PARTIE I, LETTRE IV. l'J
« Le premier devoir des syndics et Conseil est de u maintenir la pure religion. ji
Troisième sophisme. Leur devoir est bien de maintenir la pure religion , mais non pas de prononcer sur ce qui est ou n'est pas la pure religion. Le souverain les a bien chargés de maintenir la pure religion, mais il ne les a pas faits pour cela juges de la doctrine. C'est un autre corps qu'il a chargé de ce soin , et c'est ce corps qu'ils doivent consulter sur toutes les matières de religion, comme ils ont toujours fait depuis que votre gouvernement existe. En cas de délit en ces matières , deux tribunaux sont établis, l'un pour le constater, et l'autre pour le punir; cela est évident par les termes de l'ordonnance : nous y reviendrons ci-après.
Suivent les imputations ci-devant examinées, et que, par cette raison , je ne répéterai pas : mais je ne puis m'abstenir de transcrire ici l'article qui les termine; il est curieux.
« Il est vrai que M. Rousseau et ses partisans préce tendent que ces doutes n'attaquent point réellece ment le christianisme , qu'à cela près il continue vc d'appeler divin. Mais si un livre caractérisé comme (c l'Évangile l'est dans les ouvrages de M. Rousseau ce peut encore être appelé divin , qu'on me dise quel « est donc le nouveau sens attaché à ce terme. En « vérité , si c'est une contradiction , elle est clio- (c quante ; si c'est une plaisanterie , convenez qu'elle « est bien déplacée dans un pareil sujet (page ii). »
J'entends. Le culte spirituel, la pureté du cœur, les œuvres de miséricorde, la confiance, l'humilité,
la résignation, la tolérance, l'oubli des injures, le pardon des ennemis , l'amour du prochain , la fraternité universelle , et l'union du genre humain par la charité , sont autant d'inventions du diable. Serait-ce là le sentiment de l'auteur et de ses amis? On le dirait à leurs raisonnements et surtout à leurs œuvres. En vérité, si c'est une contradiction , elle est choquante ; si c'est une plaisanterie , convenez qu'elle est bien déplacée dans un pareil sujet.
Ajoutez que la plaisanterie sur un pareil sujet est si fort du goût de ces messieurs , que , selon leurs propres maximes, elle eût dû, si je l'avais faite, me faire trouver grâce devant eux (page i3).
Après l'exposition de mes crimes, écoutez les raisons poiu^ lesquelles on a si cruellement renchéri sur la rigueur de la loi dans la poursuite du criminel.
« Ces deux livres paraissent sous le nom d'un « citoyen de Genève. L'Europe en témoigne son « scandale. Le premier parlement d'un royaume « voisin poursuit Emile et son auteur. Que fera le « gouvernement de Genève ? »
Arrêtons un moment. Je crois apercevoir ici quelque mensonge.
Selon notre auteur, le scandale de l'Europe força le Conseil de Genève de sévir contre le livre et l'auteur ^ Emile, à l'exemple du parlement de Paris : mais , au contraire , ce furent les décrets de ces deux tribunaux qui causèrent le scandale de l'Europe. Il y avait peu de jours que le livre était pu-