‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 106 sur 328 · AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE

CLTTEMNESTBB.

Oui, seigneur, nous partions ; et mon juste courroux Laissoit bientôt Achille et le camp loin de nous : Ma fille dans Argos couroit pleurer sa honte. Mais lui-même, étonné d'une fuite si prompte. Par combien de serments , dont je n ai pu douter, Vient-il de me convaincre, et de nous arrêter! * Il presse cet hymen qu'on prétend qu'il diffère. Et vous cherche , brûlant d'amour et de colère : * Près d'imposer silence à ce bruit imposteur, Achille en veut connaître et confondre l'auteur. Bannissez ces soupçons qui troubloient notre joie.

AGAMKMNOIf.

Madame, c'est assez : je consens qu'on le croie. Je reconnois l'erreur qui nous avoit séduits, Et ressens votre joie autant que je le puis. Vous voulez que Calchas l'unisse à ma famille : Vous pouvez à l'autel envoyer votre fille; Je l'attends >. Mais, avant que de passer plus loin,

' Je Vattends a quelque chose de cruel dans la bouche d*A9amemnon. On l'attend seroit plus gëoërique , et formeroît un len^ raoios dur et moins révoltant. (L. B.)

IPHIGÉNIE. 189

J'ai voulu vous parler un moment sans témoin. Vous voyez en quels lieux vous Taves amenée : Tout y ressent la guerre, et non point Thyménée. Le tumulte d'un camp, soldats , et matelots, * Un autel hérissé de dards , de javelots, Tout ce spectacle enfin, pompe digne d'Achille, Pour attirer vos yeux n est point assez tranquille ; Et les Grecs y verroient lepouse de leur roi • Dans un état indigne et de vous et de moi. M^en croirez^vous? Laissez , de vos femmes suivie, A cet hymen, sans vous, marcher Iphigénie ^

Gl^TTEMNESTRE.

Qui? moi ! que , remettant ma fiUe en d autres hras % Ce cpe j'ai commencé , je ne Tachéve pas ! Qu'2l|)rès 1 avoir d'Argos amenée en Aulide, Je refase à Tautel de lui servir de guide ! *Dois-je donc de Calcfaas être moins près que vous? Et qui présentera ma fille à son époux? Quelle autre ordonnera cette pompe sacrée?

' Le foDd de cette scène est emprunté d'Euripide , c'est-à-dire feulement l'idée dVcarter Clytemnestre ; Racine s'est bien gardé d'emprunter les moyens employés par le poëte grec. Il en a tronvé «tt qui est excellent, qui est pris dans les mœurs antiques, très sévères, comme on sait, sur tout ce qui concemoit la décence et la dignité du sexe; et quels détails ce moyen lui a fournis ! Quels vers ! Quelle sublime poésie !

Un antel hérÎMé de dards , de javelots ,

Tout ce spectacle enfin, pompe digne d'Achille, etc.

P^npe digne (T Achille est admirable, et ici Racine est att-des«|is d'Euripide par le génie autant que par l'art. (L.)

' Loaitation de ï Iphigénie d'Euripide, act. IV, se. m.

AGAMEMN0N4 Vous n'êtes point ici dans le palais d*Atrée : • Vous êtes dans un camp...

CLTTEMNÈSTRE. •

Où tout VOUS est soumis ; - Où le sort de l'Asie en vos mains est remis; Où je vois sous vos lois marcher la Grèce entière; Où le fils de Théds va m'appeler sa mère ^ Dans quel palais superbe .et plein de ma grandeur Puis-je jamais paraître avec plus de splendeur?

AGAMEMNON

Madame, au nom des dieux auteurs de notre race. Daignez à mon amour accorder cette grâce. J'ai mes raisons.

CLTTEMNESTRE. *

Seigneur, au nom des mêmes dieux, D'un spectacle si doux ne privez point mes yeux. Daignez ne point ici rougir de* ma présence.

AGAMEMNON

J'avois plus espéré de votre complaisance. Mais, puisque la raison ne vous peut émouvoir, Puisque enfin ma prière a si peu de pouvoir, Vous avez entendu ce que je vous demande, Madame : je le veux , et je vous le commande. Obéisdez^.

' Clytemnestre qui parle ainsi est la même femme qui dit au second acte qu*il ne faut Toir dans Achille que le dernier des hommes. C'est là connoître le cœur humain, et peindre les passions avec yëritë. (6.)

* Dans le poète grec, Clytemnestre résiste aux ordres d'Aga-

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