PARTIE II, LETTKE VII
SOUS. Voilà, monsieur, comment périssent à la fin tous les états démocratiques.
Parcourez les annales du vôtre , depuis le temps où vos syndics, simples procureurs établis par la communauté pour vaquer à telle ou telle affaire , lui rendaient compte de leur commission le chapeau bas, et rentraient à l'instant dans l'ordre des particuliers, jusqu'à celui où ces mêmes syndics, dédaignant les droits de chefs et de juges qu'ils tiennent de leur élection , leur préfèrent le pouvoir arbitraire d'un corps dont la communauté n'élit point les membres, et qui s'établit au-dessus d'elle contre les lois : suivez les progrès qui séparent ces deux termes; vous connaîtrez à quel point vous en êtes, et par quels degrés vous y êtes parvenus.
Il y a deux siècles qu'un politique aurait pu prévoir ce qui vous arrive. Il aurait dit : L'institution que vous formez est bonne pour le présent , et mauvaise pouf l'avenir : elle est bonne pour établir la liberté publique , mauvaise pour la conserver ; et ce qui fait maintenant votre sûreté sera dans peu la matière de vos chaînes. Ces trois corps, qui rentrent tellement l'un dans l'autre, que du moindre dépend l'activité du plus grand, sont en équilibre tant que l'action du plus grand est nécessaire et que la législation ne peut se passer du législateur. Mais quand une fois l'établissement sera fait , le corps qui l'a formé manquant de pouvoir poiu' le maintenir, il faudra qu'il tombe en ruine; et ce seront vos lois mêmes qui causeront votre destruction. Voilà précisément ce qui vous est arrivé. C'est,
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sauf la disproportion, la chute du gouvernement polonais par l'extrémité contraire, La constitution de la république de Pologne n'est bonne que pour un gouvernement où il n'y a plus rien à faire ; la votre, au contraire, n'est bonne qu'autant que le corps législatif agit toujours.
Vos magistrats ont travaillé de tous les temps et sans relâche à faire passer le pouvoir suprême du Conseil général au petit Conseil par la gradation du Deux-cents ; maïs leurs efforts ont eu des effets différents, selon la manière dont ils s'y sont pris. Presque toutes leurs entreprises d'éclat ont échoué , parce qu'alors ils ont trouvé de la résistance, et que, dans un état tel que le vôtre, la résistance publique est toujours sûre, quand elle est fondée sur les lois.
La raison de ceci est évidente. Dans tout état la loi parle où parle le souverain. Or, dans une démocratie où le peuple est souverain , quand les divisions intestines suspendent toutes les formes et font taire toutes les autorités , la sienne seule demeure; et où se porte alors le plus grand nombre, là résident la loi et l'autorité.
Que si les citoyens et bourgeois réunis ne sont pas le souverain , les Conseils sans les citoyens et bourgeois le sont beaucoup moins encore , puisqu'ils n'en font que la moindre partie en quantité. Sitôt qu'il s'agit de l'autorité suprême, tout rentre à Genève dans l'égalité , selon les termes de l'édit : « Que tous soient contents en degré de citoyens « et bourgeois, sans vouloir se préférer et s'attri-