‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 55 sur 150 · PARTIE I, LETTRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE IV

nations dont on m'accuse? Pratiquer, si j'entends ma langue, c'est se ménager des intelligences secrètes; machiner, c'est faire de sourdes menées, c'est faire ce que certaines gens font contre le christianisme et contre moi. Mais je ne conçois rien de moins secret , rien de moins caché dans le monde que de publier un livre et d'y mettre son nom. Quand j'ai dit mon sentiment sur quelque matière que ce fût , je l'ai dit hautement, à la face du public; je me suis nommé, et puis je suis demeuré tranquille dans ma retraite : on me persuadera difficilement que cela ressemble à des pratiques et machinations.

Pour bien entendre l'esprit du serment et le sens des termes, il faut se transporter au temps où la formule en fut dressée, et où il s'agissait essentiellement pour l'état de ne pas retomber sous le double joug qu'on venait de secouer. Tous les jours on découvrait quelque nouvelle trame en faveur de la maison de Savoie, ou des évéques, sous prétexte de religion. Voilà sur quoi tombent clairement les mots de pratiques et de machinations , qui , depuis que la langue française existe, n'ont sûrement jamais été employés pour les sentiments généraux qu'un homme publie dans un livre où il se nomme, sans projet, sans objet, sans vue particulière, et sans trait à aucun gouvernement. Cette accusation paraît si peu sérieuse à l'auteur même qui l'ose faire, qu'il me TQConnaXt Jîdèle aux devoirs du citoyen (page 8). Or, comment pourrais-je l'être, si j'avais enfreint mon serment de bourgeois?

Il n'est donc pas vrai que j'aie enfreint ce serment. J'ajoute que, quand cela serait vrai , rien ne serait plus inouï dans Genève en choses de cette espèce, que la procédure faite contre moi. Il n'y a peut-être pas de bourgeois qui n'enfreigne ce serment en quelque article «, sans qu'on s'avise pour cela de lui chercher querelle , et bien moins de le décréter.

On ne peut pas dire, non plus, que j'attaque la morale dans un livre où j'établis de tout mon pouvoir la préférence du bien général sur le bien particulier, et où, je rapporte nos devoirs envers les hommes à nos devoirs envers Dieu , seul principe sur lequel la morale puisse être fondée , pour être réelle et passer l'apparence. On ne peut pas dire que ce livre tende en aucune sorte à troubler le culte établi ni l'ordre public , puisqu'au contraire j'y insiste sur le respect qu'on doit aux formes éta. blies , sur l'obéissance aux lois en toute chose , même en matière de religion , et puisque c'est de cette obéissance prescrite qu'un prêtre de Genève m'a le plus aigrement repris.

Ce délit si terrible , et dont on fait tant de bruit, se réduit donc, en l'admettant pour réel , à quelque erreur sur la foi , qui, si elle n'est avantageuse à la société, lui est du moins très-indifférente, le plus grand mal qui en résulte étant la tolérance pour les sentiments d'autrui , par conséquent la paix dans l'état et dans le monde sur les matières de religion.

" Par exemple , de ne point sortir de la ville pour aller habiter ailleurs sans permission. Qui est-ce qui demande cette permission ?

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