‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 127 sur 328 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Me fesse rappeler votre bonté passée :

Ne craignes rien : mon cœur, de votre honneur jaloux, Ne fera point rougir un père tel que vous; ^ Et , si je n ayois eu que ma vie à défendre , Taurois su renfermer un souvenir si tendre; Mais à mon triste sort, vous le savez , seigneur, Une mère, un amant, attachoient leur bonheur. Un roi digne do vous a cru voir la journée Qui devoit éclairer notre illustre hyménée; Déjà, sûr de mon coeur à sa flamme promis, Il s'estimoit heureux : vous me Taviez permis. U sait votre dessein; jugez de ses alarmes. Ma mère est devant vous; et vous voyez ses larmes. Pardonnez aux efforts que je viens de tenter Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

AGAMEMNON

Ma fille, il est trop vrai : j'ignore pour quel crime La colère des dieux demande une victime : Mais ils vous ont nommée : un oracle crue) Veut qu'ici votre sang coule sur un autel. . Pour défendre vos jours de leurs lois meurtrières, Mon amour n'avoit pas attendu vos prières. Je ne vous dirai point combien j'ai résisté : Croyez-en cet amour par vous-même attesté. Cette nuit même encore, on a pu vous le dire, . J'avoîs révoqué Tordre où Ton me fit souscrire : Sur rintérét des Grecs vous Tafviez emporté. Je vous sacrifiois mon rang, ma sûreté. Arcas alloit du camp vous défendre Feutrée : Les dieux n ont pas voulu qu'il vous ait rencontrée ;

Ils ODt trompé les soins d'un père in£3rtuné

Qui protégeoit en vain ce qu'ils ont condamné.

Ne vous assurez point sur ma fbible puissance :

Quel frein pourroit d'un peuple arrêter la licence.

Quand les dieux, nous livrant à son zélé indiscret,

L afFranchissent d'un joug qu'il portoit à regret?

Ma fille , il faut céder : votre heure est arrivée.

Songez bien dans quel rang vous êtes élevée :

Je vous donne im conseil qu'à peine je reçoi ;

Du coup qui^ous attend vous mourrez moins que moi >

Montrez , en expirant, de qui vous êtes née ;

Faites rougir ces dieux qui vous ont condamnée.

Allez; et que les Grecs, qui vont vous immoler,

Reconnoissent mon sang en le voyant couler.

CLTTEMNfiSTRE.

Vous ne démentez point une race funeste; Oui, vous êtes le sang d'Atrée et de Thyeste : Bourreau de votre fille , il ne vous reste enfin Que d en faire à sa mère un horrible festin. Barbare!, c'est donc4à cet heureux sacrifice * Que vos soins préparoient avec tant d'artifice ! Quoi! l'hprreur de souscrire à cet ordre inhumain N'a pas, en le traçant, arrêté votre main! Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse?

' Voilà parler en père ; ce qui n'empêche pas qa*il n*aît parlé aussi en roi. Ce qu il dit dan» le grec est fort bien raisonné , et n est pas asseï senti. Les anciens tragiques ne savent peindre, le' plus souvent, qu'un sentiment à-la-fois. L'art de réunir et de temipërer Fun par Tautre des sentiments opposés . est proprement de» modernes. (L.)

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