PARTIE I, LETTRE IJI
sans prononcer sur leur nature, dussions-nous être cent fois décrétés. Car enfin l'autorité des lois ne peut s'étendre jusqu'à nous forcer de mal raisonner ; et c'est pourtant ce qu'il faut faire pour trouver nécessairement un miracle où la raison ne peut voir qu'un fait étonnant.
Quand il serait vrai que les catholiques ont lui moyen sûr pour eux de faire cette distinction , que s'ensuivrait-il pour nous ? Dans leur système , lorsque l'Église une fois reconnue a décidé qu'un tel fait est un miracle , il est un miracle ; car l'Église ne peut se tromper. Mais ce n'est pas aux catholiques que j'ai à faire ici , c'est aux réformés. Ceuxci ont très-bien réfuté quelques parties de la Profession de foi du vicaire , qui , n'étant écrite que contre l'Église romaine, ne pouvait ni ne devait rien prouver contre eux. Les catholiques pourront de même réfuter aisément ces lettres , parce que je n'ai point à faire ici aux catholiques, et que nos principes ne sont pas les leurs. Quand il s'agit de montrer que je ne prouve pas ce que je ïi'ai pas voulu prouver, c'est là que mes adversaires triomphent.
De tout ce que je viens d'exposer, je conclus que les faits les plus attestés , quand même on les admettrait dans toutes leurs circonstances, ne prouveraient
augustes preuves de la mission du Rédempteur du genre humain , les preuves qui doivent l'attester à tous les peuples de tous les âges , et dont nul ne saurait douter, sous peine de damnation! Juste Dieu! la tète tourne ; on ne sait où l'on est. Ce sont donc là , messieurs , les fondements de votre foi ? La mienne en a de plus sûrs , ce me semble.
rien, et qu'on peut même y soupçonner de l'exagération clans les circonstances, sans inculper la bonne foi de ceux qui les ont rapportés. Les découvertes continuelles qui se font dans les lois de la nature , celles qui probablement se feront encore , celles qui resteront toujours à faire; les progrès passés, présents et futurs de l'industrie humaine; les diverses bornes que donnent les peuples à l'ordre des possibles, selon qu'ils sont plus ou moins éclairés; tout nous prouve que nous ne pouvons connaître ces bornes. Cependant il faut qu'un miracle, pour être vraiment tel , les passe. Soit donc qu'il y ait des miracles, soit qu'il n'y en ait pas, il est impossible au sage de s'assurer que quelque fait que ce puisse être en est un.
Indépendamment des preuves de cette impossibilité que je viens d'établir , j'en vois une autre non moins forte dans la supposition même : car accordons qu'il y ait de vrais miracles ; de quoi nous serviront-ils s'il y a aussi de faux miracles , desquels il est impossible de les discerner? Et faites bien attention que je n'appelle pas ici faux miracle un miracle qui n'est pas réel, mais un acte bien réellement surnaturel, fait pour soutenir une fausse doctrine. Comme le mot de miracle en ce sens peut blesser les oreilles pieuses , employons un autre mot , et donnons-lui le nom àe prestige ; mais souvenons-nous qu'il est impossible aux sens humains de discerner un prestige d'un miracle.
La même autorité qui atteste les miracles atteste aussi les prestiges; et cette autorité prouve encore