PARTIE r, LETTRE IV, 'i-j'S
a procédé contre moi clans l'instant que l'onvrai^c a paru , et sans qu'il ait même été fait mention tlii consistoire. Recevoir le livre par la poste, le lire, l'examiner, le déférer, le brûler, me décréter, tout cela fut l'affaire de huit ou dix jours : on ne saurait imaginer une procédure plus expéditive.
Je me suppose ici dans le cas tle la loi , dans le seul cas où je puisse être punissable; car autrement de quel droit punirait-on des fautes qui n'attaquent personne, et sur lesquelles les lois n'ont rien prononcé ?
L'édit a-t-il donc été observé dans cette affaire? Vous autres gens de bon sens, vous imagineriez, en l'examinant, qu'il a été violé comme à plaisir dans toutes ses parties. «Le sieur Rousseau , disent « les représentants , n'a point été appelé au consis- « toire ; mais le magnifique Conseil a d'abord pro- (c cédé contre lui : il devait être supporté sans scan- « claie; mais ses écrits ont été traités par un jugement « public cominQ tétnéralres y impies, scandaleux : il « devait être supporté sans diffame; mais il a été « flétri de la manière la plus diffamante , ses deux « livres ayant été lacérés et brûlés par la main du « bourreau.
« L'édit n'a donc pas été observé, continuent-ils, « tant à l'égard de la juridiction qui appartient au « consistoire, que relativement au siein- Roiissc^au , « qui devait être appelé, supporté sans scandale « ni diffame, admonesté par quelques fois, et qui u ne pouvait être jugé qu'en cas d'opiniâtreté obsîc tinée. »
R. VI. i8
274 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTàGlVE.
Voilà sans doute qui vous paraît plus clair que le jour, et à moi aussi. Hé bien ! non : vous allez voir comment ces gens , qui savent montrer le soleil à minuit , savent le cacher à midi.
L'adresse ordinaire aux sophistes est d'entasser force arguments pour en couvrir la faiblesse. Pour éviter les répétitions et gagner du temps, divisons ceux des Lettres édites de la campagne ; bornons-nous aux plus essentiels; laissons ceux que j'ai ci-devant réfutés; et, pour ne point altérer les autres, rapportons -les dans les termes de l'auteur.
« C'est d'après nos lois , dit-il , que je* dois exami- « ner ce qui s'est fait à l'égard de M. Rousseau. » Fort bien ; voyons.
« Le premier article du serment des bourgeois « les oblige à vivre selon la réformation du saint « Évangile. Or, je le demande, est-ce vivre selon « l'Evangile, que d'écrire contre l'Évangile? »
Premier sophisme. Pour voir clairement si c'est là mon cas, remettez dans la mineure de cet argument le mot réformation, que l'auteur en ôte, et qui est nécessaire pour que son raisonnement soit concluant.
Second sophisme. Il ne s'agit pas , dans cet article du serment, d'écrire selon la réformation, mais de vivre selon la réformation. Ces deux choses , comme on l'a vu ci -devant, sont distinguées dans le serment même; et l'on a vu encore s'il est vrai que j'aie écrit ni contre la réformation ni contre l'Évangile.