‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 70 sur 150 · PARTIE I, LETTRE V · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE V

« racciisé pourrait toujours échapper, et celui qui « aurait diffamé la religion par toute la terre , de- « vrait être supporté sans diffame au moyen d'un « repentir simulé » (page i4).

C'est donc pour éviter ce malheur affreux , cette impunité scandaleuse, que l'auteur ne veut pas qu'on suive la loi à la lettre. Toutefois, seize pages après , le même auteur vous parle ainsi :

« La politique et la philosophie pourront soutece nir cette liberté de tout écrire; mais nos lois l'ont « réprouvée : or il s'agit de savoir si le jugement « du Conseil contre les ouvrages de M. Rousseau a et le décret contre sa personne sont contraires à « nos Ibis , et non de savoir s'ils sont conformes à « la philosophie et à la politique » (page 3o).

Ailleurs encore cet auteur, convenant que la flétrissure d'un livre n'en détruit pas les arguments, et peut même leur donner une publicité plus grande , ajoute : « A cet égard, je retrouve assez mes maximes i< dans celles des représentations. Mais ces maximes « ne sont pas celles de nos lois » (page 11).

En resserrant et liant tous ces passages, je leur trouve à peu près le sens qui suit :

« Quoique la philosophie , la politique et la rai- « son puissent soutenir la liberté de tout écrire , « on doit, dans notre état, punir cette liberté, parce « que nos lois la réprouvent. Mais il ne faut pource tant pas suivre nos lois à la lettre , parce qu'alors ce on ne punirait pas cette liberté. »

A parler vrai, j'entrevois là je ne sais quel galimatias qui me choque; et pourtant l'auteur me pa-

raît homme d'esprit : ainsi, dans ce résumé, je penche à croire que je me trompe, sans qu'il me soit possible de voir en quoi. Comparez donc vousmême les pages i4, 22, 3o, et vous verrez si j'ai tort ou raison.

Quoi qu'il en soit , en attendant que l'auteur nous montre ces autres lois où les préceptes de la pliilosophie et de la politique sont réprouvés, reprenons l'examen de ses objections contre celle-ci.

Premièrement, loin que, de peur de laisser un délit impuni, il soit permis dans une république au magistrat d'aggraver la loi , il ne lui est pas même permis de l'étendre aux délits sur lesquels elle n'est pas formelle ; et l'on sait combien de coupables échappent en Angleterre , à la faveur de la moindre distinction subtile dans les termes de la loi. « Qui- « conque est plus sévère que les lois , dit Vauve- « nargues , est un tyran «. » *

Mais voyons si la conséquence de l'impunité, dans l'espèce dont il s'agit , est si terrible que l'a faite l'auteur des Lettres.

Il faut, pour bien juger de l'esprit de la loi , se rappeler ce grand principe , que les meilleures lois

** Comme il n'y a point à Genève de lois pénales proprement dites , le magistrat inflige arbitrairement la peine des crimes , ce qui est assurément un grand défaut dans la législation , et un abus énorme dans un état libre. Mais cette autorité du magistrat ne s'étend qu'aux crimes contre la loi naturelle , et reconnus tels dans toute société , ou aux choses spécialement défendues par la loi positive ; elle ne va pas jusqu'à jprger un délit imaginaire où il n'y en a point, ni, sur quelque délit que ce puisse être, jusqu'à renverser, de peur qu'un coupable n'échappe , l'ordre de la procédure fixé par la loi.

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