quelque excellent qu'il puisse être , qui pût échapper à cette infâme inquisition ? Non , monsieur, il n'y en a pas un , pas un seul , non pas l'Évangile même : car le mal qui n'y serait pas , ils sauraient l'y mettre par leurs extraits infidèles, par leurs fausses interprétations.
« Nous VOUS déférons , oseraient-ils dire, un livre « scandaleux, téméraire, impie, dont la morale est « d'enrichir le riche et de dépouiller " le pauvre ; « d'apprendre aux enfants à renier leur mère et leurs ce frères '^, de s'emparer sans scrupule du bien d'au- (c trui '', de n'instruire point les méchants, de peur « qu'ils ne se corrigent et qu'ils n.^ soient pardon- « nés '^, de haïr père, mère, femme, enfants, tous « ses proches " ; un livre où l'on souffle partout le « feu de la discorde/, où l'on se vante d'armer le fils (c contre le père ?, les parents l'un contre l'autre '\ « les domestiques contre leurs maîtres «, où l'on apte prouve la violation des lois'^, où l'on impose en dece voir la persécution ^, où, pour porter les peuples « au brigandage, on fait du bonheur éternel le prix (c de la force et la conquête des hommes violents '"■. »
Figurez-vous une ame infernale analysant ainsi tout l'Évangile , formant de cette calomnieuse analyse , sous le nom de Profession de foi évaiigélique , un écrit qui ferait horreur, et les dévots pharisiens prônant cet écrit d'un air de triomphe comme l'abrégé des leçons de Jésus-Christ. Voilà pourtant jusqu'où peut mener cette indigne méthode. Quiconque aura lu mes livres , et lira les imputations de ceux qui m'accusent , qui me jugent , qui me condamnent, qui me poursuivent, verra que c'est ainsi que tous m'ont traité.
« Matth. , XIII ,12; Luc , XIX , 26. — * Matth. , xii , 48 ; Marc , ui , 33. — '^ Ibid. , XI, 2; Luc, XIX, 3o. — " Marc, iv, 12 ; Jean, XII, 4o- — '^ Luc, xiT , 26. — /Matth. , x, 34 ; Luc, xii, 5i , Sa. — g Matth., x, 35; Luc, xii , 53. — >' Ihid. — ' Matth. , x, 36. - — ^ Matth. , XII , 2 et seq. — ^ Luc , xiv , 2 3. — "' Matth. , xi , 12.