‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 54 sur 150 · PARTIE I, LETTRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE IV

On ne saurait dire, non plus, que j'ai enfreint ce premier article par les livres condamnés, puisque je n'ai point cessé de m'y déclarer protestant. D'ailleurs , autre chose est la conduite , autre chose sont les écrits. Vivre selon la réformation, c'est professer la réformation , quoiqu'on se puisse écarter par erreur de sa doctrine dans de blâmables écrits, ou commettre d'autres péchés qui offensent Dieu, mais qui , par le seul fait , ne retranchent pas le délinquant de l'Église. Cette distinction , quand on pourrait la disputer en général, est ici dans le serment même , puisqu'on y sépare en deux articles ce qui n'en pourrait faire qu'un, si la profession de la religion était incompatible avec toute entreprise contre la religion. On y jure, par le premier, de vivre selon la réformation; et l'on y jure, par le dernier, de ne rien entreprendre contre la réformation. Ces deux articles sont très-distincts, et même séparés par beaucoup d'autres. Dans le sens tlu législateur, ces deux choses sont donc séparables : donc, quand j'aurais violé ce dernier article, il ne s'ensuit pas que j'aie violé le premier.

Mais ai-je violé ce dernier article ?

Voici comment l'auteur des Lettres écrites de la campagne établit l'affirmative, page 3o :

« Le serment des bourgeois leur impose l'obli- « gation de ne faire, ne souffrir être faites aucunes ^^^ pratiques , machinations ou entreprises contre la (c sainte réformation évangélique. Il semble que c'est « un peu " pratiquer et machiner contre elle , que

" Cet un peu, si plaisant et si différent du ton grave et décent

'i66 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.

« de chercher à prouver dans deux Hvres si sédni- « sants , que le pur Évangile est absurde en lui- « même et pernicieux à la société. Le Conseil était « donc obligé de jeter un regard sur celui que tant « de présomptions si véhémentes accusaient de cette « entreprise. »

Voyez d'abord que ces messieurs sont agréables! Il leur semble entrevoir de loin un peu de pratique et de machination : sur ce petit semblant éloigné d'une petite manœuvre, ils jettent un regard sur celui qu'ils en présument l'auteur; et ce regard est un décret de prise de corps.

Il est vrai que le même auteur s'égaie à prouver ensuite que c'est par pure bonté pour moi qu'ils m'ont décrété. « Le Conseil, dit- il, pouvait ajour- « ner personnellement M. Rousseau, il pouvait rasce signer pour être ouï, il pouvait le décréter.... De « ces trois partis, le dernier était incomparablece ment le plus doux.... ce n'était au fond qu'un ce avertissement de ne pas revenir , s'il ne voulait ce pas s'exposer à une procédure , ou, s'il voulait s'y ce exposer , de bien préparer ses défenses (page 3 1 ). »

Ainsi plaisantait, dit Brantôme, l'exécuteur de l'infortuné don Carlos, infant d'Espagne. Comme le prince criait et voulait se débattre : ce Paix, monce seigneur, lui disait -il en l'étranglant, tout ce ce qu'on en fait n'est que pour votre bien. »

Mais quelles sont donc ces pratiques et machi-

du reste des Lettres , ayant été retranché dans la seconde édition , je m'abstiens d'aller en quête de la griffe à qui ce petit bout, non d'oreille, mais d'ongle, appartient.

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