PARTIE I, LETTRE IV
« projets tles juges pour la détruire. Rousseau eût « passé pour le martyr des lois de sa patrie. Ses « persécuteurs, en prenant en cette seule occasion « le masque de l'hypocrisie , eussent été taxés de « se jouer de la religion, d'en faire l'arme de leur « vengeance et l'instrument de leur haine. Enfin , « par cet empressement de punir un homme dont « l'amour pour sa patrie est le plus grand crime , .« ils n'eussent fait que se rendre odieux aux gens « de bien , suspects à la bourgeoisie et méprisables « aux étrangers. » Voilà, monsieur, ce qu'on aurait pu dire ; voilà tout le risque qu'aurait couru le Conseil dans le cas supposé du délit, en s'abstenant d'en connaître.
« Quelqu'un a eu raison de dire qu'iî fallait brii- « lei* l'Évangile ou les livres de M. Rousseau. »
La commode méthode que suivent toujours ces messieurs contre moi! S'il leur faut des preuves, ils multiplient les assertions; et s'il leur faut des témoignages, ils font parler des quidams.
La sentence de celui-ci n'a qu'un sens qui ne soit pas extravagant, et ce sens est un blasphème.
Car quel blasphème n'est-ce pas de supposer l'Evangile et le recueil de mes livres si semblables dans leurs maximes qu'ils se suppléent mutuellement, et qii'on en puisse indifféremment brûler un comme superflu , pourvu que l'on conserve l'autre ! Sans doute , j'ai suivi du plus près que j'ai pu la doctrine de l'Évangile; je l'ai aimée, je l'ai adoptée , étendue , expliquée , sans m'airéter aux obscurités, aux difficidtés, aux mystères, sans
me détourner de l'essentiel : je m'y suis attaché avec tout le zèle de mon coeiu"; je me suis indigné, récrié d^e voir cette sainte doctrine ainsi profanée , avilie , par nos prétendus chrétiens , et surtout par ceux qui font profession de nous en instruire. J'ose même croire, et je m'en vante, qu'aucun d'eux ne parla plu3 dignement que moi du vrai christianisme et de son auteur. J'ai là-dessus le témoignage , l'applaudissement même de mes adversaires , non de ceux de Genève , à la vérité , mais de ceux dont la haine n'est point une rage , et à qui la passion n'a point ôté tout sentiment d'équité. Voilà ce qui est vrai ; voilà ce que prouvent et ma Réponse au roi de Pologne, et ma Lettre à M. d' Alembert , et XHéloïse, et \ Emile, et tous mes écrits, qui respirent le même amour pour l'Évangile, la même vénération pour Jésus -Christ. Mais qu'il s'ensuive de là qu'en rien je puisse approcher de mon maître, et que mes livres puissent suppléer à ses leçons , c'est ce qui est faux , absurde, abominable; je déteste ce blasphème, et désavoue cette témérité. Rien ne peut se comparer à l'Evangile ; mais sa sublime simplicité n'est pas également à la portée de tout le monde. Il faut quelquefois , pour l'y mettre, l'exposer sous bien des jours. Il faut conserver ce livre sacré comme la règle du maître , et les miens comme les commentaires de l'écolier.
J'ai traité jusqu'ici la question d'une manière un peu générale ; rapprochons-la maintenant des faits , par le parallèle des procédures de 1 563 et de 1 762 ,