PARTIE I, LETTRE II
sens de ce qu'ils ont dit d'intelligible pour justifier leur procédé.
Je ne vois à cela que trois petites difficultés : la première, de savoir quelle est cette religion de l'état; la seconde, de montrer comment je l'ai attaquée ; la troisième , de trouver cette loi selon laquelle j'ai été jugé.
Qu'est-ce que la religion de l'état? c'est la sainte réformation évangélique. Voilà, sans contredit, des mots bien sonnants. Mais qu'est-ce , à Genève aujourd'hui , que la sainte réformation évangélique? Le sauriez-vous, monsieur , par hasard? En ce cas , je vous en félicite : quant à moi , je l'ignore. J'avais cru le savoir ci-devant; mais je me trompais ainsi que bien d'autres , plus savants que moi sur tout autre point , et non moins ignorants sur celui-là.
Quand les réformateurs se détachèrent de l'Église romaine, ils l'accusèrent d'erreur ; et pour corriger cette erreur dans sa source, ils donnèrent à l'Ecriture im autre sens que celui que l'Eglise lui donnait. On leur demanda de quelle autorité ils s'écartaient ainsi de la doctrine reçue :ils dirent que c'était de leur autorité propre, de celle de leur raison. Ils dirent que le sens de la Bible étant intelligible et clair à tous les hommes en ce qui était du salut, chacun était juge compétent de la doctrine, et pouvait interpréter la Bible , qui en est la règle , selon son esprit particulier ; que tous s'accorderaient ainsi sur les choses essentielles; et que celles sur lesquelles ils ne pourraient s'accorder ne l'étaient point.
Voilà donc l'esprit particulier établi pour unique interprète de l'Ecriture ; voilà l'autorité de l'Église rejetée; voilà chacun mis, pour la doctrine, sous sa propre juridiction. Tels sont les deux points fondamentaux de la réforme : reconnaître la Bible pour règle de sa croyance, et n'admettre d'autre interprète du sens de la Bible que soi. Ces deux points combinés forment le principe sur lequel les chrétiens réformés se sont séparés de l'Eglise romaine : et ils ne pouvaient moins faire sans tomber en contradiction ; car quelle autorité interprétative auraient-ils pu se réserver, après avoir rejeté celle du corps de l'Eglise.
Mais, dira-t-on , comment, sur un tel principe, les réformés ont-ils pu se réunir? comment, voulant avoir chacun leur façon de penser, ont-ils fait corps contre l'Église catholique? Ils le devaient faire : ils se réunissaient en ceci, que tous reconnaissaient chacun d'eux comme juge compétent pour lui-même. Ils toléraient et ils devaient tolérer toutes les interprétations, hors une, savoir celle qui ôte la liberté des interprétations. Or cette unique interprétation qu'ils rejetaient était celle des catholiques. Ils devaient donc proscrire de concert Rome seule, qui les proscrivait également tous. La diversité même de leurs façons de penser sur tout le reste était le lien commun qui les unissait. C'étaient autant de petits états hgués contre une grande puissance, et dont la confédération générale n'ôtait rien à l'indépendance dé chacun.
Voilà comment la réformation évangélique s'est