‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 61 sur 150 · PARTIE 1, LETTRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE 1, LETTRE IV

« Il devait , suivant les auteurs des représentau lions, se borner à défendre provisionnellement « le débit dans la ville (page 12). » C'est en effet tout ce qu'il pouvait légitimement faire pour contenter son animosité ; c'est ce qu'il avait déjà fait pour la Nouvelle Héloïse • mais voyant que le parlement de Paris ne disait rien, et qu'on ne faisait nulle part une semblable défense, il en eut honte, et la retira tout doucement '^. « Mais une improba- « tion si faible n'aurait-elle pas été taxée de secrète « connivence? » Mais il y a long- temps que, pour d'autres écrits beaucoup moins tolérables , on taxe le Conseil de Genève d'une connivence assez peu secrète, sans qu'il se mette fort en peine de ce jugement. «Personne, dit -on, n'aurait pu se scan- <( daliser db la modération dont on aurait usé. )i Le cri public vous apprend combien on est scandalisé du contraire. « De bonne foi , s'il s'était agi d'un « homme aussi désagréable au public que monsieur K Rousseau lui était cher, ce qu'on appelle modé- « ration n'aurait-il pas été taxé d'indifférence , de « tiédeur impardonnable ? » Ce n'aurait pas été un si grand mal que cela , et l'on ne donne pas des noms si honnêtes à la dureté qu'on exerce envers moi pour mes écrits , ni au support que l'on prête à ceux d'un autre.

En continuant de me supposer coupable , supposons de plus que le Conseil de Genève avait droit

'^ Il faut convenir que si V Emile doit être défendu, Y Héloïse doit ô tre tout au moins brûlée ; les notes surtout en sont d'une hardiesse dont la Profession de foi du vicaire n'approche assurément pas.

aSo LETTRES l-CRlTES DE LA MOWTAGjYE.

tle me punir, que la procédure eût été conforme à la loi , et que cependant , sans vouloir même censurer mes livres, il m'eût reçu paisiblement arrivant de Paris ; qu'auraient dit les honnêtes gens ? le voici :

« Ils ont fermé les yeux , ils le devaient. Que « pouvaient-ils faire ? User de rigueur en cette oc- « casion eut été barbarie , ingratitude , injustice « même, puisque la véritable justice compense le « mal par le bien. Le coupable a tendrement aimé « sa patrie ; il en a bien mérité ; il l'a honorée dans « l'Europe ; et tandis que ses compatriotes avaient « honte du nom genevois, il en a fait gloire, il l'a « réhabilité chez l'étranger. Il a donné ci -devant « des conseils utiles ; il voulait le bien public ; il « s'est trompé , mais il était pardonnable. Il a fait « les plus grands éloges des magistrats, il cherchait a à leur rendre la confiance de la bourgeoisie ; il a « défendu la religion des ministres , il méritait quelce que retour de la part de tous. Et de quel front « eussent - ils osé sévir , pour quelques erreurs , « contre le défenseur de la Divinité , contre Tapo- « logiste de la religion si généralement attaquée , « tandis qu'ils toléraient , qu'ils permettaient même « les écrits les plus odieux , les plus indécents , « les plus insultants au christianisme , aux bonnes « mœurs, les plus destructifs de toute vertu, de toute « morale, ceux même que Rousseau a cru devoir « réfuter? On eût cherché les motifs secrets d'une « partialité si choquante ; on les eût trouvés dans «le zèle de l'accusé pour la liberté, et dans les

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