‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 64 sur 150 · PARTIE I, LETTRE V. lOJ · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE V. lOJ

«Si le consistoire n'agit pas, son inaction en- « cliainera-t-elle le Conseil? ou du moins sera-t-il (( réduit à la fonction de délateur auprès du consis- « toire? Ce n'est pas là ce qu'a entendu Fordon- « nance , lorsque après avoir traité de l'établisse- «ment, du devoir et du pouvoir du consistoire, a elle conclut que la puissance civile reste en son « entier, en sorte qu'il ne soit en rien dérogé à « son autorité, ni au cours de la justice ordinaire, « par aucunes remontrances ecclésiastiques. Cette « ordonnance ne suppose donc point, comme on c( le fait dans les représentations , que clans cette « matière les ministres de l'Evangile soient des « juges plus naturels que les Conseils. Tout ce qui « est du ressort de l'autorité en matière de religion « est du ressort du gouvernement. C'est le prince cipe des protestants ; et c'est singulièrement le « principe de notre constitution , qui , en cas de « dispute , attribue aux Conseils le droit de décider « sur le dogme. »

Vous voyez, monsieur dans ces dernières lignes 1(; principe sur lequel est fondé ce qui les précède. Ainsi, pour procéder dans cet examen avec ordre, il convient de commencer par la fin.

« Tout ce qui est du ressort de l'autorité en ma- « tière de religion, est du ressort du gouvernement. »

Il y a ici dans le mot gouvernement une équivoque qu'il importe beaucoup d'éclaircir; et je vous conseille, si vous aimez la constitution de votre patrie, d'être attentif à la distinction que je vais faire : vous en sentirez bientôt l'utilité.

Le mol de gouvernement n'a pas le même sens clans tous les pays, parce que la constitution des états n'est pas partout la même.

Dans les monarchies , où la puissance executive est jointe à l'exercice de la souveraineté , le gouvernement n'est autre chose que le souverain luimême , agissant par ses ministres , par son conseil, ou par des corps qui dépendent absolument de sa volonté. Dans les républiques , surtout dans les démocraties , où le souverain n'agit jamais immédiatement par lui-même, c'est autre chose. Le gouvernement n'est alors que la puissance executive, et il est absolument distinct de la souveraineté.

Cette distinction est très-importante en ces matières. Pour l'avoir bien présente à l'esprit, on doit lire avec quelque soin dans le Contrat social les deux premiers chapitres du livre troisième, où j'ai tâché de fixer, par un sens précis, des expressions qu'on laissait avec art incertaines , pour leur donner au besoin telle acception qu'on voulait. En général , les chefs des républiques aiment extrêmement à employer le langage des monarchies. A la faveur de termes qui semblent consacrés , jls savent amener peu à peu les choses que ces mots signi^ fient. C'est ce que fait ici très-habilement l'auteur des Lettres, en prenant le mot de gouvernement , qui n'a rien d'effrayant en lui-même, pour l'exercice de la souveraineté, qui serait révoltant, attribué sans détour au petit Conseil.

C'est ce qu'il fait encore plus ouvertement dans un autre passage (page 66), où, après avoir dit

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